Burkina Faso : Que pensent les jeunes de Tenkodogo des Hommes politiques ?

Qu’est-ce qu’un Homme politique ? Quel est son rôle dans une société ? Quelle appréciation faire des Hommes politiques au Burkina Faso ? Ce sont quelques-unes des questions que nous avons posées à des jeunes de Tenkodogo, chef-lieu de la région du Centre-Est. Des réponses aussi variées que les intervenants.

Nous sommes le lundi 1er juillet 2024. Dans un hôtel de la place à Tenkodogo, nous avons rendez-vous avec un groupe de jeunes. Un quart d’heure avant l’heure convenue, nous recevons un appel. Gonflés à bloc et prêts à dire ce qu’ils pensent des Hommes politiques, nos interlocuteurs sont en avance.

Tasse de café en main avec le sourire, nos 3 jeunes sont prêts. Ça tombe bien, nous aussi, nous le sommes. À l’image d’un cours magistral qui est donné dans un amphithéâtre avec des étudiants, nous posons la question suivante : « Qu’est-ce qu’un Homme politique ? ». 

« Un Homme politique, c’est quelqu’un qui a de la vision et qui est censé apporter un programme de la gestion de la cité », dit notre premier intervenant du nom de Simon Kéré. Sur la base de son explication, Célestin Bouda, notre deuxième intervenant, estime que le Burkina Faso n’a pas encore connu de « vrais Hommes politiques ».

Simon Kéré-©Faso7

À en croire ses propos, la gestion du « Pays des Hommes intègres » par les Hommes politiques a été « décevante ». « On n’a pas eu de vraies solutions, des solutions durables face aux problèmes de notre société de la part des Hommes politiques », souligne-t-il.

Néanmoins, il tient à clarifier sa position. Il souhaite faire comprendre que des Hommes politiques ont existé au Burkina Faso. Seulement, « des vrais », il n’y en a pas eu. « Majoritairement, ce sont des vassaux. Ils sont là juste pour servir les intérêts et les peuples de leurs maîtres », lance-t-il.

Allant plus loin et étant toujours convaincu, Célestin Bouda estime que les aspirations des populations « n’ont jamais été prises en compte ». Pour lui, les Hommes politiques qu’a connus le Burkina Faso « ont failli dans leur mission ». « C’est une déception totale », martèle-t-il.

Qu’ont-ils fait ?

Une position partagée par Souleymane Minoungou, notre troisième invité. Le regard ferme, il relève que dans tous les secteurs, les réponses proposées par les Hommes politiques ont été en deçà des attentes. De l’emploi à la santé en passant par l’éducation, la sécurité et le développement, il dit avoir vu « une copie sale » de la part des Hommes politiques.

« Dans tous les secteurs, ils ont été décevants. Depuis notre indépendance, ils n’ont pas été capables de nous proposer un bon projet de société capable de nous sortir du sous-développement. C’est un échec sur toute la ligne. Ils n’ont rien fait de concret pour le Burkina Faso. Ils ont échoué », dit-il.

Sur cette question, Simon Kéré revient à la charge. Il ajoute que l’échec des Hommes politiques « est énorme et est sur tous les plans ». Comme exemple, il martèle que leur vision n’est pas en phase avec la société burkinabè. Il pointe aussi comme une défaillance, le processus de désignation des Hommes politiques pour gérer les affaires du pays.

Célestin Bouda-©-Faso7

« La manière même de choisir ceux qui doivent conduire la destinée du pays n’est pas bonne. Il faut qu’on revoie tout ça sinon, les Hommes politiques vont continuer à nous décevoir. Ils ne sont pas là pour œuvrer au développement du pays », fait-il savoir.

Il signifie par ailleurs que l’échec des Hommes politiques dont il parle n’est pas seulement le constat dans la région du Centre-Est, mais il est général. « Partout au Burkina Faso, les Hommes politiques ont déçu les citoyens. Personne ne fait confiance encore à ces gars-là », note-t-il.

Nos trois interlocuteurs sont assez fermes sur l’échec des Hommes politiques. Ils soutiennent également que cette faillite, loin d’être un constat isolé, est une généralité au Burkina Faso depuis maintenant plusieurs années. Pour eux, « plus question de s’appuyer sur les Hommes politiques ».

Une lueur d’espoir ?

Pour savoir s’il existe une lueur d’espoir, nous prenons rendez-vous avec Augustin Bébané, un autre jeune de Tenkodogo pour le mardi 2 juillet 2024. Le matin, très tôt, nous nous retrouvons dans un restaurant de la place.

Sur la question de savoir si les choses peuvent changer et permettre au Burkina Faso d’avoir des Hommes politiques qui répondent aux aspirations du peuple, il est donné une réponse catégorique. « Oui », dit-il avec fermeté. Selon ses propos, le travail de refondation que le MPSR2 au pouvoir actuellement, a débuté et permettra de changer beaucoup de choses.

« Je pense que d’ici quelques années, tout sera différent. Les Hommes politiques vont changer. Ils ne le feront pas par choix, mais par obligation. Les populations ont déjà vu ce qu’est une bonne gestion avec le Capitaine Ibrahim Traoré et ils ne vont pas accepter de faire un retour en arrière », signifie-t-il.

Souleymane Minoungou-©-Faso7

Il renchérit en expliquant que les Hommes politiques qui se sont engagés dans les politiques pour des raisons financières ou pour satisfaire des puissances étrangères devront changer. « Ils ne peuvent pas continuer ainsi. Il faut qu’ils changent. C’est une obligation pour eux », dit-il.

Il rappelle que c’est « le manque de patriotisme » qui a conduit aux Hommes politiques à emprunter d’autres chemins que ceux voulus par la société. Dans ce sens, il maintient que la restauration des valeurs de patriotisme et d’intégrité va servir d’occasion pour inculquer un « changement de paradigme » au sein de la classe politique.

Ce changement, il a pour vocation d’ôter « l’amour de l’argent et du pouvoir » de la tête des Hommes politiques, de l’avis des jeunes de Tenkodogo.  Pour s’assurer de l’effectivité du changement, ils soulignent que la population fera la vieille pour éviter « tout écart ». Aussi, les jeunes de Tenkodogo rappellent que « les Hommes politiques devraient être au service des populations et non l’inverse ».

« Pour moi, on ne peut pas supprimer les Hommes politiques. De par la définition même du terme, si tu arrives aux affaires, tu deviens politique. Mais on peut cadrer l’activité des Hommes politiques. Il faut poser des bases solides afin que toutes les décisions qui seront prises soient pour un réel développement du pays. Dans les années à venir, il faut que les Hommes politiques disposent d’un référentiel pour guider leurs actions. Rien ne doit se faire au hasard. Que ça soit une politique de ceux qui sont au pouvoir ou de ceux qui sont dans l’opposition, elle doit être encadrée. Il faut mettre de l’ordre. Il faut imposer aux Hommes politiques de toujours servir le pays, les populations et la société »

Célestin Bouda

Pour une appréciation du régime du Capitaine Ibrahim Traoré, nos interlocuteurs des deux jours sont unanimes. « C’est ce qu’il fallait au Burkina Faso », disent-ils. Souleymane Minoungou, Célestin Bouda, Augustin Bébané et Simon Kéré partagent le même point de vue.

Pour eux, c’est avec l’avènement du MPSR2 que beaucoup de choses ont été rendues possibles au Burkina Faso. Sur le cas de la politique éducative, ils relèvent la volonté du régime d’offrir une bonne éducation aux enfants du Burkina Faso. « On sent l’engagement des premières autorités à transformer l’éducation pour qu’elle réponde aux attentes de la société », dit Célestin Bouda.

Pour Simon Kéré, l’accent est plutôt mis sur l’emploi. Selon ses dires, le changement effectué au Burkina Faso a permis de faire comprendre à beaucoup de diplômes qu’il y a du travail partout. « Avant, il fallait être fonctionnaire pour qu’on dise que tu as réussi. Actuellement, on voit que tous les domaines sont pourvoyeurs de richesses. L’entrepreneuriat aussi est aussi promu », relève-t-il.

Augustin Bébané-©-Faso7

À ces points jugés positifs, ces 4 jeunes de la région citent d’autres aspects tels que la sécurité, l’agriculture et la diplomatie comme des réussites déjà du régime du MPSR2. « Le Capitaine Ibrahim Traoré et ses Hommes répondent à nos préoccupations. C’est ce que le peuple veut et nous considérons même que c’est déjà une démocratie, plus qu’une démocratie », lance Célestin Bouda.

Pour terminer, Augustin Bébané estime que la multitude de partis politiques au Burkina Faso montre à dessin que les Hommes politiques ne sont pas « venus pour développer le pays, mais pour leurs ventres ». Les jeunes de Tenkodogo lancent donc un appel afin que le développement du Burkina Faso soit la seule ambition des Hommes politiques.

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Basile SAMA

Faso7

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