«Nous exigeons la suppression des frais APE dans les établissements privés» (Adama Bayala)

Adama Bayala, Président du Réseau national des consommateurs du Faso (RENCOF) s’est prononcé ce jeudi 4 août 2022 au micro de Faso7 à propos des frais APE (Association des parents d’élèves) dans les établissements scolaires au Burkina Faso. L’organisation qu’il dirige exige, entre autres, la suppression de ces frais dans les établissements privés. Interview ! 

Faso7 : Vous exigez la suppression des frais APE dans les établissements scolaires privés. Pourquoi cette exigence ?

Adama Bayala : Seriez-vous étonné ! C’est une préoccupation largement partagée par les parents d’élèves et les élèves eux-mêmes. C’est inacceptable et insoutenable, car les établissements privés fonctionnent comme des entreprises privées. Les entreprises privées ne peuvent pas demander aux clients de contribuer aux charges de fonctionnement.

Il est entendu que c’est anormal, c’est pourquoi nous avons été entendu et compris dès le lancement de la première campagne à la rentrée scolaire 2019-2020. Dès lesdites vacances scolaires, l’Union Nationale des Associations des Parents d’Elèves (UNAPES) s’est réunie en Assemblée générale, je crois le 4 juillet 2020 à Ziniaré, pour plancher sur la question. Allant dans notre sens, les sociétaires de l’UNAPES ont retenu le montant de 2000 F CFA dans les établissements privés et 5000 F CFA dans les établissements publics.

C’est une avancée, ce n’est pas rien, mais nous ne sommes pas satisfaits. Nous poursuivons la lutte pour en arriver à la suppression pure et simple de ces frais qui ne sont ni plus ni moins qu’une abominable escroquerie organisée.

Faso7 : Avez-vous des informations sur la gestion de ces fonds ? Ne participent-ils pas à la bonne gestion des établissements ?

Adama Bayala : Voyez-vous, après la mesure édictée par l’UNAPES, il se trouve des établissements qui continuent de rançonner les parents d’élèves. Il faut débourser aujourd’hui encore, malheureusement la somme de 5 000 F CFA dans certains. Le constat, il existe une foultitude d’établissements qui foulent au pied la mesure édictée par leur propre faitière.

Le constat, c’est qu’il y a des établissements où il n’y a pas de bureaux APE. Dans ce cas, où vont les frais APE ? Si ce n’est le cas, vous avez affaire à des bureaux fantomatiques, dirigés par des sous-fifres, aux ordres des fondateurs. Tenez-vous bien, il y a des présidents de bureaux APE qui n’ont plus leurs enfants dans lesdites écoles depuis, pour certains, cinq ans, dix ans et plus, pour d’autres. Dieu seul sait depuis quand le bureau a été mis en place !

Je dois dire que dans certains cas où les bureaux fonctionnent normalement, les frais APE sont utilisés pour faire des dépenses propres au fonctionnement de l’établissement. Il s’agit notamment de l’organisation des arbres de Noël et des voyages pédagogiques. Ce sont des activités perçues comme des moyens de communication, qui contribuent à promouvoir l’image desdits établissements et assurer leur notoriété. Etant entendu que ces actions attirent les projecteurs sur les établissements, avec la possibilité d’attirer de nouveaux pensionnaires, les écoles, les premiers bénéficiaires, gagneraient à inscrire ces dépenses dans leurs budgets de fonctionnement.

Si les élèves y tirent quelques choses, c’est moral et psychologique, alors que les établissements ont des intérêts économiques, mesurables d’ailleurs.

Faso7 : Avez-vous entrepris des démarches auprès des premiers responsables en charge de l’éducation pour exiger cette suppression ?

Adama Bayala : En ce moment, nous avons entrepris avec les associations qui œuvrent dans le monde scolaire. Je pense à l’UNAPES et l’Association des Mères Educatives (AME), en vue de voir comment éviter l’augmentation des frais de scolarité, en cette période grippée par la vie chère et le terrorisme. Nous avions entrepris des rencontres avec le nouveau ministre en charge de l’Education nationale, sans suite. Ce n’est que récemment que nous avons pris langue avec un de ses collaborateurs avec qui nous avons travaillé sur la question. Nous espérons pouvoir le rencontrer les jours à venir pour lui traduire de vives voix, nos attentes.

Nous exigeons la suppression des frais APE dans les établissements privés. Nous exigeons le gel de l’évolution des frais de scolarité dans les établissements privés. Nous exigeons les états généraux des établissements privés. Nous souhaitons que nous marquions un arrêt pour faire le point de la contribution des écoles privées, mesurer leurs contributions à la socialisation de nos enfants, mesurer les problèmes et envisager un nouveau départ, sur des bases saines, dans le sens de généraliser réellement l’accès  à l’école, un droit et dans  l’intérêt général.

Faso7 : Et qu’en est-il des frais APE dans les établissements publics ? Exigez-vous aussi leur suppression ?

Adama Bayala : Ha non ! Nous sommes conséquents avec nous-mêmes. Nous gardons la ligne. Nous-mêmes, produits de l’école publique, nous mesurons les difficultés qui gangrènent ces établissements. D’ailleurs, l’UNAPES l’a reconnu en indiquant que les élèves des établissements publics paieraient au titre des frais APE, 5 000 F CFA contre 2000 F FA pour ceux du privé. C’est une réalité. On ne peut faire autrement, tant pèsent sur lesdits établissements des charges inhérentes aux frais de vacation et de la matière première.

Faso7 : Avez-vous un appel à lancer ?

Adama Bayala : Le Burkina Faso, notre pays, vit les pages les plus sombres de son histoire. Je dois reconnaitre, à la lumière de nos comportements dictés par des calculs d’épiciers, qu’il n’a pas encore touché le fond. Le pire est devant. Agissons à présent pour minimiser le maximum possible le drame qui se profile. Chacun doit jouer sa partition aux côtés des Forces de défense et de sécurité qui se battent aux fronts.

Dans l’arrière front, le gouvernement de transition, c’est une chance, doit siffler la fin de la recréation, car l’école compte parmi les droits fondamentaux et élémentaires de l’homme. Autant, il a droit à la vie, droit à la santé et droit à l’eau, autant, il a droit à l’école. C’est de la responsabilité de l’Etat et personne d’autre.

Quant aux fondateurs d’établissements qui ont décidé de contribuer à l’élévation des âmes des plus petits et des plus faibles d’entre nous, ils gagneraient à prêcher par l’exemplarité. Ne plus augmenter les frais de scolarité et arrêter de prélever indûment les frais APE dans les écoles privées. Faute de quoi, c’est l’école qui va perdre définitivement sa vocation et avec, le peu de crédibilité qui lui reste. Imaginez-vous une société où chacun décide d’éduquer par lui-même, selon qu’il l’entend, ses propres rejetons !

Propos recueillis par Ignace Ismaël NABOLE

Faso7

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