« La fille aux cheveux châtains » : Clément Zongo trempe sa plume dans la mare des préjugés sur l’albinisme

Le journaliste chroniqueur au quotidien d’État Sidwaya, à la Radio Pulsar, et chef du service communication et relations publiques de l’ex-Laboratoire national de santé publique, Alexis Yaméogo, connu sous le nom de plume Clément Zongo, a accordé, ce vendredi 23 janvier 2026, une interview à Faso7. L’entretien a porté sur les principaux axes de son nouvel ouvrage intitulé : « La fille aux cheveux châtains ». C’est un roman qui se répartit en 28 chapitres et s’étale sur 254 pages.  Le livre coûte 5 000 FCFA et est disponible dans les différentes librairies. 

Faso7 : Pourquoi le choix du titre « La fille aux cheveux châtains » ?

Clément Zongo : J’ai cherché. Je n’ai pas voulu écrire « albinos » parce que, pour moi, « albinos », c’est le nom commun qu’on utilise pour les appeler (…). J’ai voulu user un peu de subterfuge pour contourner « albinos » et puis trouver autre chose qui dit la même chose (…) Et donc, « La fille aux cheveux châtains », c’est la fille albinos.

Faso7 : Quel lien peut-on établir entre ce livre et l’actualité sociale du pays ?

Clément Zongo : Je parlerai plutôt des albinos (…). Ce sont des personnes qui sont sujettes à des maladies liées à la peau, à de simples lésions, des plaies, jusqu’au cancer. Au-delà de ces blessures visibles sur la peau, il y a d’autres souffrances, d’autres formes de douleurs qu’ils trimballent dans leur vie quotidienne (…).

C’est le regard de la société, qui n’est parfois pas sous le bon angle. Même si, de nos jours, ce regard est de moins en moins choquant, moins barbare, mais assez subtil (…). L’albinos a le même sang qui coule dans ses veines que dans les miennes. Et l’albinos est du groupe A, B, AB, O+, tout comme moi.

Et dans mes recherches, j’ai constaté que la question de l’albinisme ne date pas d’aujourd’hui.

Depuis l’Afrique, à travers l’Égypte, en passant par la Grèce antique, les albinos ont toujours été persécutés dans la société. Ils ont toujours été étouffés dès la naissance parce que la société ne les accepte pas.

Faso7 : « Elle était l’extraterrestre qui s’était échouée sur la Terre sans bouée de sauvetage. Phil pensait Cathy plus qu’il ne pensait à elle », qu’est-ce que vous avez voulu dire dans ce passage ?

Clément Zongo : C’est pour dire que l’albinos est unique, assez singulier de par la couleur de sa peau, la couleur de ses cheveux et tout. Il est assez unique pour vraiment attirer l’attention. C’est comme si l’albinos n’était pas de ce monde.

Et dans le roman, quand vous le parcourez, d’ailleurs, j’essaie de faire ressortir cet aspect des choses, cette représentation sociale qui veut que l’albinos vienne d’ailleurs, tout comme les Égyptiens ou les Grecs qui disaient que c’est une émanation du diable.

Faso7 : Selon vous, qu’est-ce qui peut attirer l’attention de votre lecteur ?

Clément Zongo : Ce qui peut attirer, c’est de dire qu’on peut tomber amoureux d’une fille ou d’une femme albinos en ayant la peau noire. C’est de dire que c’est possible parce que, quelquefois, ça ne dépend pas de nous.

La tête calcule, mais ailleurs on ne calcule pas. Dans le cœur, il n’y a pas de calcul. Donc, vous pouvez avoir la peau noire, vous pouvez peut-être même être indifférent aux albinos, mais vous pouvez tomber sous le charme d’une fille albinos. C’est possible.

Faso7 : Est-ce que vous pensez que ce livre peut changer quelque chose à la société burkinabè ou dans le monde en général ?

Clément Zongo : Oui ! J’en suis convaincu. Il faut qu’on lise ce livre avec le cœur plutôt qu’avec la tête. Comme je l’ai dit, tous nos calculs se trouvent dans la tête. Nos égos se trouvent dans la tête, mais les cœurs sont purs et innocents (…).

Clément Zongo invite à lire « La fille aux cheveux châtains »

Le cœur, généralement, est sincère. Donc, j’aimerais que les gens lisent ce livre avec le cœur. Et je pense qu’en le lisant avec le cœur, chaque page est une opportunité de se changer d’abord, ensuite de décider de changer ou de participer au changement social que Clément Zongo suscite ou souhaite à travers cette œuvre.

Faso7 : Quelle est votre source d’inspiration ?

Clément Zongo : Je m’inspire de la vie quotidienne. Je suis comme une caméra allumée qui se balade, qui regarde discrètement comme un espion.

Je capte tout et après, je m’assois et j’analyse. Parfois, ce sont les images. J’ai même un recueil de chroniques qui est en édition et qui va sortir ce mois de janvier : 40 chroniques pour le tome 01, qui pourra s’ajouter à celui-là pour la dédicace.

Faso7 : Comment a été votre prise de contact avec Salif Keïta, qui est le préfacier du livre « La fille aux cheveux châtains » ?

Clément Zongo : La préface a été signée par l’artiste malien Salif Keïta, qui est albinos et qui a les cheveux châtains. C’est un préfacier très symbolique. C’est un personnage très connu.

Je profite pour dire merci au ministre Gilbert Ouédraogo, qui m’a vraiment facilité les choses, qui a pris des contacts avec son homologue malien.

C’est ainsi qu’on m’a trouvé Salif Keïta, qui a donné son OK et a signé la préface avec des encouragements.

Propos recueillis et transcrits par Aminata OUATTARA (stagiaire)

Faso7

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