Burkina Faso : Incursion dans les champs des jeunes VDP agricoles

Au Burkina Faso, l’agriculture est majoritairement familiale, avec environ 80% des exploitations reposant sur des pratiques traditionnelles manuelles et dépendantes de la pluie. Dans ce contexte; l’Initiative Présidentielle pour la Production Agricole et l’Autosuffisance Alimentaire (IP-P3A) du Capitaine Ibrahim Traoré comprend la formation de 8 000 jeunes agriculteurs aux techniques modernes et en agrobusiness avec un accompagnement et un suivi post-formation. Des rencontres avec la première cohorte confirment le caractère novateur de cette idée.

Nous sommes en mai 2025. La formation de la première cohorte, composée de 2 000 bénéficiaires issus de 80 communes, soit 25 jeunes par commune, tire à sa fin après plus de deux mois de déroulement à l’École Nationale de Formation Agricole (ENAFA), dans des Centres de Promotion Rurale (CPR) et centres privés.

Nous avons l’opportunité de tourner aux côtés du Coordonnateur technique de l’IP-P3A, Inoussa Ouédraogo, dans sa mission de supervision pour découvrir ce qu’ils apprennent et leur annoncer la prochaine étape : la formation civique et patriotique qui implique notamment des formations en patriotisme et en maniement d’armes.

Le 14 mai 2025, nous sommes reçus en plein exercice par les 125 apprenants du Centre de Formation Professionnelle aux Métiers Émergents Bangr Nooma (CFP-MEB), installé dans le quartier Bonheur-Ville de Ouagadougou avec une extension à Koubri. Vêtus de leurs t-shirts verts du Bureau National des Grands Projets du Burkina (BN-GPB), chaque stagiaire s’active dans les champs, les jardins et les bassins piscicoles de la ferme, ainsi que dans la boutique de vente de produits agroalimentaires transformés.

Devant le Coordonnateur technique, Issouf Biyen, un stagiaire venu de la commune de To, explique magistralement comment réussir la production du maïs, même en cas de faible pluviométrie. « Nous découvrons plusieurs techniques nouvelles qui enrichissent nos savoirs. Par exemple, la fertilisation et la récupération des sols. Aujourd’hui, nous savons produire sur presque tout type de sol », lui explique-t-il.

Plusieurs autres centres formation sont visités dont le Centre Rialé d’intelligence agricole (CRIA). Là-bas, nous faisons la rencontre de Marie-Reine Kientega, très fière et rêvant mettre à profit les techniques modernes qu’elle connaît désormais. « À mon retour, je compte me lancer dans le maraîchage et l’aviculture pour prouver aux villageois que j’ai reçu une formation de qualité », nous confie-t-elle avec ferveur, la daba sur l’épaule.

Des témoignages sur les premiers pas sur le terrain et en groupe

Le 16 juin 2025, cette cohorte valide sa formation civique et patriotique avec une double mission : moderniser le secteur agricole tout en participant au renforcement de la sécurité alimentaire nationale.

Pour ce faire, les délégations spéciales des communes, dont chaque groupe dépend, sont invitées à mettre à leur disposition un site de 12,5 hectares. Dans le cadre de la campagne agricole humide 2025-2026, ces groupes bénéficient de labours gratuits sur leurs sites et sont dotés d’intrants pour produire.

Courant octobre 2025, nous nous rendons sur le terrain avec une équipe du Bureau National des Grands Projets du Burkina (BN-GPB), dans la région du Nando, pour découvrir ce que ces jeunes ont réalisé et les défis qu’ils ont traversés.

La mission de l’équipe du BN-GPB est d’annoncer la réalisation prochaine d’aménagements et d’installation de forages au profit des groupes dont les communes ont trouvé des sites définitifs.

Le 20 octobre 2025, direction Bingo. Nous sommes reçus à la mairie par Adaré Compaoré et quelques-uns de ses camarades, qui nous mènent à leur site à moto. En traversant les champs, on constate que la période des récoltes bat son plein. Nos visiteurs sont au nombre de 24, ayant perdu l’un des leurs. Ils ont produit du niébé semencier sur deux sites provisoires de 2 ha chacun en attendant qu’un site définitif soit trouvé.

Fatimata Bangulèga, membre du groupe, prend la parole pour expliquer qu’ils ont réussi à produire malgré l’inondation de leurs champs, grâce aux techniques agricoles apprises. « Une fois, on est venus et tout était bordé d’eau. Grâce à la formation, on a réussi à gagner quelque chose malgré les difficultés », témoigne-t-elle.

La détermination l’emporte sur les defis-©Faso7

Après avoir pris congé des VDP agricoles de Bingo, nous mettons le cap sur Kokologho. À la mairie, nous sommes reçus par Jean Golbert Nana, premier vice-président de la délégation spéciale de la commune. Celui-ci nous fait savoir que dès le retour des jeunes formés, un site de 17 hectares a été mis à leur disposition. « Quand on a lancé le recrutement de ces 25 jeunes, il y a eu tout un engouement et je peux vous dire que la sélection n’a pas été facile », rappelle-t-il.

Un tour sur le site en question nous permet de constater que Madeleine Kiemtoré et son groupe ont produit du maïs, du niébé et du sésame avec l’appui-conseil des agents de l’agriculture. Vu les bonnes conditions, ils envisagent de s’organiser en coopérative pour bénéficier de meilleures opportunités.

Le lendemain, à Zawara, un binôme des VDP agricoles nous accueille à la mairie puis nous guide vers leurs sites situés à une quinzaine de kilomètres. Arrivés sur place, le binôme rejoint les autres dans leur champs et ils poursuivent automatiquement la récolte de leur niébé semencier.

Fiers de leur engagement pour l’autosuffisance alimentaire, ces jeunes bravent la distance, les faibles finances et l’insécurité pour produire. C’est une question de courage, selon Adama Oualbéogo, l’un d’eux. « Malgré les difficultés actuelles, nous avançons pas à pas. Moi personnellement, je suis à 60 km du site. Mais je ne manque pas les rendez-vous, parce que j’ai la volonté d’être agriculteur et je dois aller jusqu’au bout », déclare-t-il.

Ce jeune insiste aussi sur la nécessité d’être dotés d’armes, au regard de la menace sécuritaire dans leur zone et compte tenu de la formation civique et patriotique reçue, qui incluait le maniement d’armes. « On est bien formés techniquement. Ce qu’on a appris à Badnogo, c’est comment tirer pour se défendre. Mais ici, dans une zone d’insécurité, on n’a pas ça », explique-t-il.

Fusil à l’épaule, visiblement la cinquantaine, Alphonse Yaro, membre de conseil villageois de développement (CVD) à Zawara, qui passe par là dans le cadre de sa ronde, s’approche pour nous saluer. Il profite de l’occasion pour donner son appréciation sur cette formation. « Je ne suis pas si vieux, mais j’ai de l’expérience. Notre génération cultivait de manière traditionnelle, sans techniques ni équipements modernes. Cette décision de former les jeunes est la bienvenue. Tout le monde ne peut pas être fonctionnaire. Mais dans l’agriculture, si tu sais la pratiquer, tu peux tirer ton épingle du jeu », déclare-t-il.

À Pella les VDP agricoles gagnent 22 ha grâce à la collaboration des propriétaires terriens-©Faso7

Après Zawara, c’est au tour de Pamoussa Gansonré et ses camarades de nous recevoir à Pella. Ils nous rencontrent à la mairie et, vu l’éloignement du site, certains, venus à vélo, embarquent avec nous dans le véhicule. Nous roulons sur plus de dix kilomètres sur une voie bitumée avant d’emprunter les pistes menant au champ, puis nous terminons le parcours à pied.

Ce groupe a bénéficié d’un site record de 22 ha grâce à une entente entre la délégation spéciale et des propriétaires terriens.

Au départ, le groupe a reçu du maïs et du niébé semenciers pour produire pendant la campagne. Mais le site, maraîchageux, les a poussés à se tourner vers des cultures plus adaptées. « On nous a appris la résilience en agriculture. Entre-temps, nous avons compris qu’avec le maïs et le niébé, ça ne pouvait pas marcher. Une partie de notre champ a été inondée. Avec la patate douce, au moins, on a pu apprendre quelque chose. Nous avons mis en place quelques dizaines de planches », explique-t-il.

Pendant que nous échangeons avec les VDP agricoles, Maurice Ouédraogo, un septuagénaire, et son petit frère François nous rejoignent. Ce sont les propriétaires terriens qui ont cédé leur terre. Avec la fatigue du trajet, Maurice prend place sous un arbre pour répondre à nos questions. Il explique que c’est son attachement à la lutte pour l’autosuffisance alimentaire portée par le Président qu’il a décidé de céder son terrain. « Quand ils sont venus nous solliciter, nous n’avons pas refusé. L’oisiveté n’est pas une bonne chose. Mais si tu as de la matière pour travailler, tu peux être autoadependant et soutenir ta famille », déclare-t-il.

Notre tournée se poursuit à Sourgou, Gao, Kindi, Gao, Dalo, Bakata, où nous rencontrons des jeunes résilients. Mais c’est avec désarroi que les VDP agricoles de Siglé nous accueillent sur leur site. Avec le regard triste qu’ils nous font visiter leur champs de niébé semencier.

« Nous avons l’impression d’avoir travaillé pour rien »-©Faso7

S’ils ont appris des techniques modernes, les négociations pour obtenir des sites provisoires ont pris du temps. Cela les a obligé à commencer tardivement la production. Leurs champs de niébé semencier ont jauni sous la sécheresse. « Nous avons eu le courage de cultiver comme le veut le Président. Nous avons eu le site tardivement, mais nous avons pris notre courage à deux mains. La pluie a cessé et le rendement attendu ne sera pas atteint. Nous avons l’impression d’avoir travaillé pour rien », s’exprime, toute triste, Clémentine Zongo membre du groupe.

Cependant, la poursuite des négociations pour un site définitif et l’annonce des aménagements et forages laissent espérer des lendemains meilleurs, selon elle.

Une deuxième cohorte prend d’assaut les centre de formation avec des perspectives prometteuses-©Faso7

Le succès de la première cohorte et les leçons apprises ont conduit au lancement de la formation de la 2e cohorte. Le 20 décembre 2025, nous assistons à la sortie de leur formation civique et patriotique.

À cette occasion, le coordonnateur technique de l’IP-P3A, annonce  que les groupes de jeunes formés par commune seront accompagnés pour se constituer en coopératives afin de professionnaliser leur activité.

Josué TIENDREBEOGO

Faso7

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