Déplacés internes au Burkina Faso : A Kaya, ils se reconstruisent

Depuis le début de la crise sécuritaire au Burkina Faso, des millions de Burkinabè ont quitté leurs localités afin d’échapper aux exactions des groupes terroristes. À la date du 31 mars 2023, ils étaient plus de 2 millions à trouver refuge dans d’autres zones jugées plus sûres. Si certains se contentent de vivre du soutien du gouvernement, des ONG et de bonnes volontés, d’autres ont décidé de donner un autre sens à leurs nouvelles vies en embrassant des métiers. De commerçantes à mécaniciens en passant par coiffeuses, blanchisseurs ou encore tisseuses, les domaines de reconversion des déplacés « résilients » sont divers. Une équipe de Faso7 est allée à leur rencontre.
3 femmes et 15 enfants. C’est la composition de la cellule familiale d’Adama Sawadogo. Les yeux légèrement brillants, le regard perdu dans ses pensées et les lèvres tremblantes, notre interlocuteur se décide à parler de son passé ce mardi 13 aout 2024 sous une fine pluie.
Venu de Dablo (une commune rurale de la province du Sanmatenga, située dans la région Centre-Nord au Burkina Faso) avec sa famille depuis 2021, il ne vit que de dons. Fuyant l’insécurité dans son village, il trouve refuge dans la commune de Kaya. À son arrivée, explique-t-il, la situation a été difficile.
Dans une parcelle à quelques encablures du centre-ville de Kaya, deux maisons d’habitation de type précaire communément appelé entrer-coucher et deux tentes. C’est ici que la famille de 18 membres vit. Sur les conditions, le chef de famille se veut rassurant.
« Ça va. La vie est belle, mais c’est de don en don seulement. Nous n’avons plus rien à faire », dit-il d’une voix à peine audible comme pour cacher sa situation. Des vivres, des nattes, des seaux, des habits, et même les soins sanitaires de la famille sont assurés par des ONG.

Loin d’être fier ou de vouloir se contenter de ce qu’il a ou de ce qu’il gagne, le père de famille voit plus grand. Il demande un appui pour démarrer une activité génératrice de revenus. « Je veux apprendre un métier. Si j’ai eu ça, c’est mieux que des vivres. Même après la crise, ça va toujours me servir », martèle-t-il avec véhémence.
Contrairement à Adama Sawadogo, Booré Fanta Ouédraogo a rencontré plus de chance. Âgée de 38 ans, elle a quitté son village de Nongo, une localité située dans le département de Barsalogho de la province du Sanmatenga dans la région Centre-Nord au Burkina Faso pour fuir l’insécurité. Installée à Kaya, elle se dit chanceuse au vu de l’évolution de sa situation.
Venue sans rien, Fanta Ouédraogo a bénéficié de l’accompagnement de Save The Children pour se relancer. Par mois et pendant 6 mois, elle va recevoir 35 000 Francs CFA puis 50 000. Avec ce fonds, elle a débuté une vente de condiment.
Vidéo-Burkina Faso : Booré Fanta Ouédraogo, la déplacée interne devenue commerçante
Avec un sourire large et rayonnant, elle manifeste une aisance pour nous parler de son histoire. Elle explique alors qu’avec l’appui de l’ONG, elle commence son commerce. « Par jour, je mettais de côté, 2000 Francs CFA. À la fin du mois, une grande partie part dans mon compte et une autre partie est utilisée dans les dépenses de la famille », relate la mère de 5 enfants.
Avec son activité, Booré Fanta Ouédraogo réussit à scolariser 3 de ses enfants. « Chaque matin, chacun prend 100 Francs CFA pour aller à l’école », insiste-t-elle pour nous dire avec le sourire. Au-delà de ses dépenses programmées, la commerçante continue en relevant qu’en cas de maladie, elle s’occupe des soins.
En termes de réalisation faite grâce à son activité, Booré Fanta Ouédraogo nous révèle qu’elle a même acquis une nouvelle moto. Les yeux pétillants, elle explique que c’est un accomplissement majeur pour elle. « Maintenant, je prends un taxi quand j’ai beaucoup de charges », lance-t-elle avant d’éclater de rire.
Vidéo-Insécurité et entrepreneuriat : La nouvelle vie de Jacqueline Zoré
Venue de la localité d’Ankouna située dans le département de Pensa de la province du Sanmatenga dans la région Centre-Nord au Burkina Faso, Jacqueline Zoré est une jeune déplacée interne. Contrainte de trouver refuge à Kaya, elle ne baisse pas les bras face à la situation précaire dans laquelle elle s’est retrouvée.
Cela fait maintenant 5 ans que Kaya est devenue sa ville en attendant de retourner chez elle. Avec la motivation de ne pas rester à la maison à ne rien faire, Jacqueline Zoré entreprend d’apprendre un métier. C’est alors qu’elle se lance dans la coiffure dans un salon de la place à Kaya.
« Je ne voulais pas rester assise à la maison. C’est comme ça, j’ai commencé à apprendre dans un salon de coiffure », dit-elle. Toute souriante avec des difficultés à contenir sa joie, elle continue en expliquant qu’elle a suivi une formation de 3 mois dans le cadre de son initiation.
Lire aussi
Burkina Faso : Ces élèves déplacés internes résilients à Ouahigouya
Dans son regard perçant, l’on aperçoit la lueur de passion à travers ses yeux brillants. Et cette détermination, c’est pour le futur de la jeune fille de la vingtaine d’années. « Moi aussi, je veux un jour ouvrir mon salon de coiffure et aider mes parents dans les charges de la famille », glisse-t-elle.
Assis sous un hangar, sur une chaise en bois, Sibiri Zoré, le père de notre jeune dame ne cache pas sa satisfaction de voir sa fille se lancer dans une activité génératrice de revenus. Avec un sourire large et chaleureux, ce chef de famille de la soixantaine révolue met beaucoup d’espoir sur sa fille.
« Ce n’est pas l’argent qu’elle cherche actuellement. C’est la connaissance pour travailler à son propre compte dans le futur qu’elle cherche. Je sais que ça sera bénéfique pour elle, pour moi et pour toute la famille », glisse-t-il avec un regard tendre et bienveillant.
Podcast-Burkina Faso : Boureima Sawadogo apprécie le travail de son apprenti, Moïse Sawadogo
Moïse Sawadogo, avec à peine une quinzaine d’années, a été obligé de suivre sa famille qui a fui les groupes armés dans la localité de Pensa, une commune rurale de la province du Sanmatenga, située dans la région Centre-Nord au Burkina Faso. Installé dans la ville de Kaya, il est apprenti mécanicien et rêve d’ouvrir son atelier aussi un jour.
Depuis maintenant 3 ans, le jeune garçon vit un quotidien complètement différent de celui de son passé. Oui. Ces beaux jours sont derrière lui ! Maintenant, il s’attelle de reconstruire sa vie afin de lui donner l’orientation qu’il veut. Membre d’une famille d’une vingtaine d’âmes, il sait que s’en sortir ne sera pas chose facile.
Et pour y arriver, cela passe par une autonomisation financière. Déterminé à y arriver, Moïse Sawadogo entreprend d’apprendre la mécanique auto auprès de Bouriema Sawadogo. « Le travail est bien. Si je réussis à apprendre, ça sera bénéfique pour moi et pour ma famille », fait-il savoir avec un regard perçant, les sourcils légèrement froncés.
Sur l’attitude du jeune Moïse Sawadogo, le patron de l’atelier Boureima Sawadogo note une bonne conduite. « Dans l’ensemble, ça va. Il apprend bien, il est attentif et concentré. Au début, il n’avait pas la main, mais actuellement, ça va », souligne-t-il avant d’ajouter qu’avec un approfondissement, Moïse Sawadogo sera « un très bon mécanicien ». De quoi soutirer un léger sourire chez son apprenti jusque-là stoïque.
Ceux de Ouahigouya
À l’instar de Kaya, d’autres villes accueillent des déplacés internes et en termes de résilience, ils sont nombreux à se battre pour rendre leur quotidien moins déplorable. À Ouahigouya, chef-lieu de la région du Nord, Issouf Tao, déplacé interne originaire de Titao (commune urbaine de la province du Loroum, situé dans la région du Nord au Burkina Faso), Souhouda Ouédraogo, originaire de Thiou (une commune rurale de la province du Yatenga, situé dans la région du Nord au Burkina Faso) et Salimata Zoromé de la localité de Banh (une commune rurale de la province du Loroum, situé dans la région du Nord au Burkina Faso) montrent des actions de résilience.
Video-Burkina Faso : Ils se reconstruisent après avoir été chassés par des hommes armés
Lire aussi
Elèves déplacés internes à Ouahigouya : Silencieuses victimes résilientes
Basile SAMA
Faso7



