Yankee, 2 fois Sierra, Cong et le Mannequin : Lumière sur des guerriers de l’armée burkinabè

Depuis le début des attaques à caractère terroriste au Burkina Faso, plusieurs soldats sont tombés sur le champ de bataille.  Faso7 a décidé de mettre en lumière quelques-uns de ces braves hommes qui ont consenti le sacrifice suprême afin que le Burkina Faso reste debout.

Ils ont lutté jusqu’au sacrifice suprême pour le Burkina Faso. Le 1er novembre 2021, à l’occasion de l’anniversaire de l’armée, l’Etat-major général des armées dénombrait  478  militaires tombés depuis 2015. Des héros !

Au compte de la gendarmerie nationale, près de 300 éléments  sont tombés, à ce jour, armes à la main, pour la défense du « Pays des  Hommes intègres ». Parmi eux,  l’adjudant Doye Pascal, l’adjudant Yaro Yaya, le Maréchal Des Logis-Chef (MDC) Sawadogo Salifou, le MDC Congo Victor et le MDC Sawadogo Abdel Nasser. Ils étaient tous des « immortels » (appellation consacrée aux membres de l’USIGN), de  l’Unité Spéciale d’Intervention (USIGN).

Les posters des  5 immortels de l’Unité Spéciale de la Gendarmerie Nationale (USIGN) sont tombés le 5 mai 2022, à Ouanobé, dans les mains de leurs connaissances le jour de leur inhumation, le 10 mai 2022 au camp Sangoulé Lamizana lors de la levée des corps .- © Faso7.

Ces 5 « immortels »  sont tombés le jeudi 5 mai 2022, dans une embuscade à Ouanobé, dans la province du Sanmatenga, région du Centre-nord. Ils ont été inhumés le 10 mai 2022. Selon leur frère d’arme, Omar (nom d’emprunt, ndlr), qui était dans le même peloton, les défunts étaient « de grands combattants, des guerriers intrépides. Des gens qui avaient le sens de l’honneur. C’étaient nos frères ».

Rencontré le 20 juillet 2022 au sein de l’USIGN, Omar n’arrive toujours pas à accepter le départ de ses frères. Difficile de parler d’eux au passé. Mais, il est un soldat ! Un soldat d’élite ! Aucun signe de faiblesse ni de découragement en lui. Seulement, une douleur immense. Palpable ! « On était une famille et on partageait les mêmes valeurs qui nous ont réunies ici à l’Unité spéciale. Les valeurs de fraternité, d’amitié et de famille. C’était la grande famille USIGN », affirme-t-il.

« Ils sont partis mais ils sont toujours avec nous »

Perdre les siens et vivre désormais sans eux. Quelle peine ! « Vivre sans eux, c’est très dur. Ils nous manquent vraiment et dans tout ce qu’on fait tous les jours, on les voit. Même au sein de l’unité, le paysage, on les voit toujours. Ils nous manquent vraiment. Ils sont partis mais ils sont toujours avec nous », relate ce gendarme.

« Souvent, on pense qu’ils sont toujours à côté de nous », ajoute un second pandore que nous surnommerons Ignace, rencontré auparavant courant 20 juillet 2022. Dans ce milieu, ces éléments ont préféré garder l’anonymat afin de mieux accomplir les missions qui leur sont quotidiennement confiées par la hiérarchie. Un choix que nous respectons !

Ces cinq éléments de l’USIGN avaient chacun sa particularité et leur commandant, le chef d’escadron François Zoungrana, les connait très bien. Aussi bien au combat qu’en quartier. Ouvert et accueillant, le commandant Zoungrana est très à l’aise quand il s’agit de parler de ses hommes. Nous l’avons rencontré le 22 juillet 2022. Mais avant tout, il préfère être proche du drapeau national. Ce pour quoi lui et ses hommes se battent jour et nuit.

Ces cinq éléments de l’USIGN avaient chacun sa particularité, selon leur commandant, le chef d’escadron François Zoungrana.- © Faso7.

Très fier de ses éléments, le chef d’escadron François Zoungrana nous décrit ses soldats d’élite tombés le 5 mai 2022, en défendant le Burkina Faso, leur pays.

Adjudant Yaro Yaya alias Yankee, calme guerrier

L’adjudant Yaro Yaya alias Yankee est admis en 2009 admis au concours de gendarmerie. Il est recruté à l’unité spéciale  en 2014. Chef de groupe d’intervention à l’USIGN, il totalise  12 ans 4 mois 28 jours de service effectif  au sein des Forces Armées Nationales. Yankee est décoré de la médaille de la croix de combattants ainsi que la médaille commémorative avec agrafe Mali.

L’adjudant Yaya Yaro, un « farouche soldat », selon sa hiérarchie.– © Gendarmerie Nationale.

Ce soldat d’élite était caractérisé par son calme  face à toutes les épreuves, selon chef d’escadron François Zoungrana. « C’était un guerrier de la même trempe que Pascal (l’adjudant Pascal Doye). Certes moins médiatisé parce que c’est peut être lié à son trait de caractère », annonce-t-il. Dans la vie quotidienne, Yankee « était très calme », précise le commandant Zoungrana. « Les épreuves qu’il a subies depuis qu’il est à l’Unité jusqu’aujourd’hui ont démontré qu’il est un grand guerrier. Seulement, sa manière de manifester ce côté guerrier de lui était complètement différente. Je le remarquais par ce calme en toute circonstance, que ce soit en quartier ou au combat », insiste son supérieur.

MDC Sawadogo Salifou alias « 2 fois Sierra », patriote

Le Maréchal Des Logis Chef (MDC)  Sawadogo Salifou alias « 2 fois Sierra » lui, était le conducteur du commandant Zoungrana. Par conséquent, ils étaient très proches et discutaient beaucoup lorsqu’ils étaient ensemble. « C’est un petit frère aussi et un membre de ma famille parce que c’est lui qui a assisté ma femme lors de l’accouchement de mes deux enfants. J’étais en mission. Ce que je retiens de lui, c’est qu’il avait un degré de patriotisme très poussé ».

Il est celui-là qui passait le temps à se poser des questions sur la stratégie à mettre en place. Il se demandait également, selon les dires de son chef, pourquoi ne pas se mobiliser « entièrement avec le peuple pour aller finir avec ces gens qui veulent mettre en mal l’existence de notre Etat ».

Le maréchal des logis/chef, Salifou Sawadogo était un « conducteur opérationnel hors pair »- © Gendarmerie Nationale.

La particularité du Maréchal Des Logis Chef (MDC) Sawadogo Salifou était son état d’esprit « constant ». Ce que le chef d’escadron retient de lui également, c’est son éducation. « Depuis que je l’ai connu jusqu’à ce qu’il parte, je retiens de lui, un enfant qui a reçu une bonne éducation et qui sait rendre cette éducation à ses ainés et qui était très serviable », évoque le Commandant Zoungrana, visiblement heureux d’avoir fait sa connaissance, mais triste de l’avoir perdu.

Il a été admis au concours de recrutement de l’Ecole Nationale des Sous-Officiers de la Gendarmerie (ENSOG), en 2012. Il a intégré l’Unité en qualité de conducteur en 2015. Le  Maréchal Des Logis Chef (MDC) Sawadogo Salifou totalise 9 ans 4 mois 5 jour de travail effectif dans les Forces Armées Nationales.

MDC Congo Victor alias Cong et MDC Sawadogo Abdel Nasser, la rage de combattre 

Ces deux soldats d’élite avaient avec eux, leurs jeunes frères le MDC Congo Victor alias Cong et le MDC Sawadogo Abdel Nasser. Ils ont rejoint l’USIGN il y a près d’une année et demi, voire deux ans mais, ils sont arrivés au moment où le Burkina Faso faisait face à une menace sécuritaire qui commençait à gangrener le territoire national. Et pour le commandant Zoungrana, « ils étaient conscients de l’engagement qui les attendait parce qu’ils ont rejoint l’Unité au moment où l’unité était réellement engagée dans la lutte contre le terrorisme au front ».

Le maréchal des logis-chef Sompidian Abdel Nasser, a  été soumis à un cycle de formation d’une année pour plus d’opérationnalité en lien avec les aspirations de l’Unité  © Gendarmerie Nationale.

A l’arrivée du MDC Congo Victor alias Cong et du MDC Sawadogo Abdel Nasser alias le Mannequin au sein de l’USIGN, ils ont été soumis à un cycle de formation d’une année pour plus d’opérationnalité en lien avec les aspirations de l’Unité. Cette formation est d’ailleurs soumise à tout élément de la Gendarmerie nationale qui intègre l’USIGN. « Lorsqu’ils sont arrivés et qu’ils ont fini leur cycle d’une année de formation, dès leur premier engagement, ils ont démontré qu’effectivement, ils avaient cette vocation et cette rage de combattre. Ils ont été aux côtés de leurs anciens (aînés, ndlr). Ils se sont très bien comportés », informe le Commandant Zoungrana.

Selon ce supérieur hiérarchique, le témoignage reçu des anciens qui étaient avec eux sur le terrain le jour de l’embuscade décrit leur engagement et leur maturité. Cong était un auxiliaire, un medic (auxiliaire sanitaire,  formé pour apporter les premiers secours aux blessés sur le terrain, ndlr) de l’unité. Celui-ci a intégré l’USIGN en  2020,  en qualité d’équipier intervention. Le MDC Congo Victor alias Cong était de la toute dernière promotion de l’USIGN.

« Il a pris soin de certains de ses camarades blessés pendant l’action, avant de prendre soin de lui-même, de sa blessure, avant de succomber. Sur son corps, il avait posé un garrot sur son pied. Malheureusement, il a succombé à ses blessures », explique-t-il.

Le maréchal des logis-chef, Victor Congo était de la toute dernière promotion de l’USIGN  © Gendarmerie Nationale.

Le chef d’escadron François Zoungrana trouve, pour des jeunes de leur trempe qui peuvent avoir le sang-froid, d’appliquer des gestes de premier secours pendant le combat, au milieu d’un chaos, avec des blessés et des personnes tombées, que cette action montre « déjà qu’ils avaient une certaine maturité ».

Lire ➡ Adjudant Tienmami Pascal Doye, l’immortel !

L’adjudant Pascal Tienmami Doye alias l’unique était un guerrier, selon ses frères d’armes rescapés.  Lors de l’embuscade, « il a agi en tant qu’un chef du groupe, un vrai chef avec ses hommes. Bien qu’étant touché, il ne cessait de crier et appeler au secours des hommes qui étaient blessés à côté de lui, sans se soucier de sa propre blessure », relate Omar.

 

L’adjudant Pascal Doyé, alias l’unique, un guerrier selon ses frères d’armes.- © Gendarmerie Nationale.

Qu’est-ce qui s’est passé ce 5 mai à Ouanobé ? Nous avons une petite explication du chef d’escadron François Zoungrana, commandant de l’Unité Spéciale d’Intervention de la Gendarmerie Nationale.

Ouanobé ou la bravoure de guerriers

De retour d’une mission, la patrouille de l’USIGN fait une halte à Ouanobé, avant un pont, pour la reconnaissance. Il y a suspicion d’un engin explosif improvisé enfoui sur le goudron. 

A peine la reconnaissance entamée, l’ensemble du convoi commence à subir des coups de feu  sur toute sa longueur.

Les tirs sont nourris à la mitrailleuse et aux lance-roquettes. Dès les premiers instants, ces tirs calcinent les véhicules pickup et fixent le personnel débarqué. Objectif, empêcher tout mouvement.

Ils sont près d’une centaine de terroristes et viennent de partout. Ils sont plus nombreux que les éléments du commandant Zoungrana. Le rapport de force est complètement défavorable. Face à cette manœuvre ennemie, les deux pelletons de l’USIGN infligent une « leçon mémorable » à l’ennemi.

Mais plusieurs pandores  sont touchés mortellement dès les premiers instants. Difficile mais pas impossible. Ces soldats d’élite sont bien entrainés. Ils repoussent les assauts de l’ennemi. Ils l’obligent à battre en retraite et laisser derrière lui plusieurs dizaines de morts.

Un hélicoptère arrive en appui. Les terroristes sont contraints de prendre la poudre d’escampette.

36 terroristes sont neutralisés dans le décompte final sans ratissage. Une dizaine de kalachnikov, une mitrailleuse (de calibre 12.7) et  21 motos sont récupérées des mains de l’ennemi.

L’explication du commandant Zoungrana est complétée par son frère d’arme Omar, qui a participé au combat.

« C’était au cours d’une embuscade. La plus dangereuse de toutes les embuscades. L’ennemi avait une puissance de feu très supérieure à nous et avec un très grand nombre au niveau de l’effectif et ça s’est passé en moins de 50 mètres. On ne disposait d’aucun matériel balistique, pas d’abris, pas d’obstacle à côté pour se protéger et continuer le combat. On est resté malgré tout accroché au sol, campé sur notre position face à l’ennemi et on lui a infligé une lourde perte. Personne n’a failli, personne n’a flanché. Tout le monde est resté et a combattu », explique-t-il, cagoule toujours vissé au visage.

« Tout le monde est resté et a combattu », Omar (nom d’emprunt), un immortel de l’USIGN, qui a participé au combat.- © Faso7.

«Nous ne dormirons pas tant que nous ne les avons pas vengés»

Cette version est attestée par Ignace, également cagoulé. « On avait en face de nous des ennemis en grand nombre. Des ennemis qui nous doublaient et avec du matériel plus sophistiqué, avec une puissance de feu énorme que nous », renchérit ce soldat, qui n’arrive toujours pas à assimiler la perte de ses frères d’armes. « Ils ne devaient pas nous abandonner comme ça. Leur départ est très prématuré. Nous avons tellement fait des choses ensemble. On a engrangé des victoires contre l’ennemi qu’ils ne devaient pas partir si tôt », s’exprime-t-il.

« On a engrangé des victoires contre l’ennemi qu’ils ne devaient pas partir si tôt », Ignace (nom d’emprunt), membre de l’USIGN qui a participé au combat.- © Faso7.

Certes, les 5 éléments de l’unité spéciale de la gendarmerie nationale ne sont plus là, mais les rescapés nourrissent l’ambition de les venger. « S’ils étaient là, je leur dirais que nous ne dormirons pas tant que nous ne les avons pas vengés et nous les vengerons de la plus belle des manières. Ce sera notre manière de faire notre deuil », conclut Omar.

Alice Suglimani THIOMBIANO

Faso7

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2 commentaires

  1. Vous avez été des super guerriers. J’ai des larmes et j’envie d’être gendarmes après cette lecture, comme Quoi ils avaient la vocation. Combattre jusqu’à à la dernière seconde, et ce pour que nous vivons.
    Mon camarade, ami et frère Victor, tu me manques ?

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