Utilisation du Fonds minier de développement local : Check-up à Houndé et Soaw

Près de 7 milliards de F CFA en 7 tranches. C’est le montant reçu par la commune de Houndé au titre du Fonds minier de développement local (FMDL) depuis 2019. Cette manne financière, selon le décret N°2017-0024 portant organisation, fonctionnement et modalités de perception du FMDL, doit être utilisée et affectée au financement des plans régionaux de développement et des plans communaux de développement. Dans la commune de Houndé, le Comité de dialogue et de veille citoyenne (CDVC) s’applique à cet effet.
8 mai 2023. Une quinzaine d’Hommes de média membres de l’Action des journalistes sur les mines au Burkina Faso (AJM-BF) embarquent pour Houndé, commune urbaine de la province du Tuy, située dans la région des Hauts-Bassins au Burkina Faso. Objectif, toucher du doigt les activités du Comité de dialogue et de veille citoyenne (CDVC) sur la gestion du Fonds minier de développement local (FMDL).
A peine les limites de la ville atteintes, les visites commencent. Adama Traoré, Président du CDVC de Houndé, conduit les journalistes à Dankari, situé à une vingtaine de kilomètres de Houndé. Le Centre de santé et de promotion sociale (CSPS), construit entre 2020 et 2021, a vu le jour grâce au Fonds minier de développement local (FMDL). Plusieurs bâtiments ont été érigés pour accueillir les malades. Malheureusement, des hics se posent. La société civile n’a pas été associée aux choix des projets issus du FMDL des trois premières tranches. « Les projets étaient choisies par les autorités locales en son temps », a précisé Adama Traoré.
Le CSPS de Dankari fait partie de ces projets. Même si les bénéficiaires en sont contents, « malheureusement, quand nous avons consulté l’administration sanitaire », relate Adama Traoré, « elle nous a dit que ce CSPS ne répond pas aux normes. Il ne sera pas viable ». Selon le Président du CDVC de Houndé, il est stipulé que le fonctionnement du centre de santé incombe au Comité de gestion des centres de santé (COGES) de Dankari. « Ce qu’ils ont dit, c’est que le COGES ne pourra pas fonctionner. La population ne pourra pas répondre parce qu’il y a un autre CSPS qui est à côté. C’est ça le souci », a ajouté Adama Traoré.
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Outre ce volet, le premier bâtiment du CSPS a été construit à moins de 50 mètres de la Route nationale n°1. « On ne le souhaite pas. Un accident peut vite arriver. C’est ce que nous voyons comme un véritable souci », a constaté Adama Traoré. Pour pallier le problème, les habitants ont recommandé la construction de ralentisseurs afin de minimiser les risques d’accidents. Pour le moment, ce centre n’est pas encore fonctionnel au grand dam des populations.
Mais le Président de la délégation spéciale (PDS) de la Commune de Houndé, Souleymane Dianda, se veut rassurant. L’inauguration est prévue mais freinée par les questions sécuritaires. « Ce qui bloque uniquement, c’est le défi sécuritaire (…) le choix du site, ce sont des questions qui ont été traitées avant notre arrivée », s’est expliqué Souleymane Dianda.

Selon Souleymane Dianda, les populations de Houndé sont informées des sommes reçues au titre du Fonds minier de développement local et son utilisation, depuis la première tranche, a servi à financer d’abord les secteurs sociaux.
« Il y a l’éducation, la santé ainsi que les projets structurants. Si vous voyez aujourd’hui, en termes d’infrastructures scolaires, l’offre est assez acceptable. C’est une priorité pour nous de faire en sorte que tous les enfants de Houndé, grâce au Fonds minier, puissent accéder facilement aux écoles. Si vous voyez au niveau de la santé, nous avons 15 villages et 5 secteurs. Et nous avons autour de 14 CSPS. Ce qui veut dire que l’utilisation des ressources du Fonds minier répond aux conditions édictées par le décret », a fait savoir le Président de la délégation spéciale.
Outre ces secteurs, la mairie a aussi entrepris l’érection d’autres infrastructures. Par exemple, le Complexe scolaire Gniehoun Hafanki a été clôturé et 33 boutiques doivent être construites, le tout, à hauteur de 90 millions F CFA. Par ailleurs, pour le compte du grand marché de Houndé, il est prévu la construction de 50 boutiques à hauteur de près de 72 millions F CFA.

Toutes ces réalisations sont suivies par le Comité de dialogue et de veille citoyenne qui n’hésite pas à attirer l’attention des décideurs et des entreprises sur la qualité des infrastructures. Ce comité se donne d’ailleurs pour mission de sensibiliser les populations en vue d’améliorer et de renforcer leur participation citoyenne dans l’action publique. Pour cela, des cellules de veille ont été installées dans les villages et secteurs et cela porte des fruits. « A Bombi, il y a un CEG. Le chantier était à l’arrêt pendant deux mois. C’est notre cellule de veille qui a signalé », rapporte Brahima Diabaté, membre du CDVC de Houndé.
Même si tout n’est pas au beau fixe, le Président de la délégation spéciale (PDS) de la Commune de Houndé, Souleymane Dianda, salue le travail de Adama Traoré et de ses hommes dans le suivi de l’utilisation du Fonds minier. « A chaque fois que nous avons l’occasion, nous faisons part au Comité que c’est une chance pour nous de les avoir à nos côtés. Ils se battent pour la qualité de la gouvernance et le développement et nous aussi, c’est notre objectif », a déclaré le PDS.
Grâce aux actions de Oxfam Burkina Faso et ses partenaires, dans le cadre de la Phase II du projet « Pour un programme de renforcement de la participation citoyenne et la redevabilité dans la gestion des finances publiques », qui vise à contribuer au renforcement de la participation des femmes, hommes et jeunes et des organisations de la société civile (OSC) dans la gestion des finances publiques y compris les revenus miniers, le CDVC de Houndé a reçu les outils nécessaires pour assurer la veille citoyenne.

Il en est de même du Comité de dialogue et de veille citoyenne (CDVC) de Soaw, dans la province de Boulkiemdé, dans la région du Centre-Ouest. Cette commune rurale a reçu la visite des membres de l’Action des journalistes sur les mines au Burkina Faso (AJM-BF), le 10 mai 2023.
Depuis 2019, au titre du Fonds minier de développement local (FMDL), bien qu’elle ne soit pas une commune minière, Soaw a reçu plus de 152 millions F CFA alors que le budget de la commune avoisine 10 millions F CFA. Cette manne financière a été utilisée par l’exécutif communal, entre autres, pour la construction d’infrastructures dont l’érection d’un dépôt pharmaceutique à 4,5 millions F CFA, d’un bâtiment administratif à hauteur de 8 millions F CFA, la construction et la réfection de latrines au profit du Centre médical de Soaw.
Si la mayonnaise prenait dans toutes les communes du Burkina Faso, cela sera une très bonne chose
Toutes ces dépenses sont faites sous l’œil vigilente du Comité de dialogue et de veille citoyenne de Soaw, présidé par Germain Nana. Dans le cadre de la veille citoyenne, ce Comité a mené plusieurs activités dont des journées de redevabilité. « L’administration étant une continuité, nous avons jugé bon d’inviter les anciens gouvernants déchus à venir rendre compte avec les membres de la délégation spéciale. Ces autorités sont venues. Elles ont rendu compte », a expliqué Germain Nana.
Les actions de veille, selon Germain Nana, ont contribué par ailleurs à déceler des tâches noirâtres au fond de plusieurs bidons d’huile destinés aux cantines scolaires. « Nous avons interpellé les autorités de la délégation spéciale », a fait savoir le Président du CDVC de Soaw. La consommation de l’huile a alors été arrêtée et un nouveau stock moins douteux remis aux cantines, a ajouté Ali Guiré, Secrétaire général de la Mairie de Soaw.

Par ailleurs, la situation sécuritaire dans laquelle le Burkina Faso est plongée a amené les CDVC à prendre des initiatives avec les autorités militaires locales. Et selon Germain Nana, la mise en place des Comités de dialogue et de veille citoyenne est « une révolution démocratique. (…) Si la mayonnaise prenait dans toutes les communes du Burkina Faso, cela sera une très bonne chose », a-t-il fait savoir.
En rappel, le projet « Pour un programme de renforcement de la participation citoyenne et la redevabilité dans la gestion des finances publiques », phase II, mené par Oxfam est financé par la Fondation HEWLETT. Le projet est mis en œuvre pour une durée de trente (30) mois allant du 01 Juin 2021 au 15 Novembre 2023 par Oxfam au Burkina Faso en collaboration avec ses partenaires que sont CERA/FP, ORCADE et RECIBOG. Les zones de couverture du projet sont les communes de Houndé, Soaw et Dédougou.



