« Sans les jeunes, il n’y a pas de développement possible » (Daouda Mounian, président de l’Association Sini Gnassigui)

Dans une interview accordée à Faso7 le mardi 1er août 2023, le président de l’association Sini Gnassigui, Daouda Mounia, nous parle de l’association qu’il dirige et du dernier colloque sur la contribution des adolescents et des jeunes à la paix, la cohésion sociale et la sécurité organisé par Sini Gnassigui le 26 juillet dernier. Des questions liées à la participation de la jeunesse au développement du Burkina Faso ont aussi été abordées dans cet entretien réalisé dans les locaux de l’association au quartier Nangrin de Ouagadougou.    

Faso7 : Pouvez-vous nous présenter l’association Sini Gnassigui ?

Daouda Mounian (D.M) : L’association Sini Gnassigui (ASG) veut dire en Dioula ‘’l’espoir de demain’’, donc c’est une structure dont l’objectif est en tout cas de promouvoir une enfance, une adolescence, une jeunesse compétente et épanouie, en bonne santé comme on dit, employable, civique et citoyenne et qui contribue au développement du continent africain. L’objectif est vraiment de s’étaler sur le continent africain et parce que nous pensons que cette jeunesse africaine est un élément, instrument, un potentiel sur lequel l’Afrique doit se baser pour pouvoir produire son propre développement.

L’ASG a été créée au Burkina Faso et à son siège à Ouaga certes, mais elle est présente aussi en Centrafrique. Elle est présente au Sénégal, en Guinée, au Mali. Il nous reste peut-être en tout cas faire d’autres démarches pour aller dans d’autres pays pour véritablement mettre au cœur du développement, le potentiel des jeunes pour faire en sorte que ce potentiel soit pris en compte pour être utilisé pour produire le développement, la sécurité, la paix sur le continent.

Faso7 : A quoi répond l’organisation d’un colloque restreint à 120 personnes sur la contribution des adolescents et des jeunes à la paix, la cohésion sociale et la sécurité ?

D.M: En fait dans les discussions que nous avions eues avec le Fond des Nations Unies pour la Population (UNFP) de renforcer au niveau des régions à fort défi sécuritaire la capacité des organisations de jeunesse parce que nous estimons qu’elles ont un rôle à jouer dans la sortie de crise au Burkina Faso. L‘objectif était de non seulement s’adresser à des dirigeants de ces associations et les faire venir à Ouaga et leur donner un certain nombre de capacités telles que la capacité en matière de santé, capacité en matière d’organisation même des associations, de gouvernance dans les associations, mais aussi des capacités en matière de paix, de sécurité et de cohésion sociale. 

Pourquoi on n’a pas élargi, on n’a pas fait une foire ? Parce que nous estimons qu’il était extrêmement important que ce colloque-là devienne un moment de réflexion entre les jeunes eux-mêmes pour pouvoir dégager des pistes, pour pouvoir contribuer véritablement à la paix et à la sécurité au Burkina Faso. 

La deuxième chose qu’il faut savoir, c’est que pour le grand groupe, nous avons utilisé la plateforme de l’UNICEF qu’on appelle U-Report pour pouvoir faire une évaluation des besoins des jeunes de ces localités-là. Donc ils étaient 127, mais ceux qui ont donné leur avis étaient plus de 5 000 au Burkina Faso parce qu’à travers ce sondage avec leur plateforme, nous avons pu toucher 5 000 jeunes qui ont donné leur avis sur la paix, la sécurité et la cohésion sociale. Ils nous ont aussi dit comment ils pouvaient contribuer en tout cas à la recherche de la paix, de la sécurité, de la cohésion au Burkina Faso. 

Ce qui est ressorti dans cette analyse qui était un colloque focalisé sur la paix et la sécurité, d’autres besoins sont apparus dans l’analyse comme les besoins en matière de santé, comme les besoins en matière d’emplois, en matière d’éducation qui sont aujourd’hui des choses sur lesquels il faut travailler aussi si nous voulons renforcer la capacité des jeunes. Si nous voulons faire en sorte que les jeunes puissent participer de façon active à la construction du Burkina Faso, à la paix et à la sécurité. C’est vrai que 120 ce n’est pas beaucoup, mais c’était suffisant pour réfléchir, pour dégager des pistes et au sortir de ça, qu’est-ce qu’on peut faire avec les résultats de ces réflexions. Je crois que c’est ça qui était le plus recherché.

Faso7 : Est-ce que vous êtes satisfait du colloque qui a pris fin le 28 juillet dernier ? Quels sont vos motifs de satisfaction ?

D.M : Il faut dire que la satisfaction a été totale parce qu’un colloque est aussi par définition un moment de plaidoyer en fait. Comment on s’assure que ceux qui décident, ceux qui ont les ressources, ceux qui ont les moyens prennent à cœur le problème que l’on veut débattre ? Donc, ici, les agents des Nations Unies étaient là, le gouvernement était là, nous pensons que c’était extrêmement important. D’abord, pour moi, le premier élément, c’était que ces gens soient là pour écouter les jeunes. 

Le deuxième élément, nous avons tendance à organiser des colloques, des forums, des activités pour les jeunes. La plupart du temps, on ne prend pas le temps de nous assurer qu’il y a une meilleure représentativité en terme territorial. Ici, je veux dire que souvent nos activités concernent plus les gens du milieu urbain. Cette fois-ci, la moitié des participants venaient des communes rurales, chose que le gouvernement lui-même à travers le ministère de la jeunesse demande que l’on fasse parce qu’après recul, on s’est rendu compte que tous nos programmes de jeunes ne s’adressent qu’à la jeunesse urbaine de façon globale, de façon générale. Pourtant, cette jeunesse ne fait que 26 à 27 % de tous les jeunes. C’est-à-dire que nous avons plus de 70 % des jeunes qui vivent en milieu rural, dans des communes rurales et on n’arrive pas à les toucher et pour nous, la deuxième victoire, c’était que ces gens puissent être là. Filles, garçons, adolescents, adolescentes, véritablement pour discuter et participer à ce colloque-là et je crois que ça, c’est une véritable victoire. 

La troisième victoire que nous avons, c’est que les partenaires sont d’accord pour que nous puissions à partir des recommandations qui sont formulées, essayer de voir dans quelle mesure, nous pouvons véritablement développer un programme, un projet qui s’adresse à ces recommandations. Donc l’association SINI GNASSIGUI va s’atteler à écrire un projet autour de ses recommandations et aller voir ces partenaires pour voir dans quelles mesures nous pouvons ensemble véritablement trouver des solutions pour la paix, la sécurité, la santé, l’emploi et l’éducation des jeunes et des adolescents.

Faso7 : Qu’est-ce que vous prévoyez de faire à la suite du colloque ? Dans le sens de la promotion de la paix ?

D.M: En fait, il est ressorti des sondages, les éléments suivants : les jeunes ont dit que s’il y a des problèmes d’insécurité dans leurs localités, ils n’ont pas assez de forces militaires combattantes. Donc, ils demandent que ces forces se déploient vraiment sur ces zones. 

Mais la deuxième chose la plus importante qui est ressortie, c’est le manque d’information juste et vraie. C’est-à-dire que les jeunes reçoivent des informations qui sont troquées, qui viennent d’ailleurs. Mais ici, ils souhaiteraient véritablement qu’on mette en place quelque chose qui va faire en sorte que chaque jeune, dans chaque localité du Burkina Faso puisse avoir accès à des informations justes, qui lui permettent véritablement de relayer auprès d’autres jeunes et des informations qui donnent aussi quels sont les comportements à développer, quelles sont les aptitudes à développer. 

Je crois que c’est fondamental. Et donc, au sortir de ça, nous devions élaborer un programme qui prend en compte d’abord dans un premier temps comment on fait, on met en place un plan de communication qui va amener les jeunes à se déradicaliser. Ceux qui sont déjà dans les groupes armés, comment on les sort? Comment on s’assure qu’ils sont avec nous pour pouvoir promouvoir la paix?

La deuxième chose, c’est que ce programme doit prendre en compte, ce qu’on appelle le renforcement du potentiel des adolescents et des jeunes. Ça veut dire, une fois qu’on s’assure qu’ils ont accès aux services de santé, on va s’assurer qu’ils sont en bonne santé en leur permettant d’avoir l’information sur la santé et d’accéder aux services. Également, ils ont demandé qu’il y ait beaucoup qui puisse aller à l’école. Comment on s’assure qu’on va promouvoir l’éducation et l’éducation alternative? Pour ceux qui ont dépassé l’âge d’aller à l’école, quel type d’éducation alternative on met en place, pour que ceux qui n’ont pas eu l’opportunité d’aller à l’école formelle puissent se former en renforçant leurs compétences et leurs connaissances. 

Et la troisième chose, c’est comment on s’assure qu’on oriente les jeunes vers des structures qui assurent ce qu’on appelle l’insertion professionnelle. Et quand on parle de l’insertion professionnelle, on a deux aspects : on a d’abord l’aspect de la formation professionnelle, la formation qui va leur permettre d’engranger un métier et de faire un travail. Le deuxième, c’est comment on s’assure que les jeunes, les initiatives d’insertion, les initiatives de promotion de l’emploi puissent être des initiatives qui sont accessibles à tous les jeunes quel que soit leur endroit, quel que soit leur espace. Donc, dans le programme qui va sortir, on le concevra avec le gouvernement, la direction générale de la jeunesse qui va être un programme intégré de développement des adolescents et des jeunes. C’est ça qui va sortir comme concret quand on va demander aux partenaires, ceux qui veulent nous accompagner, qu’ils nous accompagnent pour qu’on mette en œuvre ce programme.

Ceux qui se sont battus pour notre indépendance, ils avaient 26 ans, 27 ans, 28 ans, 29 ans, 30 ans maximum pour d’autres.

Faso7 : En résumé, qu’est-ce que vous avez comme message à faire passer ?

D.M : On est convaincu que sans les jeunes, il n’y a pas de développement possible. Donc le message particulier, c’est qu’il nous faut remobiliser nos jeunes. La remobilisation passe par d’abord le renforcement de leurs capacités à se prévenir contre toutes les maladies.

Le deuxième message, il faut qu’on renforce leur employabilité parce que sans emploi, sans capacité, ils ne pourront pas produire quoi que ce soit. La troisième chose, c’est aussi s’assurer qu’ils ont un rôle à jouer. Ce qui est pour eux, il faut qu’on s’assure que ces jeunes ont accès à ça. Il faut qu’il participe à la gouvernance, comme je le disais à l’entame de mon discours, la plupart des gens qui sauvent leur patrie, dans beaucoup de pays, sont des jeunes.

Ceux qui se sont battus pour notre indépendance, ils avaient 26 ans, 27 ans, 28 ans, 29 ans, 30 ans maximum pour d’autres. Nos présidents que vous avez vus, se sont battus. Il est possible que les jeunes aient aussi leur mot à dire. Il faut leur donner cette chance de se tromper, de tomber, mais aussi de se relever. Mais on ne peut pas faire les choses à leur place. On ne peut pas décider les choses à leur place. Le dernier message, c’est que nous devons commencer à faire des politiques qui sont des politiques équitables, des programmes qui sont équitables.

Nos programmes sont tellement urbains qu’ils ne sont pas équitables. Nos programmes sont masculins qu’ils ne sont pas équitables, donc il nous faut de l’équité à tous les niveaux, sur le plan territorial, sur le plan du genre, sur le plan de l’accès aux opportunités. Il nous faut une équité. Sans équité, les jeunes vont encore brûler nos pays. Au lieu d’être des potentiels pour le développement, ils vont être des facteurs de déstabilisation.

Propos recueilli par Frédéric R. ZOUNDI et Awa SAVADOGO (Stagiaires)

Faso7

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