Vote des Burkinabè de la diaspora : Il faut d’abord « moderniser l’administration », selon Da Sié de Bindouté

La prochaine élection présidentielle au Burkina Faso va se tenir dans cinq ans. Ainsi en ont décidé les forces vives de la nation lors des assises nationales tenues le 25 mai 2024. Si les Burkinabè de la diaspora avaient pu voter pour la première fois en 2020, l’on s’interroge sur les reformes à entreprendre afin de permettre leur participation aux élections qui viendront officiellement mettre fin à la Transition. Joint au téléphone par Faso7, le 29 mai 2024, Da Sié de Bindouté, sociologue et chroniqueur à la télévision BF1, résidant aux États-Unis, propose quelques pistes de solution. 

Il estime qu’avant de penser à une nouvelle participation de la diaspora, il faut d’abord améliorer les conditions d’organisation des élections. « Nos États sont en train de faire dans le conformisme, dans le copier-coller. D’abord, à l’intérieur, les fichiers électoraux, et même l’organisation sont truffés de beaucoup de fraudes, beaucoup de problèmes. On n’a même pas les moyens à l’intérieur de nos pays pour organiser techniquement les élections », souligne le sociologue.

Da Sié de Bindouté, sociologue-©Libreinfo

Pour lui, avant même de penser à la participation de la diaspora aux élections à venir, il y a un préalable à établir. Il s’agit d’abord d’investir les ressources disponibles dans d’autres domaines plus urgents tels que la réorganisation du fichier électoral, l’administration et même les équipements électoraux, selon lui. « Organiser des élections hors du pays coûte beaucoup d’argent alors que ceux qui sont à l’intérieur du pays, leurs voix comptent plus que ceux qui sont de la diaspora », soutient-il. Pour une meilleure organiser des élections à l’interne, Da Sié de Bindouté, dit ne pas être contre une « suspension » provisoire de la diaspora dans le fichier électoral national.

Le natif du Sud-Ouest du Burkina déplore par ailleurs le manque d’organisation dans l’administration burkinabè. Chose qui, selon lui, empêche l’État burkinabè de répertorier avec précision les Burkinabè de la diaspora dans ses bases de données. « L’administration n’a pas un système où ficher tout le monde, l’administration n’a pas un système pour comptabiliser tout le monde, l’administration n’a pas un système pour contrôler tout le monde », regrette Da Sié de Bindouté. Par conséquent, il conçoit mal la participation de ladite diaspora aux prochaines élections si certains membres de cette communauté ne disposent même pas de la simple carte d’identité burkinabè. « La notion de l’élection suppose qu’on a un bon système d’identification nationale », insiste-t-il avant d’ajouter que « tant qu’on ne va pas atteindre ce niveau, pour moi, il n’est pas bon de se donner encore en spectacle à l’extérieur ».

La participation de la diaspora est un objectif noble, mais elle doit être précédée d’efforts significatifs pour résoudre les problèmes internes actuels, selon lui. A en croire le sociologue, pour assurer une représentation équitable et efficace de tous les Burkinabè, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, des réformes administratives et électorales substantielles sont indispensables.

S’inspirer de certains pays au niveau sous-régional…

Alexandre Sankara -©Radio Oméga

Du côté des Progressistes Unis pour le Renouveau (PUR), l’avis est contraire. En effet, le vice-président du PUR, Alexandre Sankara, défend l’idée selon laquelle les Burkinabè de la diaspora disposent du même droit que ceux vivant sur le territoire national : celui de choisir le prochain chef d’État et les députés. « Les Burkinabè vivant à l’extérieur, notamment la diaspora, doivent participer au choix des dirigeants », soutient-il.

Pour le prochain scrutin, l’homme politique suggère de trouver les voies et moyens afin de « faire participer cette diaspora » et de « façon saine ». Pour ce faire, Alexandre Sankara propose de s’inspirer de certains pays au niveau sous-régional à l’instar du Togo et du Sénégal qui ont récemment réussi ce challenge. « On peut aussi aller regarder comment ça se passe. C’est d’abord arriver à avoir un fichier électoral au niveau de la diaspora de façon transparente non contestée », suggère-t-il.

Il invite par ailleurs les autorités en charge de l’organisation des élections à prendre toutes les dispositions nécessaires afin que les pays hôtes de cette diaspora n’influencent en aucun cas les résultats du scrutin. « Dans ces cas-ci, les pays qui abritent cette diaspora, pour une raison ou une autre, parce qu’ils sont en bons termes avec le pouvoir en place ou à couteaux tirés, ça peut jouer positivement ou négativement », souligne-t-il.

Edwige OUOBA

Faso7

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