Reconquête du territorial national : 72 heures en zones réinstallées

Du 10 au 12 février 2026, une mission du ministère de la Communication a pu constater la réalité de cette réinstallation des populations dans les régions du Sourou et des Bankui, au Burkina Faso.
Mardi 10 février 2026. Village de Tera (nom d’emprunt pour des raisons de sécurité). Il est midi. L’atmosphère est sereine : les femmes vaquent à leurs occupations, les enfants rentrent de l’école. Nous sommes accompagnés chez le chef par le Commandant Renard, à la tête du 52ᵉ Régiment d’Infanterie Commando (RIC).

Le chef du village, S.O., nous reçoit. Les habitants avaient fui l’horreur. Mais depuis deux ans, ils sont de retour, portés par le travail des Forces Combattantes et des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP).
Soudain, un bruit de tambours déchire le silence. Sous l’arbre à palabre, une cérémonie d’accueil improvisée célèbre le bonheur de vivre chez soi. D.A., délégué communal des VDP, confirme le retour au calme. « Depuis qu’on s’est réinstallé avec la population, on arrive à mener nos activités, à subvenir à nos besoins. Entre la population et nous, tout va bien », rassure-t-il.

Dans les salles de classe, la fierté est patriotique. De nombreux enfants portent des tenues à l’effigie du Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré. Réunis autour de leurs parents, ils lancent un message vibrant à la plus haute autorité de l’État : « La patrie ou la mort, nous vaincrons ! »

Les services sociaux de base ont repris. D.A-R, commerçant déguerpi en 2022, savoure ce retour. « Ça se passe bien ici. Il n’y a plus de problème et le commerce se déroule bien », lance-t-il avec optimisme.
L’État reprend ses droits dans les Bankui
Ce constat sur le terrain n’est pas un cas isolé. C’est le résultat d’une machine de reconquête lancée à l’échelle nationale. Bilan, 73 préfectures et mairies rouvertes, plus de 600 structures éducatives qui reprennent vie, 38 formations sanitaires opérationnelles et 442 villages libérés et réinstallés. Des chiffres qui témoignent du terrain gagné sur l’horreur.
Mercredi 11 février 2026, cap sur une autre localité à 20 km de Dédougou.

Ici, le drapeau du Burkina Faso flotte fièrement dans la cour de la préfecture. B.M., préfet, Président de la Délégation Spéciale (PDS), incarne ce retour de l’administration. Contraint à l’exil en juillet 2022, il a regagné son poste le 4 avril 2024. Santé, éducation, environnement : tous les services sont opérationnels.
« Tous les villages qui ont été réinstallés ont pu exploiter leurs terres. La population a pu labourer ses champs malgré une installation en plein hivernage », explique le Préfet.

Le Commissaire Moussa Savadogo, commandant du GUMI n°8, confirme cette libre circulation. « Vous l’avez constaté, vous avez vu des femmes qui revenaient de la brousse, qui sont allées chercher du bois de chauffage. Les gens circulent librement de la commune jusqu’au chef-lieu de la région», dit-il.
La reconstruction
Pourtant, derrière le calme apparent, les récits témoignent de la violence passée. Une couturière se souvient de sa fuite précipitée, abandonnant tout son gagne-pain. « Ce n’était pas facile. On était déplacés à Dédougou, j’avais tout perdu. Ils avaient volé toutes mes machines. J’étais obligée d’aller chez mes anciens patrons pour travailler là-bas», informe K. A.
Après avoir travaillé dur pour économiser, elle est revenue. Aujourd’hui, elle dirige un atelier de 4 machines avec une équipe aguerrie.

À cinquante kilomètres de Dédougou, une autre localité renaît. Sur les murs de la mairie et du commissariat, les impacts de balles racontent l’intensité des combats passés. Les leaders religieux, eux aussi, pansent les plaies.
« À notre retour, on a retrouvé les mosquées, mais il n’y avait plus rien à l’intérieur. Les nattes, les ampoules et même les fils électriques avaient disparu », déplore M.S., représentant de la communauté musulmane.

Même constat chez les catholiques et les évangéliques. J.P., de la communauté catholique, exprime sa gratitude. « Aujourd’hui, nous sommes de retour et très heureux. Nous saluons le préfet, le maire, mais aussi vous, les FDS et les VDP. »
Du côté des protestants, on s’active aussi pour relancer la vie spirituelle. D.C., leur représentant, confirme la reprise. « On était partis, et à notre retour, tout était gâté. On a recommencé petit à petit. Beaucoup de choses nous manquent encore et il y a une diminution de la fréquentation de notre lieu de culte », note-t-il.
Sur le marché, le ravitaillement est assuré.« On rend grâce à Dieu. On reçoit du carburant par citernes depuis Dédougou. Le marché est là et les 21 villages environnants viennent se ravitailler ici. », précise T. L. pompiste.

K.A. est commerçant de céréales dans cette localité. Il y vend du mil, des noix de karité et du sésame. « Quand nous sommes arrivés à Dédougou, ce n’était pas facile pour nous. Mais grâce aux autorités et à la force de l’État, la situation s’est apaisée et nous avons pu revenir chez nous. Depuis notre retour, nous avons repris nos activités. Nous remercions les autorités, nos militaires et les VDP, car c’est grâce à eux que la situation s’est améliorée. Aujourd’hui, nous achetons la boîte de céréales à 250 F pour la revendre à 300 F », confie-t-il.

Si des défis subsistent, liés à la logistique d’une réinstallation progressive, le constat de cette mission suivant se dégage : des zones autrefois « interdites » respirent à nouveau.
Alice Suglimani THIOMBIANO
Faos7



