Lutte contre le paludisme : La chimio-prévention, un bouclier essentiel

Avec plus de 10 millions de cas et 3 385 décès en 2023, le paludisme reste un problème de santé publique majeur au Burkina Faso, selon Sidzabda Kompaoré, secrétaire permanent de l’élimination du paludisme. Bien qu’une baisse des cas ait été observée par rapport aux années précédentes, la maladie continue de toucher durement les régions les plus pluvieuses du pays, notamment dans le sud. Face à cette situation, la campagne de chimio-prévention du paludisme saisonnier, se présente comme un outil crucial pour réduire l’impact du paludisme durant la saison des pluies. Dans cette interview accordée à Faso7, Sidzabda Kompaoré met en avant cet outil, qui s’avère être une stratégie clé pour protéger les enfants de moins de cinq ans, du paludisme, pendant la période des pluies.
Quelle est la situation du paludisme au Burkina Faso à nos jours ?
S. Kompaoré : Le paludisme au Burkina Faso, selon les dernières données qui ont été validées donc celles de 2023, nous étions donc à plus de 10 millions de cas avec malheureusement 3.385 décès.
10 millions de cas ont été enregistré seulement en 2023, ou bien, ce sont des chiffres accumulés au fil des années ?
S. Kompaoré : il s’agit effectivement des chiffres de l’année 2023. Lorsque vous remontez un peu sur l’année 2022, on était à 11 millions de cas et nous étions à plus de 12 millions en 2021. C’est dire qu’il y a une baisse et nous voudrons insister davantage et amener les populations à s’engager davantage pour que nous puissions réduire davantage ces chiffres.
Est-ce qu’il y a des villes ou des régions qui sont plus touchées par rapport à d’autres dans notre pays ?
S. Kompaoré : le paludisme, il faut dire que ça rime avec la pluviométrie. Il faut dire justement que lorsque vous observez la carte de notre pays, vous vous rendrez compte que c’est vraiment les zones les mieux arrosées qui sont les plus pourvoyeuses du paludisme. C’est vraiment la zone la plus au sud qui est concernée et qui est la plus grande pourvoyeuse de cas de paludisme.
Les campagnes de communication ont-elles eu un impact sur les comportements des populations en matière d’assainissement ?
S. Kompaoré : C’est évident que la communication est vraiment un très grand maillon de notre chaîne. Parce qu’il est important que la population change de comportement. Et qui dit changement de comportement, ça demande véritablement une grande communication, une communication efficace. Et justement, nous voulons mettre en actif de cette communication, beaucoup de changement de comportement de la part de nos populations qui ont entendu le message et qui l’ont adopté et c’est vraiment être en actif de la communication qui se fait et que nous voulons davantage intensifier pour vraiment atteindre les objectifs.
C’est quoi la campagne de chimio-prévention dont le Passage 3 (P3) sera bientôt lancé ?
S. Kompaoré : [La réponse dans cette vidéo]
Quels sont les objectifs de ce P3 ?
S. Kompaoré : L’objectif direct, il s’agira donc pour nous de protéger 4 500 000 enfants au cours donc de ce troisième passage. Et ces enfants devront comme je le disais tantôt, bénéficier du traitement. Mais comme je le disais, il s’agit de voir et d’associer à ce passage l’identification et la destruction des gîtes larvaires.
Et pour les passages précédents, nous en avons détruit près de 700 000 à l’intérieur du pays et à l’intérieur des concessions. C’est dire que nous espérons également faire davantage. Et c’est l’occasion pour nous également de dire un grand merci à la population qui, de plus en plus sait reconnaître et faire la liaison entre cette larve qui flotte dans l’eau et ces petites bêtes noirâtres qui gigotent dans l’eau et le moustique qui va sortir de là. Elles (les populations, NDLR) participent et elles accompagnent véritablement cette identification et la destruction des gîtes larvaires.
Parlez-nous de la campagne de Chimio prévention du paludisme saisonnier plus (CPS plus)
S. Kompaoré :CPS plus pour parler de Chimio prévention du paludisme saisonnier plus, parce qu’en plus du traitement apporté aux enfants de la tranche d’âge de 3 à 59 mois, nous avons associé non seulement le dépistage de la malnutrition qui se faisait depuis, mais aussi l’identification et la destruction des gîtes larvaires à l’intérieur des concessions qui seront visitées.
En plus de cela, dans les zones où nous avons commencé la vaccination contre le paludisme, il est procédé également à la recherche des enfants insuffisamment vaccinés, non à jour de leur vaccination pour les orienter afin qu’ils puissent avoir un rattrapage de leurs vaccinations. C’est un peu cela qui fait que nous parlons donc de chimio prévention du paludisme saisonnier plus.
Comment cette campagne sera menée ? Qui sont les acteurs impliqués et mobilisés ?
S. Kompaoré : Je le disais tantôt, nous avons effectivement près de 60 000 distributeurs communautaires. C’est vraiment la cheville ouvrière de cette intervention. Ils vont faire du porte-à-porte pour retrouver les enfants et leur administrer le traitement. Il y a, en plus de cela, près de 17 000 crieurs publics qui vont passer également à l’intérieur des quartiers pour porter l’information aux populations afin qu’ils sachent quelle période ça se fera et avoir également leur adhésion.
Nous avons bien sûr, pour soutenir tout cela, des superviseurs qui viendront de tous les niveaux, des superviseurs au niveau des CSPS (Centre de Santé et de Promotion Sociale), des superviseurs qui viendront du niveau des districts, mais également des superviseurs qui viendront de la région. Et pour accompagner cela, il y aura aussi des superviseurs de niveau central.
C’est un peu toute cette armada qui concourt vraiment à la réussite de la campagne de la chimio prévention du paludisme saisonnier. Nous sommes donc au P3 qui va commencer du 20 au 23 de ce mois, mais il faut dire qu’avant cela, il y a eu deux autres passages qui ont concerné également le pays.
Pouvez-vous nous donner quelques chiffres des deux premiers passages ?
S. Kompaoré : Pour les deux premières campagnes, nous avons identifié pratiquement 700 000 gîtes larvaires à chaque campagne, mais il faut dire également que pour les deux premières campagnes, nous étions également aux chiffres similaires pour les enfants à couvrir. Nous étions à 4 500 000 à peu près d’enfants également à couvrir.
Est-ce que les sites ciblés pour cette nouvelle campagne sont les mêmes que les campagnes précédentes ?
S. Kompaoré : Tout à fait. Il faut dire qu’il s’agit pour nous de faire de telle sorte que pendant la saison de haute transmission qui dure 4 à 5 mois, selon les zones, l’ensemble des enfants de la tranche d’âge de 3 à 59 mois puisse être protégé contre le paludisme.
Et pour cette protection, on est donc obligé de revenir tous les mois, donc tous les 28 jours pour leur réadministrer le traitement afin que la concentration de médicaments à l’intérieur de leurs corps reste suffisamment efficace contre la maladie.
Des mesures sont-elles prises afin que les enfants déplacés internes puissent être pris en compte dans la campagne P3 ?
S. Kompaoré : Je tiens à vous rassurer, pour la chimio-prévention du paludisme saisonnier, tous les enfants du Burkina Faso en sont bénéficiaires. Et c’est organisé de telle sorte qu’un accent particulier est mis sur les populations déplacées internes afin qu’ils puissent bénéficier également de ces interventions.
Dans le cadre de la lutte contre le paludisme, l’Etat met souvent des moustiquaires imprégnées à la disposition des populations. Qu’en est-il de cette mesure ?
S. Kompaoré : Il faut dire qu’effectivement, parmi les stratégies de lutte contre le paludisme, l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticides à longue durée d’action est vraiment une belle stratégie, une stratégie très efficace que nous utilisons. Tous les trois ans, nous procédons à une campagne de distribution universelle. Et au cours de cette campagne, nous distribuons les MILDA, les moustiquaires imprégnés d’insecticides à longue durée d’action à l’ensemble de la population.
Mais entre ces campagnes-là, nous faisons ce que nous appelons la distribution de routine. Et sont concernés par la distribution de routine, les femmes enceintes et les enfants de moins d’un an. Et la prochaine campagne est prévue pour l’année 2025, donc l’année prochaine.
Pourquoi chaque 3 ans ? Est-ce que vous n’avez pas les moyens de pouvoir faire cette campagne chaque année ?
S. Kompaoré : En fait, chaque trois ans, parce que justement, on a évalué la durée de vie d’une moustiquaire imprégnée d’insecticides à longue durée d’action. J’insiste sur « imprégnée d’insecticides à longue durée d’action ».
Ce n’est pas seulement la durée physique de la moustiquaire, mais c’est aussi l’imprégnation de cet insecticide-là qui fait que tous les 3 ans, on est donc tenu de revenir pour faire encore une autre distribution. Donc c’est encore une fois de plus l’occasion d’appeler les populations à dormir davantage sous la moustiquaire imprégnée d’insecticides à longue durée d’action.
Une campagne de prévention pour les enfants de 0 à 59 ans. Qu’en est-il pour les adultes? Est-ce qu’il y a des mesures qui sont prises pour aider les adultes à prévenir la maladie?
S. Kompaoré : En termes de mesures pour les adultes, on l’a dit tantôt, il s’agit déjà pour tout un chacun de travailler à assainir son cadre de vie. Son Excellence, Monsieur le Président du Faso, l’a rappelé. Il faut que tout un chacun, nous travaillons de telle sorte à éviter d’être complice du moustique. Que nous évitons de lui donner le gîte et le couvert. Le couvert, c’est nous-mêmes, puisque c’est sur nous qu’il va venir prendre son repas sanguin. Le gîte, c’est les gîtes larvaires que nous lui offrons pour qu’il vienne pondre ses œufs.
Il s’agit vraiment de travailler à assainir son cadre de vie, détruire les gîtes larvaires. Mais aussi, dormir sous une moustiquaire et faire de telle sorte que l’ensemble des habitants de vos concessions dorment également sous une moustiquaire. C’est aussi à ce prix que nous pouvons vraiment adresser davantage cette lutte pour l’élimination du paludisme.
Je voudrais aussi inviter l’ensemble de la population à consulter au plus tôt les formations sanitaires afin de pouvoir avoir le meilleur traitement qui sied pour leur cas. Et je voudrais rappeler que les mesures que nous prenons contre le paludisme sont aussi des mesures qui sont efficaces contre la dengue.
Certains utilisent très souvent dans cette période de contamination des répulsifs qui sont sous forme de spray, de pommade et autres. Est-ce que vous conseillez cela aux populations ?
S. Kompaoré : Il faut dire que pour nous, toute occasion de s’éloigner du moustique est vraiment bonne à prendre. Il y a certes des stratégies qui ne sont pas vraiment les bienvenues, mais faire de telle sorte que le moustique ne vienne pas vous emmerder, qu’il ne rentre pas en contact avec vous pour vous inoculer la maladie est vraiment la bienvenue.
Et je voudrais citer à cela l’utilisation également d’habits comme on dit, manches longues qui permettent de protéger au maximum le corps, et lui laisser vraiment le minimum, le strict minimum qui soit accessible à sa piqûre. Et là, il faut aussi être suffisamment vigilant et utiliser des répulsifs.
Quand on dit répulsifs, il y a des pommades qui sont homologuées et qui permettent justement, lorsqu’on les frotte, de vous éloigner des piqûres des moustiques. Il est important que cela soit utilisé. Et je rappelle encore, lorsque vous rentrez, vous couchez la nuit, dormez sous une moustiquaire imprégnée d’insecticides à longue durée d’action.
Quel est votre message à l’endroit de la population à quelques jours du début de la campagne?
S. Kompaoré : [La réponse dans cette vidéo]
Interview réalisée par Bambaodo Edwige OUOBA
Retranscription : Henriette Ouattara, Murielle Ouédraogo (stagiaires)
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