Lébouré Crépin Zanzé : L’homme de terrain devenu homme de transmission

Du champ militaire aux amphithéâtres universitaires, Lébouré Crépin Zanzé a su tisser un parcours d’exception, porté par une exigence de rigueur et un désir profond de transmettre. Aujourd’hui enseignant-chercheur à l’Institut Thalès Afrique, il nous livre, dans cet échange réalisé, ce jeudi 24 avril 2025, une réflexion lucide sur les défis de l’enseignement supérieur en Afrique, l’urgence de recherches contextualisées, et l’importance du leadership transformationnel dans un continent en quête de souveraineté. Porté par un engagement profond envers les réalités africaines, il explore, à travers ses travaux sur les conflits miniers et la prévention de l’extrémisme violent, de nouvelles pistes pour penser autrement le développement et la paix. À ses yeux, le futur de l’Afrique repose avant tout sur une génération capable de conjuguer connaissance, service et responsabilité.
Faso7 : Pouvez-vous nous parler de votre parcours académique et professionnel jusqu’à aujourd’hui ?
Lébouré Crépin Zanzé : Avec gratitude envers Dieu pour chaque étape de mon parcours, je me définis aujourd’hui comme un homme de terrain devenu un homme de transmission. Mon aventure professionnelle débute dans l’armée, où j’ai été formé à l’École Nationale des Sous-Officiers d’Active. Pendant plusieurs années, j’y ai appris la rigueur, le leadership opérationnel, l’analyse rapide et la gestion des situations complexes. J’y ai exercé comme instructeur, transmettant déjà à cette époque des savoirs en contexte militaire. Après cette première vie d’engagement, j’ai poursuivi une réorientation vers l’univers académique et civil. J’ai obtenu une Licence puis un Master en communication des organisations et j’enseigne aujourd’hui la communication orale, la communication institutionnelle, la socioéconomie des médias, ainsi que les techniques d’expression écrite et orale. J’interviens également à l’Institut Thalès Afrique au Sénégal en tant qu’enseignant-chercheur, dans les domaines de la sécurité humaine, la communication stratégique, la géodiplomatie et la gouvernance.
Faso7 : Qu’est-ce qui vous a motivé à revenir à l’Institut Thalès Afrique en tant qu’Enseignant-chercheur ?
Lébouré Crépin Zanzé : L’Institut Thalès Afrique est une école que j’ai connue en tant qu’enseignant déjà, mais qui y allait en tant qu’apprenant. Aujourd’hui, j’y suis en tant qu’enseignant. Retourner là-bas a été tout naturel. Nos visions convergent : excellence, rigueur et panafricanisme. Cette maison de formation m’a vu dans la peau d’apprenant et aujourd’hui, elle m’ouvre ses portes pour que je puisse à mon tour transmettre, éclairer et servir. Quoi d’assez suffisant pour adhérer à ce beau projet de collaboration, qui sera, j’en suis certain, très bénéfique pour chacune des parties. Mais, si je dois être obligé de mettre le doigt sur un facteur qui m’a motivé, c’est le fait de savoir que l’Institut est un véritable creuset de formation des leaders africains d’aujourd’hui et de demain.

Faso7 : Quels domaines de recherche vous passionnent le plus actuellement ?
Lébouré Crépin Zanzé : Actuellement, je poursuis un projet doctoral sur les conflits miniers dans la région du Sahel notamment au Burkina Faso, au Mali et au Niger, en mettant l’accent sur les enjeux communautaires et environnementaux. Ce travail de recherche vise à proposer une approche communicationnelle centrée sur les réalités locales, les dynamiques sociales et la gouvernance des ressources. Plus largement, je suis passionné par plusieurs axes de recherche : la communication d’influence en contexte de crise, la sécurité humaine, la prévention de l’extrémisme violent et le leadership éthique. Plusieurs productions intellectuelles relatives à ces thématiques existent. Mais ces domaines ne sont pas que théoriques pour moi : je les vis sur le terrain, je les transmets en formation en fonction des auditoires, et je les explore dans mes recherches, avec toujours une même conviction, celle de contribuer à une Afrique plus consciente, plus sûre et plus solidaire.
Faso7 : Comment décririez-vous votre style d’enseignement ?
Lébouré Crépin Zanzé : Je n’ai pas de style particulier, sauf que je dirais : participatif, enraciné et visionnaire. En utilisant des mots comme visionnaire, ça peut paraitre prétentieux, mais en vérité ça ne l’est pas. J’aime allier rigueur académique et retour d’expérience. Je suis convaincu que l’enseignement ne doit pas seulement transmettre un savoir, mais éveiller une vocation. Je m’efforce de susciter chez mes étudiants le sens du service, de l’engagement et du dépassement. Si je réalise que j’ai donné matière à réfléchir à mes étudiants, et qu’ils se sont plongés dans des débats d’idées (peu ou prou) constructives, je sors heureux. L’apprenant doit pouvoir raisonner, réfléchir par lui-même, pour lui et surtout pour les autres.
Faso7 : Selon vous, quels sont les plus grands défis de l’enseignement supérieur en Afrique aujourd’hui ?
Lébouré Crépin Zanzé : Au risque de dire des contrevérités ou de raconter des énormités en parlant de l’enseignement supérieur en Afrique, parlons de ce que nous avons sous nos yeux, et que nous pouvons estimer connaître assez, c’est-à-dire le cas de notre pays, le Burkina Faso. Je pense que les défis de l’enseignement supérieur sont nombreux, mais les plus grands peuvent être logés en un même et unique enseigne : l’absence d’une volonté politique soutenue par un leadership académique fécond, ou vice versa. Il y a aussi, l’adéquation entre la formation et les réalités du terrain, l’insuffisance de recherche contextualisée, enracinée dans nos problématiques, et surtout, le besoin d’un leadership académique inspiré et inspirant. Il faut bâtir des ponts entre les savoirs et les besoins des sociétés africaines.

Faso7 : Avez-vous des projets de recherche en cours ou à venir que vous aimeriez partager avec nous ?
Lébouré Crépin Zanzé : Je mène actuellement une recherche-action sur le rôle des médias dans la prévention de l’extrémisme violent en Afrique de l’Ouest. L’objectif est de mieux comprendre comment les récits, les canaux et les pratiques médiatiques peuvent participer à apaiser les tensions, à prévenir les fractures, et à promouvoir la paix, surtout à l’ère de la propension des réseaux sociaux. En parallèle, je travaille également sur un projet portant sur le leadership transformationnel en contexte post-conflit. L’idée est d’explorer les leviers psychologiques, culturels et institutionnels qui permettent à des leaders de reconstruire, de réconcilier et d’inspirer après des périodes de crise. Ces travaux, je les veux utiles, concrets, et partagés avec les chercheurs, les acteurs de terrain, les décideurs, mais aussi avec les jeunes générations, qui devront porter demain les fruits de nos réflexions d’aujourd’hui.
Faso7 : Conseil que vous donneriez aux étudiants qui aspirent à une carrière académique ?
Lébouré Crépin Zanzé : Tenez ferme votre foi. Restez curieux, disciplinés et passionnés. Ne courez pas après la gloire : cherchez plutôt la lumière, celle de la connaissance, du service, et de la vérité. L’Afrique a besoin de chercheurs enracinés dans ses réalités, capables de penser par elle et pour elle. Et n’oubliez jamais : c’est dans le désert que germent les plus belles vocations. Les chemins seront exigeants, mais chaque effort sincère construit une Afrique plus éclairée.
Entretien réalisé par Basile SAMA
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