Certification BioSPG dans les communes du Grand Ouaga : quelles contributions dans le développement du maraîchage biologique ?

Certification BioSPG dans les communes du Grand Ouaga : quelles contributions dans le développement du maraîchage biologique ? (Par Néssan Bamissa BARRO, Paul ILBOUDO et Ramané KABORE)

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Introduction

L’agriculture biologique, longtemps non réglementée, a été portée par des mouvements environnementalistes, des ONG et des associations civiles. Ce n’est qu’à partir des années 1980 que les premières normes de certification ont été mises en place, marquant l’essor de la certification des produits agricoles. La certification tierce partie, dominante à l’époque, repose sur le contrôle des produits par un organisme indépendant. Il s’agit selon I. Nacambo (2020, p.12) « d’un système de garantie établi sur la base d’un contrôle du produit confié à un organisme de certification indépendant du producteur ou de l’acheteur ». Toutefois, ce système présente plusieurs limites : coût élevé, faible interactivité, inadéquation aux réalités locales et forte bureaucratie, suscitant des doutes sur l’éthique des auditeurs (S. Lemeilleur, 2019, p.48).

 

Face à ces contraintes, producteurs et consommateurs ont exploré des alternatives, donnant naissance aux Systèmes Participatifs de Garantie (SPG), plus inclusifs et adaptés. Dans cette dynamique, le Conseil National de l’Agriculture Biologique (CNABio) a été créé au Burkina Faso pour promouvoir l’agroécologie et l’agriculture biologique. Il a mis en place la certification BioSPG, fondée sur une approche participative de labélisation des productions biologiques. Le maraîchage biologique, soutenu par cette innovation, apparaît comme une réponse pertinente aux impacts négatifs du maraîchage conventionnel. L’article vise à analyser les contributions de la certification Biologique par Système Participatif de Garantie (BioSPG) au développement du maraîchage biologique dans le contexte burkinabè.

Méthodologie

L’étude a été conduite dans les communes du grand Ouaga qui enregistrent une évolution rapide du nombre de producteurs certifiés BioSPG ces dernières années. L’approche qualitative a été privilégiée dans le cadre de cette étude car il s’agissait de comprendre les contributions de la certification BioSPG dans le développement du maraîchage biologique dans les communes du Grand Ouaga. Pour ce faire des guides d’entretiens ont été élaborés et administrés auprès de 50 maraîchers certifiés BioSPG et 18 personnes ressources composées du point focal agroécologie et agriculture biologique du ministère en charge de l’agriculture, les structures membres de CNABio, ONGs et associations œuvrant dans la promotion de l’agriculture biologique.

L’échantillon a été constitué selon la technique de choix raisonné en se basant sur le principe de la saturation de l’information. Les données des entretiens ont été transcrites à l’aide des logiciels de transcription F4 et Good Tape. Ces données issues des entretiens semi-directifs ont fait l’objet d’analyses thématiques. Les verbatims issus des entretiens ont permis d’illustrer certains aspects de l’analyse des données.

Résultats

  1. Une augmentation du nombre de producteurs et de superficies certifiées BioSPG

Les enquêtés soulignent que depuis la mise en place de la certification BioSPG en 2015, le nombre de producteurs certifiés ainsi que le nombre d’hectares certifiés ne cesse de croître d’année en année. Ce qui témoigne de l’engouement des producteurs maraîchers pour cette innovation. Selon le coordonnateur du CNABio, ce nombre est passé de 87 en 2015 à plus de 879 producteurs certifiés en 2023. A cela s’ajoute une augmentation considérable des superficies certifiées emblavées qui est passée de 12 ha en 2015 à plus de 200 ha en 2023. Aussi, à partir de 2017, la mise à l’échelle du BioSPG a entrainé des adhésions massives au CNABio, en particulier celles des personnes morales. Ce producteur S.Y résume ces impacts en ces termes :

« La certification BioSPG, c’est 1400 acteurs qui sont impliqués et 31 fermes certifiées. La majorité des producteurs certifiés sont des femmes soit plus de 700 productrices pour un peu plus d’une centaine d’hommes. La plupart des producteurs certifiés se retrouve dans la zone de Ouagadougou et sa périphérie. Mais ces chiffres sont instables en ce sens qu’il y a chaque année des évaluations et à l’issue de ces évaluations, il y a des producteurs qui sont souvent suspendus ou exclus » (S.Y, producteur certifié, Août 2023).

Ce promoteur A.S de boutiques de produits biologiques à Ouagadougou souligne pour sa part que

« Sous l’impulsion du SPG le nombre de producteurs est allé crescendo d’année en année de même que les surfaces ont augmenté. Cependant, il y a des producteurs qui sont déclassés mais n’empêche que le nombre de producteurs a augmenté.  Le SPG a eu un effet direct sur la productivité et le nombre d’acteurs engagés dans le maraîchage biologique » (A.S, promoteur de boutiques de produits biologiques et d’intrants biologiques, octobre 2023).

Cette figure nous donne la tendance évolutive des producteurs et superficies sous certification

Figure 1 : Evolution des producteurs et superficies certifiées SPG de 2016 à 2023

Source : enquête de terrain mai- novembre 2023

  1. Un développement des marchés locaux des produits biologiques

 

Avec l’avènement de la certification BioSPG, on enregistre une diversification des points de vente des produits agroécologiques et biologiques de même que des points de vente certifiés BioSPG. « Aujourd’hui, on a au moins 10 points de vente de produits maraîchers biologiques et agroécologiques dans la ville de Ouagadougou parmi lesquels des boutiques et des marchés hebdomadaires. Quand on y va, on est sûr de trouver des produits maraîchers biologiques et agroécologiques. Ce qui n’était pas le cas il y a 10 ou 15 ans » fait remarquer Z.A, un producteur certifié de la commune de Komsilga.

De ces marchés biologiques on retient : le marché Rosa à Ouaga 2000, le marché du Club de l’étrier, le marché de Loumbila qui se tient chaque dimanche, le marché de la zone du bois, le marché bio de Dassasgho. Ces marchés se tiennent de façon hebdomadaire. Cinq boutiques de vente de produits biologiques ont également été recensées : Eco-bio panier Tampouy et Eco-bio Panier Koulouba, la Boutique Napambéogo, la boutique bio Farmer market et la boutique BIOGRACE aux 1200 logements. Pour ce producteur

« La place des marchés et boutiques dans l’écoulement des produits maraîchers BioSPG est incontestable. Avant, on produisait et puis on cherchait le marché pour écouler nos produits. Désormais, il y a un changement avec le développement des marchés et des boutiques. Nos fruits et légumes sont valorisés à travers le BioSPG. Donc, on peut dire que le développement des boutiques et des marchés biologiques va de pair avec le développement du maraîchage biologique » (S.A, promoteur de boutique de bio intrants, octobre 2023).

  1. Un engouement de plus en plus croissant pour les produits maraîchers biologiques

Le BioSPG a engendré une prise de conscience des consommateurs sur la nécessité de consommer des produits sains notamment BioSPG. Ces consommateurs sont davantage sensibilisés sur les méfaits des pesticides, des engrais chimiques sur la santé humaine. Ce qui a suscité un engouement de plus en plus croissant pour les produits maraîchers biologiques. La clientèle nationale est en forte croissance. Le marché biologique jadis réservé aux plus nantis et aux expatriés touche de nos jours diverses couches de la société. L’offre a même du mal à suivre le rythme de la demande. De fait, l’écoulement des produits maraîchers biologiques s’opère plus facilement. Comme le souligne ce producteur biologique B.S :

« Grâce au SPG, le maraichage biologique est en train de gagner le cœur de ceux-là qui sont dans le conventionnel. Nous écoulons facilement nos produits avec le BioSPG parce que nos produits sont jugés de meilleure qualité par rapport au conventionnel. Cela suscite la curiosité des autres producteurs qui manifestent le besoin de rejoindre la production biologique » (B.S, producteur biologique, septembre 2023).

Discussions

La filière maraîchère et l’avènement de la certification biologique par Système Participatif de Garantie

Les résultats de notre étude indiquent que la certification BioSPG a contribué au développement des circuits de commercialisation des produits maraîchers dans les communes du grand Ouaga. La majorité des producteurs biologiques écoulent leurs produits à travers des circuits différents des circuits de commercialisation du maraîchage conventionnel. Ces circuits se développent très rapidement à Ouagadougou ces dernières années avec le BioSPG (A. Martin, 2017, p.71). A. Martin (2017, p.62) distingue 4 types de circuits fonctionnels dans la ville de Ouagadougou. Il s’agit des paniers de légumes aux particuliers, les marchés hebdomadaires, les boutiques et la vente bord champ avec en perspective plusieurs nouveaux projets de marchés, kiosques ou boutiques en instance d’ouverture dans les prochains mois.

Pour T.N. Yonli et O. Ouédraogo (2023, p. 21) la création du CNABio et l’avènement du BioSPG ont conduit à l’émergence de nouveaux canaux de commercialisation des fruits et légumes dans la ville de Ouagadougou et sa périphérie. A cela s’ajoutent les ventes à travers les réseaux sociaux, les ventes lors des foires et des ateliers et les ventes bord champ.

J.B. Leclercq (2020, p.38) souligne qu’actuellement 80 % des acheteurs des produits bio sont burkinabè. T.N. Yonli et O. Ouédraogo (2023, p.21) notent un intérêt croissant des consommateurs pour les produits maraîchers biologiques. L’accès à une meilleure santé est un facteur incitatif dans le choix des consommateurs. Car ces produits biologiques sans pesticides ni engrais chimiques leur permettent d’éviter les intoxications alimentaires liées à la consommation des produits conventionnels.

Le Burkina a connu ces dernières années beaucoup de cas d’intoxications alimentaires (CNABio, 2017, p. 4). R. Emmenegger (2018, p.33) fait remarquer pour sa part que l’augmentation des clients avec l’avènement du BioSPG a entrainé une intensification de la production biologique et une multiplication des sites de production biologiques par une meilleure planification des spéculations. Pour lui, le BioSPG est un outil stratégique permettant d’atteindre les objectifs de développement durable.

Conclusion

Le CNABio, en promouvant un dispositif de certification fondé sur l’approche des systèmes participatifs de garantie (SPG), se présente aujourd’hui comme un acteur majeur dans la promotion de l’agriculture biologique au Burkina Faso. Introduit au Burkina Faso en 2013, c’est en 2015 que le BioSPG a véritablement été opérationnalisé.  Une dizaine d’années après le BioSPG occupe une place de choix dans la production biologique au Burkina Faso. Cette innovation rencontre de plus en plus l’engouement et l’assentiment de plusieurs producteurs maraîchers dans les communes du Grand Ouaga.

Un engouement qui s’est matérialisé par l’augmentation du nombre de producteurs, de superficies certifiées BioSPG et des circuits de distribution. Cette contribution du BioSPG dans le développement du maraîchage biologique constitut une opportunité pour une mise à l’échelle de la pratique d’une agriculture biologique au Burkina Faso, gage d’une production agricole saine et respectueuse des équilibres écologiques.

 

BARRO Néssan Bamissa (IRSAT/CNRST)

ILBOUDO Paul (Centre universitaire de Dori, Université Thomas Sankara

KABORE Ramané (Université Joseph KI-ZERBO)


Ce texte est tiré de l’article scientifique BARRO Néssan Bamissa, ILBOUDO Paul, KABORE Ramané, 2025, « Perceptions des maraîchers certifiés de la Certification Biologique par Système Participatif de Garantie (BioSPG) dans les communes du Grand Ouaga/Burkina Faso », Revue EVALU’A Experts et Evaluateurs d’Afrique 2025 n°6, 20p

Références bibliographiques

CNABio, 2017, « Le label CNABio au Burkina Faso va de l’avant ».

NACAMBO Idrissa, 2020, « Le système participatif de garantie, une solution pertinente au Burkina Faso ». Les Actes JIPAD, 11p

LEMEILLEUR Sylvaine, 2019, « Système Participatif de Garantie pour un label agroécologique au Maroc », in Alternatives rurales, 7, 1-19.

EMMENEGGER René, 2018, « La certification biologique orientée aux marchés locaux aux pays du sud – atouts et défis. L’exemple du Burkina Faso ». Mémoire de master, Institut de hautes études internationales et du développement.

MARTIN Alice, 2017, « La commercialisation des produits maraîchers biologiques certifiés SPG sur Ouagadougou : quelles stratégies poursuivre pour pérenniser le système de certification et construire un marché des produits biologiques durable ? », Mémoire de fin d’études d’ingénieur agronome Option Développement Agricole et Rural au Sud, spécialité Marchés, Organisations,

YONLI Taladi Narcisse et OUEDRAOGO Odette, 2023, « Les consommateurs des produits maraîchers biologiques à Ouagadougou ». In Anthropology Of Food, nº17, pp.206‑226

LECLERCQ Jean Baptiste, 2020, « Un label SPG (Système Participatif de Garantie) comme facteur favorable à la transition agroécologique. Le cas du label BioSPG au Burkina Faso ». Louvain School of Management, Université catholique de Louvain, 2020.

BARRO Néssan Bamissa, ILBOUDO Paul, KABORE Ramané, 2025, Perceptions des maraîchers certifiés de la Certification Biologique par Système Participatif de Garantie (BioSPG) dans les communes du Grand Ouaga/Burkina Faso, Revue EVALU’A Experts et Evaluateurs d’Afrique 2025 n°6, 20p.

 

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