L’impact des expériences et pratiques sur l’accès aux services d’éducation inclusive dans la commune de Fada N’Gourma

KABORÉ Amado, Charge de recherche, Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST), kabore_amado83@yahoo.fr

OUEDRAOGO Félix, Charge de recherche, Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST)

BATIONO Armand, Charge de recherche, Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST)

Résumé

Au Burkina Faso, l’accès aux services sociaux de base reste limité. Il est encore plus difficile pour les personnes handicapées. C’est le cas des enfants d’âge scolaire atteints de handicap. Le présent articule de vulgarisation s’intéresse à l’impact des expériences et pratiques sur l’accès aux services d’éducation inclusive dans la commune de Fada N’Gourma.

Il est produit à partir des résultats de l’article scientifique intitulé « Les obstacles à l’inclusion des enfants handicapés mentaux dans les classes ordinaires de la circonscription d’éducation de base (CEB) de Fada N’Gourma au Burkina Faso » publié en 2023 dans les Actes du Colloque international en Hommage à Moustapha GOMGNIMBOU.

Introduction

Au Burkina Faso, l’État a aussi opéré quelques réformes institutionnelles en vue de renforcer sa politique de protection et de promotion des personnes handicapées (PH). Ainsi, au niveau de l’Education et de l’Action Sociale, il a été créé successivement une direction de l’Education Inclusive et une direction qui s’occupe exclusivement de la promotion et de la protection des PH.

En novembre 2015, un Secrétariat d’État chargé des affaires sociales, des personnes vivant avec un handicap et de la lutte contre l’exclusion a été créé.

Au niveau local et communautaire, les organisations de PH et les acteurs à la base mènent des actions de sensibilisation et de plaidoyer pour la reconnaissance et le respect des droits des PH. Ils sont appuyés des ONG et des associations à caractère national et international comme Handicap International (HI). Light for the World (LFW), CBM, OCADES, CEFISE, APEE, Un-ABPAM, FEBAH, Renoh, etc …

Depuis 1991, les ONG œuvrent aux côtés des PH pour promouvoir leurs droits et accroître leur participation sociale. À travers des projets d’Education Inclusive, de développement local inclusif et de promotion de la citoyenneté. À ce titre, les ONG ont capitalisé des expériences et de bonnes pratiques sur l’accessibilité, le dispositif de scolarisation des enfants handicapés, la réadaptation fonctionnelle, la formation professionnelle et l’emploi des personnes notamment sourdes et malentendantes…

De façon générale, il s’agit d’analyser l’impact des expériences et des pratiques sur la qualité de vie des PH, de cerner leur situation par rapport à l’accès aux services, leur degré d’implication et leur niveau de participation sociale.

  1. Méthodologie

Une recherche documentaire sur la question du handicap, la protection et la promotion des PH, l’accessibilité et l’inclusion scolaire a été menée au niveau des structures qui œuvrent pour les PH. Elle a pris en compte les rapports des ONG et de la Société Civile, de l’État et de ses démembrements, les travaux de recherche…

Une enquête rapide a été entreprise auprès des ONG, notamment HI, Light For The World, OCADES, le CEFISE et des PH bénéficiaires qui interviennent dans la région de l’Est.

  1. Quelques expériences et pratiques porteuses de promotion et de protection des PH au niveau de l’État

En matière d’éducation, et à l’appel des associations et ONG, l’État brkinabè s’est impliqué dans la promotion de la scolarisation des enfants handicapés. La loi d’orientation de l’éducation (2007) et les programmes et plans consacrés à l’éducation (PDDEB 2000-2010 ; PDSEB 2012-2021) ont accordé une place à l’éducation inclusive. Il s’est engagé dans ses propres écoles publiques à mettre en œuvre l’éducation inclusive et à créer des conditions d’accessibilité aux personnes handicapées des structures éducatives. Il a ensuite pris la décision d’intégrer systématiquement des rampes d’accès dans les nouvelles constructions d’infrastructures scolaires et de les inscrire dans le programme décennal stratégique de l’éducation de base (2012-2021). En collaboration avec ses partenaires, l’État a élaboré une stratégie nationale sur l’éducation inclusive (2015).

Pour répondre aux recommandations des OSC, des ONG et des associations des personnes handicapées, le gouvernement a pris des mesures pour garantir leurs droits à l’accès aux services publics de l’État en favorisant leur participation aux concours de la fonction publique. Pour l’année 2014, lors des réceptions des dossiers de concours directs d’entrée dans la fonction publique, il y a eu des mesures symboliques telles l’ouverture de : « guichets spécifiques réservés aux personnes handicapées ».

Dans le même ordre d’idée, le gouvernement a ouvert pour la même année un concours sur « mesures nouvelles » pour le recrutement de 100 personnes vivant avec un handicap pour le compte du Ministère de l’Education Nationale réparties en fonction des postes à pourvoir et du type de handicap : agent de bureau, Professeur, conseillers et attachés en étude et analyse.

Par cet acte, l’État burkinabè a ainsi pris en considération le concept de service public qui veut que l’accès à ce type de service soit ouvert à tous sans distinction de sexe, d’appartenance sociale, religieuse ou de genre. Car, comme le souligne Karl Blanchet (2010), « L’un des aspects propres au secteur des services dans le domaine du handicap est le double besoin de services ordinaires accessibles et de services spécialisés proposés au niveau communautaire. L’accès des personnes handicapées aux services ordinaires au sein de la communauté (éducation, santé, emploi, services sociaux et protection sociale) est un droit fondamental comme pour tout autre citoyen. Pour faciliter ce processus, une catégorie supplémentaire de services est généralement développée dans le domaine du handicap : les « services de soutien » (Karl Blanchet, 2010).

  1. Analyse des expériences et des pratiques des ONG et associations favorisant la participation et l’inclusion des PH

En tant que pionnières à s’intéresser aux questions des PH, les ONG et les associations de la société civile du Burkina ont posé un certain nombre d’actes et comptabilisent des expériences dans la promotion et la protection des personnes. Regroupées en fédération ou en réseau, ces associations sont appuyées par les ONG et les partenaires techniques et financiers pour mener leurs activités. Les expériences que nous présentons sont relatives à la promotion des PH en matière de participation à la gouvernance locale, de participation à des activités sociales qui les autonomisent et qui leur apportent une reconnaissance sociale.

3.1 Expérience de participation à la gouvernance locale grâce aux apports de Handicap International (HI)

Partant du principe que partout dans le monde, les personnes handicapées sont l’objet de discrimination et exclusion de fait des dynamiques sociales de développement socio-économique, L’ONG Humanités et Inclusion (HI) a entrepris de s’attaquer au problème à travers des pratiques simples et concluantes. Il est parti du constat que certaines activités publiques pouvaient être menées par les PH si l’occasion leur était offerte. En collaboration avec les PH et les communes, HI a parrainé des expériences qui ont été tentées au niveau des emplois publics au sein de trois communes du Burkina Faso.  Il s’agit des communes de Tenkodogo, de Bilanga et de Fada N’Gourma. Les projets accompagnés par HI à travers la sensibilisation et les formations ont permis au PH de s’insérer dans les emplois publics et de faire valoir leurs droits à la participation citoyenne au développement de leur commune.

  • Expérience de la commune de Bilanga. Elle est relative à la participation des PH à la gouvernance de cette commune située dans la région de l’Est province de la Gnagna.

 Le cas illustratif est l’implication des PH dans la gouvernance, à travers leur participation aux sessions du conseil municipal de Bilanga. Il s’agit d’une petite municipalité située en zone rurale dans la région de l’Est du Burkina Faso frontalière du Niger. Cette participation bénéficie d’un contexte très favorable eu égard à l’existence de l’association pour le développement de département de Bilanga (ADDB) et de celle du groupement des handicapées Tin taani soani  de Bilanga (GHTB) dont le président est membre du conseil municipal.

Grâce à la présence d’un membre influant de GHTB dans le conseil municipal et grâce au dynamisme du président de l’ADDB qui est très sensible à la question du handicap, l’implication des PH dans la gouvernance de la commune trouvait un terreau favorable. Leur reconnaissance par les membres influents du conseil offrait une occasion aux PH d’être prises en compte désormais dans les plans communaux.

Aidées par HI, les personnes handicapées à travers leur association ont pu porter leurs doléances auprès des autorités du conseil municipal. En dépit des obstacles majeurs, tels l’illettrisme, la pauvreté et la déficience qui sont leur lot quotidien et qui limitent leurs interventions aux sessions du conseil, les PH ont une tribune pour porter leurs préoccupations.

Les résultats qu’elles ont enregistrés par leur intervention aux sessions du conseil sont entre autres : une attitude de considération à leur endroit et une prise en compte de leurs droits, l’implication d’un de leur membre dans la gestion de borne-fontaine ; la prise en charge de leurs préoccupations dans le plan communal de développement, leur statut d’invité officiel aux différentes sessions. En termes d’autonomisation, un de leur membre recruté pour la gestion de borne-fontaine apprécie sa participation au développement communal à travers la valorisation qui lui est faite.

  • Expérience sur l’implication des PH dans les projets de développement de la commune de Fada N’Gourma.

Cette expérience a retenu notre attention en ce sens qu’elle implique des organisations des PH dans les projets de développement de la commune de Fada. Là encore un contexte favorable existe grâce à la présence d’un monde associatif important dont l’association des PH. Ce monde associatif est impliqué dans les activités de la commune. Il s’agit de l’association des PH du Gourma (APHG). Cette association est très active dans divers domaines tels la sensibilisation et la formation. Elle mène ces actions avec la mairie avec l’appui de HI, la Cellule d’appui à la gestion communale (CAGEC) de la coopération suisse en collaboration avec la mairie de Fada a initié des micros projets en faveur des PH. La présence des OPH a permis d’orienter et de prendre en compte leurs doléances. L’organisation de la mairie a tenu compte des Organisation des Personnes Handicapées en impliquant leur organisation dans le comité de pilotage pour leur permettre de défendre leurs intérêts. Plusieurs facteurs ont déterminé cette implication : la disponibilité de la coopération suisse, la bonne organisation des PH et leur dé-stigmatisation par les membres du conseil, leur participation à l’animation du conseil municipal et leur implication dans la gestion des Activités Génératrices de Revenus. Comme elles exerçaient déjà dans le domaine de l’artisanat, cette donne a influé sur le choix de ce secteur pour figurer parmi les activités à bénéficier des micro-crédits. Ainsi, 7 PH ont bénéficié de micro- projets pour des activités génératrices de revenus (AGR) qu’elles mènent bien.

En dépit, du nombre dérisoire des PH touchées par ces expériences, il s’avère nécessaire de continuer à briser les nombreux obstacles qui se dressent devant elles et à permettre l’amélioration de leur participation dans la vie sociale et notamment dans le domaine de la mise en œuvre des programmes et plans de développement des communes et des villages.

Conclusion

Handicap et participation sociale des PH constituent de nos jours un véritable challenge dans nos sociétés. Après que les gouvernants se sont intéressés à la question du handicap aiguillonnée par les associations et les ONG pour prendre des textes en faveur de la protection et de la promotion des PH, le volet participation sociale reste à la traîne. Il faut passer des textes aux actes en vue d’assurer la pleine participation des PH à la vie de leur communauté. Leurs droits élémentaires doivent être protégés et promus et les bonnes pratiques dans ce domaine doivent être vulgarisées.

Les associations et les ONG constituent des laboratoires d’expérimentations capables d’entraîner une réaction en chaîne dans la société. Les exemples cités montrent que parfois, il suffit de peu pour susciter l’adhésion aux politiques d’inclusion et de participation. Les exemples de HI, de Light for world et d’OCADES sont duplicables comme de bonnes pratiques. L’État se doit de saisir ces opportunités pour promouvoir les PH et favoriser leur participation dans le développement socio-économique et culturel.

Références bibliographiques

Etude sur l’accès aux services des personnes handicapées dans 7 pays d’Afrique de l’Ouest (Synthèse) 06-n°1, collection recherche et études, projet DCICIPH, 2010-2011

KABORE Amado, OUEDRAOGO Félix, BATIONO Zomenassir Armand (2023). Les obstacles à l’inclusion des enfants handicapés mentaux dans les classes ordinaires de la circonscription d’éducation de base (CEB) de Fada N’Gourma au Burkina Faso, in Actes du Colloque international Hommage à Moustapha GOMGNIMBOU, « Quelle contribution de la science historique au développement socioéconomique des nations africaines ?”, Revue Sceince et Technique, Ouagadougou.

Karl Blanchet, International Centre for Eye Health, London School of Hygiene and Tropical Medicine et Diana Chiriacescu, Handicap International Europe du Sud-Est, juillet 2010

Rapport d’étude sur les bonnes pratiques en gouvernance locale inclusive, HI 2009

Rapport de partage de bonnes pratiques 2015 Light For the World

Rapport moral des activités RBCAH 2015

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