Affaire « Incendie du Palais du Moogho Naaba » : Lookman Sawadogo et la « tête » qui doit tomber

A leur tour de passer à la barre dans l’après-midi du 22 juin 2023, Abdoul Karim Baguian, connu sous le nom de Lota, les journalistes Alain Alain et Lookman Sawadogo ont maintenu leur décision de plaider non coupable. Pour rappel, ils sont poursuivis pour les mêmes faits que Marcel Tankoano à savoir, association de malfaiteurs, de divulgation de fausses informations, d’incitation à un attroupement armé ou non armé, d’incitation à la dégradation de biens et la mise en danger de la vie d’autrui.

Selon Lota, c’est à travers un groupe WhatsApp qu’il a pris connaissance des audios incriminés. « En tant que bon Burkinabè, je me suis rendu au palais pour m’assurer que de tels propos ne seraient pas mis en pratique », a-t-il confié au tribunal.

Pour l’accusé, il n’a jamais été au courant d’un audio appelant à incendier le Palais du Moogho Naaba. Cependant, le tribunal a relevé le fait que Lota ait eu des échanges téléphoniques avec certaines personnes en usant du mot « assaut ». Les personnes impliquées dans ces communications étaient l’activiste Aminata Rachow, les journalistes Alain Traoré dit Alain Alain et Lookman Sawadogo, Pascal Zaida et Abdoulaye Barry, à en croire le tribunal.

Plus loin, le tribunal a même mis à nu une conversation téléphonique entre Lota et l’activiste Aminata Rachow, qu’il qualifiait de « grande sœur », datant du 27 avril 2023 à 22h38. Le contenu de cette conversation dit ceci : « Voici le mode opératoire : regrouper des centaines de jeunes dans les douze arrondissements de la ville et aller déguerpir les pro-IB à la place de la Nation, mettre en place des cellules pour occuper les différents carrefours et brûler des pneus, regrouper les bouchers pour défier la transition en incitant les autres ».

Pour sa défense, Lota a expliqué que le mot « assaut » faisait référence à une série d’actions lancées par le collectif des journalistes, activistes et leaders d’opinion menacés. Selon ses explications, l’objectif était de permettre aux membres du collectif de saisir au moins les juridictions et de préserver leur liberté d’expression.

L’accusé a également déclaré devant le tribunal que le plan de cet « assaut » consistait à solliciter le soutien financier des institutions politiques et d’autres organisations pour organiser des conférences-débats, des conférences publiques et d’autres événements au profit des membres du collectif.

« si la tête tombe, le reste va tomber »

Quant au journaliste Lookman Sawadogo, il dit n’avoir également pris connaissance des enregistrements que sur les réseaux sociaux ainsi que l’arrestation de Marcel Tankoano.

Selon le tribunal, Lookman Sawadogo a eu à échanger des messages avec Lota où il était question du lancement d’un « assaut ». Lookman Sawadogo avait également déclaré, pendant ces échanges téléphoniques, que « si la tête tombe, le reste va tomber », a indiqué le tribunal.

« Lorsque je dis qu’ils ne peuvent rien si la tête tombe, je ne parlais pas des leaders de la Transition, mais des leaders des jeunes pro-russes et des panafricanistes », s’est-il défendu.

Pour ce qui est de l’utilisation du mot « assaut », le journaliste et leader de l’Appel de Manéga, dit avoir fait référence aux actions de défense des droits des membres du collectif des journalistes, activistes et leaders d’opinion menacés.

« La troupe veut descendre le Capitaine », selon Alain Alain

Également à la barre, le journaliste Alain Alain a indiqué n’avoir jamais été au courant des audios incriminés. Interrogé sur ses relations avec l’accusé Abdoul Karim Baguian, dit Lota, Alain Alain a répondu  en ces termes : « Monsieur Baguian et moi sommes, je peux le dire, des amis », en précisant au tribunal qu’ils sont tous les deux membres du Collectif des journalistes, activistes et leaders d’opinion victimes de menaces.

Aussi, interrogé sur l’utilisation de l’expression ‘’assaut’’ dans ses échanges téléphoniques avec Lota, Alain Alain a indiqué que cet assaut en question faisait référence à la mise en œuvre d’une série d’approches que le collectif avait prévue afin d’assurer que ses membres aient droit à la justice et à la liberté d’expression.

Le tribunal a également révélé qu’après les investigations menées sur le téléphone de l’accusé, Lota et lui avaient échangé sur la nécessité d’avoir des leaders en leur sein, notamment dans la sphère politique. Selon Alain Alain, le recours aux politiques consistait à réunir des fonds pour mettre en œuvre les actions du Collectif des journalistes, activistes et leaders d’opinion menacés.

Par ailleurs, selon le tribunal, les investigations menées sur le téléphone d’Alain Alain ont permis de savoir qu’il avait échangé des messages avec l’activiste Aminata Rachow sur la situation nationale. Un de ses messages dont le contenu était : « La troupe veut descendre le Capitaine » avait été transféré à l’activiste Naïm Touré.

« Avez-vous parlé à un certain moment de ‘’il faut que ce gars-là tombe’’, en parlant des autorités actuelles ? », a demandé le président du tribunal à Alain Alain. « C’est bien possible », a répondu l’accusé.

A en croire le tribunal, il est ressorti des échanges de Naïm Touré et d’Alain Alain que ce dernier souhaitait la chute du régime de la transition, car ce régime veut leur arracher « leur liberté d’expression ». Pour sa défense, l’animateur a répondu : « Je me suis basé sur l’appel de Kaya où il a été fait cas de notre situation, notamment, la presse ».

Suspendu aux alentours de 18 heures, le procès reprend le 23 juin 2023 à 8h.

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