Burkina Faso : A Boassa, dans « l’usine à kolgo » de Madame Nacoulma

Au Burkina Faso, le soumbala (« kolgo » en langue mooré) constitue un bouillon bio pour plusieurs ménages. Fabriquée traditionnellement à base de graines de néré, cette épice cache de multiples vertus nutritionnelles et sanitaires. Sa consommation est d’ailleurs conseillée par les nutritionnistes. Pauline Nacoulma, « Madame Soumbala », y tire ses revenus depuis 25 ans.

Vendredi 26 janvier 2024. Il est 10 h 45 mn dans le quartier Boassa à l’ouest de la ville de Ouagadougou, dans l’arrondissement n°7. Quartier où Nacoulma Pauline, la quarantaine, fait son soumbala, d’une qualité irréprochable. Elle se démarque des autres par son amour pour la production locale, particulièrement celle du soumbala.

 « Nee i yibeogo » (bonjour en mooré). Des salutations que nous adressons à Pauline Nacoulma. Elle nous répond avec l’hospitalité légendaire de la société moaga : « nee i waogo » (soyez la bienvenue en mooré).

L’odeur très remarquable du soumbala dès l’entrée de la cour nous accueille. Notre regard se promène un peu à droite dans la cour. Nous observons l’ingrédient fermenté et à gauche, celui en boule, presque sec et prêt pour la consommation. Le tout, sous un soleil très clément. A côté de ce soumbala étalé, nos yeux fixent d’autres boules mises dans des paniers traditionnels.

Le soumbala en cours de séchage.

« Madame Soumbala » utilise du matériel spécifique pour la transformation des graines de néré en soumbala. Deux grosses marmites de taille n°30 sont sur un foyer construit en banco. Ce type de foyer, très fréquent dans la plupart des ménages africains, est adapté à tout type de cuisine. Un mortier moyen pour piler les graines siège d’un autre côté. Des bassines en plastique et en aluminium et des seaux, remplies d’eau pour le lavage des graines précuits, sont également disposées çà et là.

Il est 11h00 mn. Assise sur une natte pour former les boules du soumbala, dame Pauline nous accorde un temps d’échange sur sa principale activité.

         «  On trempe les graines précuites »

La transformation du soumbala suit un processus qui s’étale sur plusieurs jours. Il s’agit de l’achat des graines de néré, l’obtention de la pulpe par le décorticage. Pour faciliter le décorticage, elle trempe les graines dans l’eau, juste deux à cinq minutes, avant la mise au feu pour la cuisson.

Notre interlocutrice, en train de malaxer le soumbala dans sa main, informe qu’après avoir bouilli les graines, elles sont pilées pour enlever les impuretés et bien laver par la suite. « On trempe les graines précuites et pilées dans une solution de poudre de termitière. Cette eau permet d’éliminer au maximum les impuretés et les graines non cuites avant de passer au lavage proprement dit. On lave les graines à plusieurs reprises pour obtenir un soumbala sain pour la consommation », détaille-t-elle.

Cette action n’est pas la dernière, car les graines nettoyées seront mises, à nouveau, au feu pour cuisson pendant près de 2heures. A l’issue de cette deuxième cuisson, les graines sont retirées et couvertes dans des paniers pour fermenter durant un à deux jours.

Les graines de néré précuites.

Pauline Nacoulma rassure que cette fermentation est faite de façon naturelle sans produits chimiques. A l’issue de la fermentation, le soumbala est étalé à l’air libre pour enfin former les boules à mettre sur le marché.

Notre productrice ne rencontre pas de difficultés pour écouler ses produits. Elle livre sa marchandise à ses clients au marché de Baskuy. « Si les boules que nous faisons correspond à ce que les clients demandent, on livre facilement les produits et généralement les clients paient la somme sur place », soutient-elle.

Notre interlocutrice reçoit tout type de commande. « Le client est roi » chez elle et elle produit ce que le client demande. Le coût unitaire de son soumbala dépend de la taille des boules. Elle fait des boules de 25, 50, 100, 500 FCFA.

Charles Yanogo, étudiant en 5e année de médecine à l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, est le fils ainé de la productrice. Il reconnait une grande avancée dans la commercialisation du soumbala de sa mère. Il se souvient que sa mère «effectuait une vente ambulante. Il faut avoir beaucoup de stratégies pour pouvoir vendre actuellement. Elle a un preneur officiel pour la vente », note-t-il.

Avantages de la production du soumbala

L’épice naturelle qu’est le soumbala renferme plusieurs vertus nutritionnelles et sanitaires pour les consommateurs. Sur les éléments nutritifs, les recherches de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) révèlent que 100g de soumbala apportent à l’organisme humain, 432 calories. Cette quantité de soumbala contient des vitamines (B2, B1, C, PP) ; 36,5 mg de protides, 378 mg de fer et 28,8 g de lipides.

La consommation du soumbala est fortement conseillée par les nutritionnistes aux femmes enceintes pour compenser le manque de fer et aux enfants souffrant de malnutrition. Par rapport, aux vertus sanitaires, le soumbala contribue à la stabilisation de la tension artérielle chez les personnes qui souffrent d’hypertension artérielle.

Le soumbala joue sa partition dans l’univers culinaire des Burkinabè. Il donne un goût particulier aux sauces et à plusieurs  mets tels que le riz et le spaghetti au soumbala, le riz sauce pâte d’arachide, le haricot, le couscous et bien d’autres, selon le désir d’assaisonnement d’un repas.

Au Burkina Faso, le riz gras au soumbala communément appelé en moore, le « Moui-kolgo » est très prisé. Le festival « Moui-kolgo », organisé par une association de la place, y est dédié pour la promotion de « la production locale ».

   Les clients satisfaits du soumbala

La production du soumbala de dame Pauline Nacoulma est très bien appréciée par ses clients. Jacqueline Ouédraogo, fidèle cliente, estime que ce soumbala est irréprochable, donc « sans erreurs ». « Depuis plusieurs années que je paye son soumbala, il n’y a pas de sable. Il n’y a rien à dire. Le soumbala est propre. On le consomme sans aucun doute. Par rapport à l’hygiène, je viens de temps en temps enlever le soumbala précuit et laver pour manger. C’est bon pour la santé », informe-t-elle.

La production du soumbala constitue une source de revenus pour la productrice. Cette activité de transformation lui permet de subvenir aux besoins de sa famille et de soutenir son mari dans les dépenses de la maison. « Si tu arrives à nourrir tes enfants, les soigner quand ils sont malades et les scolariser grâce aux bénéfices que tu gagnes dans ton travail, il n’y a rien de tel. C’est ce que tout le monde recherche quand il fait une activité », explique Pauline Nacoulma.

Cette activité lui a permis de clôturer sa maison et construire des maisonnettes dans la cour pour ses enfants. Outre que les œuvres de construction, elle a pu s’acheter une mobylette pour faciliter son déplacement dans la livraison du soumbala et le transport de la matière première.

Soumbala prêt pour la consommation.

Par ailleurs, ses enfants ne restent pas indifférents face aux efforts fournis par leur mère pour leur bien-être. Pegdwendé Charles Yanogo magnifie ainsi le courage de sa mère. « C’est une activité qui est très très compliquée surtout en tant que femme au foyer. Ça demande trop de temps, beaucoup d’efforts, même de la force physique à toutes les étapes. C’est vraiment un combat pour pouvoir faire cette activité », s’exprime les yeux brillants de fierté pour sa génitrice.

Il n’hésite pas à donner un coup de main à sa mère durant ses temps libres. « Souvent, je pars livrer le soumbala et je reviens avec la matière première pour la transformation pour lui être utile », laisse-t-il entendre. En vue d’aider sa mère, il compte, après ses études, moderniser son travail, en lui offrant des machines industrielles pour développer sa transformation du soumbala.

Rasolsida Prisca Rachel (stagiaire)

Faso7

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page