Yéli Monique Kam : «Aucun pays du monde n’a déjà gagné une guerre sans son peuple»

Surnommée « La Yennega de l’éducation », Yéli Monique Kam a décrypté le 24 décembre 2021, l’actualité du parti politique dont elle est la présidente, le Mouvement pour la renaissance du Burkina Faso (MRB), et l’actualité politique et sécuritaire du pays. Elle s’est également penchée sur les tares du système éducatif burkinabè.

Faso7 : Comment se porte votre parti politique après les élections ?

Yéli Monique Kam : Avant de commencer, j’aimerais adresser mes remerciements à Faso7 d’être venu vers moi pour échanger sur des sujets d’actualité. Mon parti se porte bien et aujourd’hui, nous sommes très engagés aux cotés des communautés, nous sommes engagés dans notre organisation l’APMP (Alliance des partis et formations politiques de la majorité présidentielle, ndlr) où nous apportons notre contribution.

Nous suivons l’actualité et nous vivons les difficultés que traverse notre pays et nous essayons, à travers notre lecture de la situation et nos différentes réflexions, d’apporter notre contribution pour une amélioration de la gouvernance, surtout en ce qui concerne la sécurité.

Faso7 : Justement, à propos de l’APMP, il y a plusieurs partis avec diverses obédiences. Comment se passe la cohabitation ?

Yéli Monique Kam : La cohabitation au sein de l’APMP se passe bien. Le Mouvement pour la renaissance du Burkina Faso (MRB) dont je suis la présidente, nous sommes des alliés au sein de l’APMP. Il faut savoir qu’au sein de l’APMP, il y a les partis qui siègent à l’Assemblée nationale, et il y a les partis qui ne siègent pas comme le MRB. Donc au sein de l’APMP, nous avons notre place.

Notre place est de soutenir le programme du président à travers nos contributions, nos critiques, notamment nos critiques, parce que aujourd’hui, il y a un besoin de s’améliorer pour remporter cette guerre qui nous est imposée.

A ce niveau, nous ne suivons pas seulement, mais nous faisons des critiques. Nous analysons toutes les actions du gouvernement et nous apportons une contribution citoyenne afin de permettre au président du Faso, à travers tous les ministres, d’en tenir compte afin que le Burkina Faso puisse sortir de cette crise sécuritaire et retrouver la paix et la sécurité.

« Aujourd’hui, le Burkina Faso a besoin d’hommes et de femmes qui ont de l’amour pour ce pays »

Faso7 : Le Burkina Faso a un nouveau gouvernement. Comment avez-vous apprécié la nomination de Lassina Zerbo en qualité de Premier ministre ?

Yéli Monique Kam : La désignation d’un Premier ministre relève du pouvoir discrétionnaire du président du Faso. Mais ce qu’il faut dire, lorsqu’un parti remporte les élections, nous sommes en démocratie, ce parti fait appel à toutes les compétences. Dr Lassina Zerbo n’est pas connu dans nos partis politiques, il était en activité à l’international. Il a été appelé à un moment où notre pays rencontre d’énormes difficultés sur le plan sécuritaire.

Donc, c’est un gouvernement qui est mis en place pour répondre aux défis, trouver des solutions pour relever le défi sécuritaire et Monsieur Lassina Zerbo a un carnet d’adresses, il a un profil de technocrate, mais ce que nous attendons de Monsieur Lassina Zerbo, c’est qu’il aide le Burkina Faso.

Aujourd’hui, le Burkina Faso a besoin d’hommes et de femmes qui ont de l’amour pour ce pays. Et ce que nous attendons de lui, ce sont ses qualités humaines, son patriotisme, son intégrité. Et vous voyez que sur ce plan, nous ne pouvons pas apprécier aujourd’hui. Nous l’attendons aux résultats.

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Faso7 : Vous venez de parler de la non affiliation politique du Premier ministre. Est-ce à dire qu’au sein de la majorité, il n’y a pas d’homme de taille pour occuper la primature ?

Yéli Monique Kam : Au sein de la majorité, tout comme dans mon parti politique, il y a des hommes et des femmes de taille pour relever le défi. Mais je vous ai dit, la désignation à ce poste relève du pouvoir discrétionnaire du président du Burkina Faso qui fait appel à toute compétence, à qui il a confiance, à qui il peut confier un cahier de charges. Monsieur Lassina Zerbo a été appelé à ce poste parce qu’il a un profil de technocrate, parce qu’il a un long parcours à l’international et il maitrise, en tout cas, les questions sécuritaires.

Mais nous disons qu’il n’a pas non plus manqué d’hommes de cette taille, ni au sein de l’APMP, ou dans les partis alliés. Mais le Président du Faso est libre d’appeler qui il veut à ce poste. Le plus important pour nous, c’est le résultat. Et la démocratie prône une égalité de chance.

Donc, que ce soit dans la diaspora ou au niveau local, partout où il y a des compétences, elles sont appelées à apporter leurs contributions pour relever les défis que nous connaissons. Monsieur Lassina Zerbo est donc le bienvenu et nous espérons qu’il va relever le défi.

Faso 7 : Au regard de la composition en termes de qualité et de quantité du gouvernement Lassina Zerbo, pensez-vous que ce gouvernement puisse résorber les difficultés actuelles ?

Yéli Monique Kam : Nous avons analysé les profils de tous les membres du gouvernement. Nous nous sommes rendu compte, en observant, qu’il y a beaucoup de Docteurs parmi eux, des Professeurs. Le parcours professionnel a été le premier critère qui attire notre attention. Mais, il faut savoir que les diplômes, le parcours professionnel, le niveau intellectuel, tous ces critères ne sont pas suffisants aujourd’hui pour nous sortir de ce bourbier sécuritaire.

Notre pays a besoin de patriotes. Observons bien que le président capitaine Thomas Sankara n’avait pas un Phd, mais il avait l’amour de son pays. Un vrai patriote, un homme intègre et c’est de cela que nous avons besoin aujourd’hui.

Donc, nous souhaitons, nous espérons que ces profils qui ont été appelés au gouvernement soient des personnalités qui ont ses qualités humaines, qui aiment le Burkina Faso. Nous voulons des patriotes qui aiment le Burkina Faso.

Quand on aime son pays, on ne fait pas des affaires au sommet de l’Etat. Lorsque nous faisons des affaires au sommet de l’Etat, c’est ce qui  amène l’écroulement des édifices publics entrainant la mort d’innocents.

Au sommet de l’Etat, ce qu’on attend d’un homme, un ministre, ce sont ses qualités humaines, l’amour, le patriotisme, l’intégrité afin que toutes les actions qu’ils posent correspondent à l’intérêt général.

« Il faut qu’on sorte de ce bourbier. Il faut qu’on sorte de cette crise sécuritaire »

Faso7 : Au sortir du Conseil des ministres de prise de contact, le Premier ministre a annoncé quelques mesures, notamment la fin des parrainages. Le gouvernement aussi a diminué en nombre. Selon vous, est-ce suffisant pour la réduction du train de vie de l’Etat ?

Yéli Monique Kam : Nous avons suivi ensemble son discours à l’issue du premier conseil des ministres. Le Premier ministre Dr Lassina Zerbo, a annoncé la réduction des parrainages, mais j’aimerais souligner que lorsqu’il a parlé de la réduction des parrainages, c’est avec essentiellement un objectif. C’est que les ministres se concentrent sur leurs activités.

A ce niveau, la démocratie, la Constitution consacre une séparation des pouvoirs. Si notre pays est confronté à beaucoup de difficultés, il faut d’abord interroger les comportements et les pratiques.

La réduction des parrainages veut dire que chaque ministre doit se concentrer sur son portefeuille afin qu’on puisse évaluer les résultats sur le terrain. C’est un appel aux membres du gouvernement à se concentrer essentiellement parce que le pays est en crise et il veut une concentration sur les objectifs afin que les résultats soient perceptibles.

Vous avez parlé du train de vie de l’Etat. Il n’y a pas qu’au niveau du gouvernement qu’il faut réduire le train de vie de l’Etat, c’est à tous les niveaux. Il s’agit ici, en lien justement avec le discours du Président du Faso qui a annoncé le changement de paradigme, ce changement suppose le changement même de la politique et de la gouvernance.

Aujourd’hui, il faut viser le résultat. Aujourd’hui, le président du Faso ainsi que les membres de l’exécutif visent le résultat. Il faut qu’on sorte de ce bourbier. Il faut qu’on sorte de cette crise sécuritaire. Donc, nous devons nous donner tous les moyens.

Et eux, ils veulent donner l’exemple, se concentrer sur les objectifs et amener tout le monde, à travers leurs leaderships, à s’unir avec eux afin qu’ils puissent lutter efficacement, délivrer les biens et services essentiels aux populations, permettre le retour des populations dans leur localités, contenir les attaques terroristes afin que le Burkina puisse retrouver la paix et la sécurité et reprendre la route du développement humain durable.

Faso7 : D’aucuns estiment qu’il y a des institutions assez budgétivores, et qu’il faut simplement les supprimer. Qu’en pensez-vous ?

Yéli Monique Kam : Le diagnostic est déjà établi. Nous avons suivi le grand oral du président du Faso. Il a énoncé des chiffres à savoir que les frais de fonctionnement de l’appareil d’Etat à savoir les ministères, les institutions, il y a une quinzaine d’institutions, et les démembrements représentent près de 60% du budget de l’Etat. Vous voyez que c’est énorme alors que le ratio est de 35 %. Il y a beaucoup d’efforts à faire.

Donc la réduction du train de vie de l’Etat, le président du Faso a déjà établi le diagnostic. Il s’agit d’un nettoyage profond à faire, d’un changement de cap et tout le monde doit s’engager dans cet élan parce qu’il va falloir dégager des ressources pour les consacrer aux projets de développement. Il faut pouvoir économiser sur le budget actuel afin d’investir sur la sécurité, les équipements, l’organisation de l’armée et aujourd’hui, notre pays est épris de paix.

« Notre pays a besoin de patriotes »

Ce que nous voulons, c’est à paix et la sécurité et pour y arriver, il faut un changement de paradigme, c’est-à-dire un changement de comportement. Et le changement de comportement, ce n’est pas seulement au niveau de l’Etat, c’est au niveau individuel. C’est vous et moi. C’est nous tous, dans nos organisations, dans nos familles, nous devons interroger nos comportements. Qu’est-ce qui n’a pas marché ? Qu’est ce qu’il faut bannir, et bien sûr, il y a beaucoup de choses à bannir.

Aussi, le diagnostic établi par nos autorités et que nous avons interprété, c’est que cette crise sécuritaire a des causes internes et externes. Au niveau interne, c’est vrai que, nous attendons plus de résultat de l’armée sur le plan de l’organisation, de la tactique, du renforcement de la formation des hommes et aussi des équipements, mais ce n’est pas tout.

C’est qu’au niveau individuel, il y a même des complicités. Il y a des complicités ! Lorsqu’on dit complicité, c’est qu’il y a des Burkinabè qui n’aiment pas leur pays. C’est pourquoi nous disons que nous devons tous nous interroger et chacun doit se concentrer sur ce qu’il a à faire. Lorsqu’il y a un désordre dans une organisation, c’est à chacun de se concentrer sur ses activités, ses prérogatives et s’interroger, qu’est-ce qu’il faut bannir ?

Donc, il y a des comportements qu’il faut bannir. Des pratiques anciennes qu’il faut bannir. Et nous disons qu’il faut prôner l’amour. Chacun doit cultiver l’amour. L’amour pour sa patrie, l’amour pour l’intérêt commun. Il faut parvenir à mobiliser les consciences. Une conscience citoyenne, une conscience collective en faveur de l’unité, en faveur du patriotisme, en faveur de l’intégrité afin qu’ensemble, nous puissions nous donner une main d’association pour soutenir notre gouvernement dans son engagement pour vaincre le terrorisme.

Lire 👉 Burkina Faso : La sécurité, priorité du Gouvernement Zerbo

Faso7 : Vous avez évoqué les causes internes. Mais qu’en est-il des causes externes du terrorisme ?

Yéli Monique Kam : Nous sommes engagés dans la mondialisation. Cela veut dire que les pays sont interdépendants. Et cette interdépendance, se joue au niveau géopolitique et tient compte des rapports de force. Lorsqu’on parle des causes externes, ce sont des rapports de force et nous savons comment notre pays est placé dans le rang mondial. C’est un pays sous-développé, mais qui a des ressources stratégiques qui sont convoitées par les grandes puissances pour maintenir leur position, leur hégémonie. Aujourd’hui, c’est à ce niveau que la lutte se passe.

Mais ce que je voudrais dire, c’est qu’aucun pays du monde n’a déjà gagné une guerre sans son peuple. Les pays du monde entier remportent les guerres avec leurs peuples, avec la solidarité de leurs peuples. Nous sommes conscients qu’il y a des pressions extérieures, mais nous devons nous unir, susciter une conscience collective, une mobilisation pour soutenir notre gouvernement à réussir à réduire et à contenir la crise sécuritaire.

Faso7 : Vous êtes surnommée la ‘’Yennega de l’éduction’’. Nous ne pouvons pas terminer cet entretien sans aborder le sujet. Actuellement, quelle lecture faites-vous de la vie du secteur de l’éducation du Burkina Faso?

Yéli Monique Kam : «Le système éducatif est la cause du sous-développement de notre pays» (la réponse dans cette vidéo

Faso7 : Pouvez-vous  revenir sur l’appel de Gaoua ?

Monique : L’appel de Gaoua, c’est le projet de refonte de notre système éducatif par le Président capitaine Thomas Sankara, en avril 1987. A travers cet appel, le président était dans un processus de refonte de notre système éducatif.

Et ce document qu’il nous a laissé, qui malheureusement n’a pas été achevé, est un document très inspirant. Ce projet envisageait une refonte, une mise à plat du système éducatif et d’ailleurs ce document a inspiré le Mouvement pour la renaissance du Burkina Faso.

Faso7 : Quel est votre message aux Burkinabè ?

Yéli Monique Kam : Je me nomme Yéli Monique Kam. En tant que chrétienne, le 24 décembre est un jour mémorable pour tous les chrétiens. Un sauveur qui est né, qui a pris la forme humaine pour sauver l’humanité. Donc, c’est un symbole de l’amour. Ce jour, nous commémorons l’amour vrai.

Donc en ce jour mémorable, je lance un appel au peuple burkinabè à cultiver l’amour, à cultiver le vrai amour, l’amour sincère entre nous, à cultiver la paix entre nous, afin que même si dans cette crise sécuritaire que vit notre pays, même si les moyens sont limités, même si aujourd’hui l’organisation n’est pas assez efficiente, au moins qu’il n’y ait pas de complicité.

Que tous les Burkinabè soient intègres et que les cris de détresse de nos frères et sœurs nous saisissent et que chacun, à sa manière, puisse contribuer à travers son intégrité, son patriotisme, à aider notre gouvernement pour vaincre ensemble le phénomène  terroriste.

Interview réalisée par Ignace Ismaël NABOLE

Faso7

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