SAMAO 2025 : Réflexion sur les défis de la réhabilitation et de la fermeture des mines en Afrique

La 7e édition de la Semaine des Activités Minières d’Afrique de l’Ouest (SAMAO) a débuté avec un panel de haut niveau sur le thème central « Les défis de la réhabilitation et de la fermeture des mines en Afrique : Quelle nouvelle vie pour les communautés locales ? ». Ce panel a été animé par les ministres chargés des Mines du Burkina Faso et du Mali ainsi que par le ministre chargé de l’Environnement du Burkina Faso, ce 25 septembre 2025 dans la salle des conférences de Ouaga 2000.
À travers une séance de questions-réponses, les trois ministres se sont prononcés sur les défis liés à la réhabilitation et à la fermeture des mines. Yacouba Zabré Gouba, ministre burkinabè chargé des Mines, a indiqué que le secteur minier au Burkina Faso fait face à des défis d’ordre technique et opérationnel.
Le pays doit disposer d’un référentiel technique et financier, bâti sur la réglementation burkinabè avec une structure dédiée. « C’est certain. Toute une batterie de textes, de réglementations existe aujourd’hui. Mais ces défis demeurent. Depuis les années 2000, la production minière est de plus en plus dense en termes d’exploitation. Pourtant, les premières mines, peut-être délaissées aujourd’hui, n’ont véritablement pas connu d’exemple en termes de réhabilitation ou de fermeture définitive. Cela montre que ces enjeux techniques sont fondamentaux », a-t-il déclaré.
Il a ouvert une parenthèse sur le secteur artisanal, soulignant qu’il constitue un défi car un encadrement technique et une formalisation s’imposent. Le ministre a évoqué plus de 800 sites artisanaux avec plusieurs millions de personnes qui y vivent. « Nous travaillons déjà à relever ce défi de l’encadrement et de la formalisation, qui doivent certainement nous permettre d’avoir une meilleure maîtrise des actions pour pouvoir réhabiliter ces sites de base », a-t-il laissé entendre.
Le Pr Amadou Keita parle des innovations au Mali
Quant au ministre chargé des Mines du Mali, le Pr Amadou Keita, il a affirmé qu’il y a un enjeu de développement durable dans l’exploitation des ressources minérales afin qu’elle profite aux États dans le respect strict des règles environnementales. « Au Mali comme au Burkina, nous n’avons pas d’expérience aboutie de fermeture et de réhabilitation de sites miniers », a-t-il rappelé.
Outre la mise en place d’un encadrement juridique, il y a un enjeu de développement communautaire, selon lui. Le Pr Amadou Keita trouve nécessaire d’instaurer un encadrement dès le début de l’exploitation de la mine, qui permette aux populations de pouvoir se développer après l’exploitation minière.
Pour le cas du Mali, le ministre a pris l’exemple de la mine de Morila, qui avait été arrêtée avant de reprendre ses activités. En 2010, la fermeture de la mine avait été envisagée avec la mise en place d’actions pour la planifier. Il était prévu que des projets soient lancés afin de permettre aux communautés de continuer à vivre, notamment à travers un projet d’agrobusiness.
Cependant, il y avait une certaine impréparation des communautés concernant cette fermeture. « Certains émettaient même des inquiétudes : ‘Qu’allons-nous devenir après la mine ?’ De plus, le projet d’agrobusiness, qui était le projet phare de la société minière, avait du mal à prendre et à être compris. Au niveau des communautés, on avait l’impression qu’une sorte de mutation économique était en cours, qui permettrait à la société minière de passer de l’exploitation minière à un autre projet », a-t-il partagé, concluant que le projet de fermeture de la mine a finalement été abandonné.
Il a ajouté que c’est sur les bases d’expériences, le nouveau Code minier du Mali exige qu’il y ait un compte séquestre dès l’ouverture de la société minière, qu’elle soit industrielle, semi-industrielle ou artisanale. Un fonds de réhabilitation des mines artisanales est également alimenté par des prélèvements sur les redevances payées par ces mines aux communes. Cela a été pensé afin de sécuriser les financements, selon le Pr Amadou Keita.

Pour sa part, le ministre Roger Barro a invité à démystifier les opérations de réhabilitation et de fermeture des sites miniers. Il a fait remarquer que d’autres pays ont exploité des mines avant le Mali et le Burkina Faso et ont pu les réhabiliter avant de passer à autre chose. Roger Barro estime donc qu’il faut éviter de considérer cela comme un problème, mais plutôt l’affronter et le résoudre de manière pragmatique.
« Le ministre avait déjà parlé de mettre en place une structure. Les comités interministériels qu’on convoque à demi-mot doivent être remobilisés. Il faut dire à leurs ministères d’origine qu’il ne leur appartient plus… Ce sont des techniciens qui sont commis à la tâche pour la réhabilitation. Qu’on organise des formations intensives au Burkina Faso. Nous faisons venir des experts qui vont les former en continu. Ils sont interdits de toute autre activité. Ensuite, ils seront sur le terrain et ce seront nos brigades. Il faut mobiliser les gens. Évitez de voir les comités de réhabilitation comme des opportunités pour obtenir des perdiems. C’est du travail. Il n’y a pas une session à planifier, c’est un travail continu », a-t-il déclaré sous les applaudissements des participants.
Josué TIENDREBEOGO
Faso7



