Adjudant Tienmami Pascal Doye, l’immortel !

Le jeudi 5 mai 2022, cinq combattants de la Gendarmerie nationale burkinabè tombent les armes à la main lors d’une embuscade à Ouanobé, dans la province du Sanmatenga, région du Centre-Nord. Parmi eux se trouve l’adjudant Tienmami Pascal Doye.

« Doye incarnait le parfait guerrier dans toute sa quintessence » – Ph. DR

5 mai 2022. Embuscade à Ouanobé. Une équipe de l’Unité Spéciale de la Gendarmerie Nationale (USIGN) est prise à partie. 5 gendarmes tombent. Du côté des assaillants, plus d’une vingtaine de morts.

6 mai 2022. La toile s’enflamme. L’adjudant Tienmami Pascal Doye, l’adjudant Yaro Yaya, le Maréchal Des Logis Chef (MDC)  Sawadogo Salifou, les MDC Congo Victor et Sawadogo Abdel Nasser sont tombés sur le champ de bataille.

La photo d’un des gendarmes fait le tour des réseaux sociaux. C’est Tienmami Pascal Doye. L’émotion est vive. Les hommages sont légion. Les mots fusent. Les Burkinabè ont un visage pour pleurer toutes les victimes du terrorisme.

« Il était particulier, un homme à part » – Ph. DR

10 mai 2022. Enterrement des 5 « immortels ». Les témoignages coulent. Difficile de retenir les larmes.

Tienmami Pascal Doye  est dépeint en héros par ses collègues, supérieurs hiérarchiques et amis civils. Il devient à partir de cet instant, l’une des icônes de la lutte contre le terrorisme.

« Il disait dans ce contexte sécuritaire, avec nos innombrables engagements, nous avons un contrat de vie de 24 heures renouvelable. Il était particulier, un homme à part. Il incarne le prototype du véritable soldat d’élite. Il fait partie des meilleurs de sa génération », commente François Zoungrana, commandant de l’Unité Spéciale d’Intervention de la Gendarmerie Nationale (USIGN).

Mais qui est vraiment l’adjudant Tienmami Pascal Doye, décoré de la médaille militaire à titre posthume ? La Grande muette accepte de parler.

Le contact est noué avec des frères d’armes, la famille et des amis civils.

5 mai 2022, l’ultime  combat

Le 5 mai 2022, à Ouanobé, l’Adjudant Doye et ses frères d’armes sont pris à partie par  des terroristes, alors qu’ils revenaient d’une mission de sécurisation. « C’était au cours d’une embuscade, raconte un compagnon du gendarme, membre de la mission, dont nous taisons le nom.  La plus dangereuse de toutes les embuscades. L’ennemi avait une puissance de feu très supérieure à nous et avec un très grand nombre au niveau de l’effectif et ça s’est passé à moins de 50 mètres.

On ne disposait d’aucun matériel balistique, pas d’abris, pas d’obstacle à côté pour se protéger et continuer le combat. On est resté, malgré tout, accrochés  au sol, campés sur notre position face à l’ennemi et on leur a infligé une lourde perte. Personne n’a failli, personne n’a flanché. Tout le monde est resté et a combattu».

 

Mais parmi les combattants du Faso, cinq tomberont pour la patrie. Dont l’Adjudant Tienmami Pascal Doye. 

« Il préparait le tô. Il lavait le bébé »

11 juin 2022. Madame Doye accepte nous parler de son mari. Le 28 juin 2022,  le rendez-vous a lieu à son lieu de travail. La femme du héros nous accueille avec le sourire. Un sourire qui cache une grande douleur.

Qui était l’adjudant Doye, le mari de Josiane Ki, le père de famille ? Assise face à face, Josiane Doye parle, mais loin de notre caméra.

Ki Josiane Samiratou et Doye Tienmami Pascal se sont dit « oui » pour le meilleur et pour  le pire le 4 décembre 2021 et ont  un enfant ensemble.  Son mari, « un homme hors pair », lance-t-elle dès les premiers mots.

«  Il était pour moi un père, un frère, un ami et surtout un confident. Il a toujours été là pour moi et il n’a jamais cessé de me protéger. C’était un homme très actif, dynamique et à l’écoute. Il m’aidait beaucoup au quotidien et n’hésitait pas à m’apporter son aide que ce soit dans les travaux ménagers, ou dans l’éducation de l’enfant.

Pascal Doye et son enfant – DR

Il s’investissait beaucoup et il savait faire beaucoup de choses. Il préparait le tô. Il lavait le bébé. Il faisait le marché, même la lessive. C’était un époux tendre et aimant, un père de famille attentionné et protecteur », relate Josiane avec le regard perdu.

Cette jeune dame doit désormais vivre sans Pascal Doye, son héros. « Il a combattu le bon combat et il  est mort parce que c’était un grand homme, un patriote. Je suis très fière de lui et encore plus de porter son nom. J’avais le meilleur homme, mari, frère mais le destin a décidé de le reprendre », narre-t-elle.

Moment de silence. La voix de Josiane tremblote face à notre dictaphone. Elle est présente, cette douleur.

Doye Tienmami Pascal alias « l’unique » était chef du groupe d’intervention à l’USIGN. Il est né le 6 avril 1985 à Dédougou et a débuté son cursus scolaire à l’école primaire publique Hankuy A en 1991, sanctionné par son CEP en  1999.

Josiane Doye : « Je suis très fière de lui et encore plus de porter son nom » – Ph. Faso7

Après ses études secondaires au lycée provincial de Dédougou avec son BAC D obtenu en 2008, il est admis au concours de la Gendarmerie nationale la même année, et incorporé dans les Forces Armées Nationales (FAN) à compter du 31 décembre 2008. Lors de cette formation, il rencontre le Maréchal Des Logis-Chef (MDC) Guy Ouédraogo, qui devient par la suite son ami intime.

Nous le rencontrons le 22 juillet 2022, à l’USIGN. Leur lien s’est renforcé lors de leur formation commando à Pô en 2014. Guy Ouédraogo est désormais ex-membre de l’USIGN car sa condition physique ne lui permet plus de continuer à y servir. Il a perdu une jambe lors de la riposte contre l’attaque du café Cappuccino, en janvier 2016  à Ouagadougou. Cette attaque avait fait 29 morts.

Autoritaire

 L’ex-membre de l’USIGN  garde de beaux souvenirs de son « frère » Doye. Il le connait tellement qu’il n’a pas besoin de chercher des mots pour le qualifier. Il était un chef « remarquable, très sociable et surtout autoritaire, très autoritaire. Il faisait convenablement son travail. Il aimait bien son travail ».

« L’unique » n’avait pas que des amis militaires. Très proche de lui, son « frère d’une autre mère » Aïdara Mamadou Sanou, qui réside hors de la capitale,  occupait une place importante. Pascal Doye « était quelqu’un de sociable et aimait beaucoup s’amuser », nous indique  Aïdara Mamadou Sanou.

« Unique »

Doye était très engagé, témoigne son supérieur hiérarchique, le commandant Zoungrana, rencontré le 22 juillet 2022, à l’Unité Spéciale d’Intervention de la Gendarmerie Nationale à  Paspanga.

A l’USIGN, c’est une autre ambiance. Visiblement, il est difficile de connaitre le supérieur des  subalternes pour un non habitué des lieux. Nous pensons être dans  une famille. Le commandant Zoungrana est fier de ses hommes et motivé à parler d’eux. Il s’agit des membres de sa deuxième famille.

Commandant François Zoungrana : « On a grandi ensemble » – Ph. Faso7

Doye Pascal et lui ont presque grandi ensemble à l’USIGN, selon ses dires. «  On a grandi ensemble. On a mené des missions ensemble. J’ai eu l’occasion de constater réellement quel genre de personne il était au combat et en quartier aussi. Il était unique en son genre. Il avait une force de caractère »,  se souvient-il.

L’adjudant Doye a été recruté à l’Unité Spéciale d’Intervention de la Gendarmerie Nationale (USIGN) en 2014 et fait ainsi partie de la première promotion de l’USIGN commandée à ce jour par le chef d’escadron, François Zoungrana. Doye a obtenu plusieurs diplômes dont le Certificat d’aptitudes de la police judiciaire (CAPJ), le Certificat d’aptitude à l’emploi de sous-officier (CAESO), le certificat inter-arme, le diplôme d’Officier de police judiciaire et le Brevet supérieur de qualification de gendarmerie. « Doye incarnait le parfait guerrier dans toute sa quintessence. C’est le genre de personne que tout chef, qui commande une unité opérationnelle, rêve d’avoir », confie le commandant Zoungrana avec un sentiment de fierté.

Tienmami Pascal Doye a suivi plusieurs formations et a obtenu plusieurs diplômes qualifiants. Il s’agit, entre autres, du diplôme d’initiation commando, l’attestation de stage en intervention spécialisée, l’attestation de stage en secourisme militaire, l’attestation de stage franchissement et en Protection des Hautes Personnalités (PHP), le diplôme d’Opérateur force spéciale obtenu en Égypte.

« Guerrier extraterrestre »

Le commandant Zoungrana précise qu’à son arrivée à l’USIGN en qualité de sous-lieutenant, l’adjudant Doye venait de porter margi-chef (le grade de Marechal Des Logis Chef).

Lors de la cérémonie des obsèques, le 10 mai 2022, le chef d’escadron François Zoungrana avait également affirmé que « l’adjudant Doye est un guerrier hors pair. Pour nous, à l’unité, il était un extraterrestre car il aimait se plaindre lorsque nous n’étions pas engagés pour le combat, très fort de caractère et très loyal. Il exécutait des missions périlleuses créant un mythe autour de sa personne », avait-il déclaré.

« J’ai l’image d’un homme fort. Je ne l’ai jamais vu pleurer. Je ne l’ai jamais vu découragé » – Ph. DR

Est-ce la raison de son surnom « l’unique » ? ». Le MDC Ouédraogo a la réponse.  « Son surnom l’unique vient du fait qu’il avait personnellement confiance en lui. Il avait vraiment confiance en lui. Ce surnom vient du fait qu’il avait une telle estime de sa personnalité », explique-t-il.

 « Depuis qu’on se connait, le temps qu’on a vécu ensemble, je ne l’ai jamais vu en larmes. J’ai l’image d’un homme fort. Je ne l’ai jamais vu pleurer. Je ne l’ai jamais vu découragé », renchérit sa veuve.

« Bravoure »

« L’unique » a servi à l’escadron de surveillance et d’intervention, puis à l’Etat-Major de la 3e région de gendarmerie avant de rejoindre l’USIGN en 2014. Il a gravi les échelons jusqu’à devenir chef de groupe d’intervention et instructeur en combat motorisé et en intervention spécialisée.

Il avait « un goût prononcé du risque (…) qui flirtait avec la mort » – Ph. DR

Cet homme avait « un goût prononcé du risque (…) qui flirtait avec la mort. Il était conscient de cette possibilité de laisser sa vie un jour.  Le goût de l’action. Il était prêt à aller au combat, prêt à former ses camarades. C’est un bon camarade. Il incarne le prototype d’un véritable soldat d’élite», expose le premier responsable de l’USIGN. Et à Aïdara Sanou d’ajouter le même qualificatif : « Il était prêt à tout pour ceux qu’il aime».

Le commandant Zoungrana est aussi revenu sur une anecdote sur « l’unique ». « A Arbinda, sa bravoure et son engagement ont valu que le chef du village l’adopte comme un fils. Un deuil a d’ailleurs été décrété à l’annonce de son décès. A Djibo, Pama, Natiaboni, Kompienga, Mangodara, à Solhan, au lendemain de l’attaque des populations civiles, Koutoukou, Gorgadji, il a marqué son empreinte dans le combat acharné contre l’ennemi », se souvient son supérieur hiérarchique le jour de sa mise sous terre.

Du haut de son 1,82m,  physiquement bien bâti et barbu, l’adjudant Doye n’était pas qu’un combattant et un travailleur. Il était aussi à l’écoute de ses proches. « Il aimait passer du temps avec ses amis. A plusieurs reprises, on partait chez lui. On faisait du barbecue quand il est disponible », souligne MDC Guy Ouédraogo.

Enfant de chœur

Pascal Doye (à genoux dans la photo) a fait du scoutisme – DR

L’enfant de la cité de Bankuy, à Dédougou, avait un choix en termes de nourriture.

Sa moitié nous informe, toujours sourire aux lèvres, qu’il «appréciait beaucoup le tô avec la sauce oseille  surtout. Il  aimait beaucoup le poulet. Il adorait ça ».

Homme courageux et engagé, Pascal Doye, cet enfant de chœur encore appelé Samuel, (les jeunes qui assistent le prêtre au cours de la messe), scout et karateka, avait un grand amour pour le bleu.

 « Il portait toujours du bleu », confie Josiane Doye.

Ceci explique peut-être son enrôlement sous les galons de la Gendarmerie nationale.

«Je préfère mourir au combat que de mourir sur mon lit»

Ki Josiane Samiratou livre une anecdote liée à son bégaiement. « Il bégayait un peu. Donc il s’exprimait toujours rapidement et souvent, il trébuchait sur certains mots et je me moquais tellement de lui qu’il avait fini par me surnommer la Sorbonne. Donc, si par malheur, je faisais une erreur un jour, là c’était la totale. Il se moquait de moi et il disait mais ‘la Sorbonne c’est grave’ », raconte-t-elle.

Adjudant Pascal Doye : «Je préfère mourir au combat que de mourir sur mon lit» – DR

Avec son ami Aïdara Sanou, une autre anecdote est fréquente. « Chaque fois que je l’appelais pour prendre de ses nouvelles et savoir comment il allait, il me disait chaque fois, ‘petit frère’, c’est ainsi qu’il aimait m’appeler, ‘je préfère mourir au combat que de mourir sur mon lit à coucher’ », précise cet ami de longue date dans nos échanges.

Toujours en déplacement, l’adjudant Tienmami Pascal Doye faisait confiance à sa femme et lui laissait prendre toutes les décisions concernant la vie du couple. Ils partaient souvent ensemble à la messe, notamment à la paroisse Sainte Monique de Sondogo.

Il aimait aussi faire une certaine surprise à sa femme. « Il me faisait toujours la surprise. On pouvait s’écrire toute la journée. On peut se parler jusqu’à 23h. Et lorsque je rentre pour me coucher, je ferme les portes et soudainement mon téléphone sonne et j’entends quelqu’un taper à la porte.  Quand je vais ouvrir, c’est lui. Il me faisait toujours la surprise et c’était toujours agréable. Ça me faisait toujours plaisir », explique-t-elle le regard baissé.

Le  jour de son décès, la scène se répète. Elle entend toquer à sa porte. Dame Doye se précipite pour ouvrir la porte. Mais cette fois-ci, ce n’est pas son mari. Il lui a pourtant promis de revenir.  « Mais je veux qu’il retienne que je suis fière de ce qu’il était. Vraiment c’est une grâce pour moi de porter son nom Doye parce qu’il était un homme digne et je suis très fière », dit-elle, incapable, cette fois, de retenir ses larmes.

Dans la salle où nous nous sommes isolées pour l’interview, les sanglots de Dame Doye résonnent. La minuterie de notre dictaphone avance. Mais le temps se fige. Le silence nous ferme la bouche. La douleur est contagieuse. Nous penchons le visage vers la gauche, le temps de faire disparaitre les larmes roulant sur nos joues.

« Il ne m’a pas montré comment surmonter ça »

L’adjudant Pascal Doye avait des projets – DR

13 ans 4 mois et 4 jours de service effectifs au sein des Forces Armées nationales, l’adjudant Tienmami Pascal Doye a été décoré de la médaille de la croix du combattant ainsi que de la médaille commémorative avec agrafe Guinée Bissau, de son vivant.

Il voulait réaliser des projets de construction d’une ferme en commun avec un de ses amis  et d’un kiosque pour le pari mutuel. La mort en a décidé autrement.

Cependant, Josiane Samiratou Doye compte lui rendre hommage en réalisant ses projets. « Ce qui lui aurait fait plaisir, c’est de réussir à formaliser le projet de ferme avec son ami parce que ce sont de très vieux amis.

Ils ont fait toute la formation pratiquement ensemble. Je l’appelais affectueusement d’ailleurs ma coépouse parce que quand il n’était pas avec moi, il était toujours avec lui. C’est le projet qui lui tenait le plus à cœur. Si j’ai la possibilité de le réaliser, je le ferai », ambitionne-t-elle.

Pascal Doye « a trop donné sur terre », selon le MDC Guy Ouédraogo – Ph. Faso7

Alors que le  MDC Guy Ouédraogo lui souhaite une paix éternelle, en reconnaissant qu’il « a trop donné sur terre », Aïdara Sanou attend toujours son souhait d’anniversaire. « Il a accepté tomber le jour de mon anniversaire sans me souhaiter un joyeux anniversaire comme il a l’habitude de le faire. Koro, (grand frère, ndlr) j’attends toujours mon joyeux anniversaire », dit-il.

« Il essayait de me préparer parce qu’il avait conscience aussi de perdre la vie à tout moment »- Ph. DR

Josiane Doye de son côté doit désormais vivre sans son mari qui est parti à jamais. « Il essayait de me préparer parce qu’il avait conscience aussi de perdre la vie à tout moment. Dans nos conversations, on parlait assez fréquemment de la mort, parce qu’il me faisait savoir que ça peut arriver et que je devais être prête. Qu’il sait toujours quand il va, mais il ne sait jamais quand il revient », relate difficilement Dame Doye.

«Il m’a préparée au fait que ça pouvait arriver, mais il ne m’a pas montré comment surmonter ça », termine, les larmes aux yeux, la veuve du héros de 37 ans tombé sur le champ de bataille. Pour la patrie.

Alice Suglimani THIOMBIANO

Faso7

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8 commentaires

  1. Un très bel article. J’ai pleuré à la fin c’est très émouvant. Que Dieu protège cette famille.

  2. Puisse la terre du Burkina Faso lui donner le repos éternel.
    A dame D’oye/Ki , puisse le seigneur t’aider à éduquer le fruit de votre romance comme il l’aurait souhaité.
    Repose en paix l’unique

  3. Quand j’ai suivi le grand reportage de Oméga TV
    J’ai coulé des larmes
    Aujourd’hui également j’ai pas pu m’empêcher
    Que son âme reposé en paix
    Force et courage à tous
    Que sa mort ne soit pas vaine
    ???

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