Changements climatiques au Burkina Faso : Les semences améliorées pour les producteurs

Les changements climatiques se définissent comme tout changement des facteurs météorologiques sur une longue période directement ou indirectement lié à l’activité humaine. Ils constituent l’un des problèmes auxquels est confronté de nombreux pays dans le monde dont le Burkina Faso. Ces changements climatiques entravent la bonne conduite  de la production agricole d’où les recherches de solutions pour  soulager les producteurs.

Au Burkina Faso, 56,2% des 20 505 155 d’habitants sont des agriculteurs, des ouvriers qualifiés de l’agriculture, de la sylviculture ou de la pêche, selon le Recensement Général de la Population et de l’Habitant (RGPH) 2019. Cependant, ces agriculteurs font face à de nombreuses difficultés qui entravent le bon déroulement des activités agricoles. Les changements climatiques sont l’une d’elles.

Afin de faire face aux  changements climatiques, des chercheurs du Burkina Faso ont proposé des pistes de solutions. Parmi celles-ci figurent l’amélioration génétique du sorgho et du maïs pour pouvoir mettre au point de nouvelles variétés qui s’adaptent aux différentes conditions agro-climatiques du Burkina Faso, la plantation d’arbres et la prévision météorologique avec conseils.

Dr Noufou Ouédraogo est l’un des  chercheurs en agronomie et amélioration des plantes à l’Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles du Burkina Faso (INERA), rencontré le 16 mai 2022. Sa particularité est la recherche sur les céréales traditionnelles dont le sorgho.

Selon Dr Noufou Ouédraogo, le sorgho est la première céréale cultivée dans toutes les trois zones agro climatiques du pays.

Selon lui, la semence améliorée est la semence que les chercheurs parviennent à mettre au point, en utilisant les techniques d’amélioration des plantes. « Nous partons à partir donc des semences paysannes. Ça peut être du matériel de l’extérieur que nous combinons pour pouvoir trouver de nouvelles variétés qui répondent aux besoins des producteurs », explique-t-il.

Les semences améliorées ont apporté une grande aide aux producteurs burkinabè et ont contribué à une augmentation dans rendements agricoles. « Aujourd’hui, les semences améliorées contribuent rien qu’à elles seules à 40% du rendement des différentes spéculations au Burkina Faso », note Dr Ouédraogo.

De l’avis du Dr Ouédraogo, au Burkina Faso, le sorgho est la première céréale cultivée dans toutes les trois zones agro climatiques du pays. Cependant, sa production est limitée par des contraintes dont des celles biotiques, certains insectes et aussi des contraintes pédoclimatiques notamment la pauvreté du sol et aussi la rareté des pluies.

« Nous avons des pluies qui ne permettent pas à nos parents producteurs de produire jusqu’à la fin de la saison pluvieuse. Du coup, nous nous sommes dit qu’en travaillant à améliorer certaines variétés, nous pourrons donc contribuer à notre manière à mettre au point des variétés qui vont permettre aux producteurs d’assurer leur production, d’atteindre l’autosuffisance alimentaire et la sécurité alimentaire », précise le chercheur à l’INERA.

« C’est une plante qui découle de la variété traditionnelle »

Les semences améliorées sont cultivées partout au Burkina Faso. Dr Ouédraogo a assuré que dans leurs recherches, ils travaillent à mettre en place différents types de variétés qui s’adaptent aux différents climats du pays. Pour le cas du sorgho, les variétés qui sont mises en œuvre s’adaptent à la zone climatique soudanienne à savoir de 900 à 1200 millimètres d’eau, à la zone climatique  soudano-sahélienne 600 à 900 millimètres  d’eau et à la zone sahélienne de 400 à 600 millimètres.

« Le taux d’adoption des semences améliorées est en train de s’améliorer. Le taux était très faible. On était à des taux inférieurs à 10%. Aujourd’hui, on se rend compte de la littérature et des récentes études, nous sommes à plus de 15% et aujourd’hui, nous voyons l’engouement qu’il y a autour des semences améliorées que nous avons. Que ce soit le riz, que ce soit le maïs, le sorgho, le petit mil, le niébé, l’arachide, la patate douce, le manioc, nous voyons qu’il y a un engouement pour ces semences », a apprécié le chercheur qui s’intéresse en grande partie au sorgho.

Mais comment les chercheurs arrivent à réaliser cette semence ? Dr Noufou Ouédraogo donne des détails sur le processus. « Nous partons à partir donc des semences paysannes, les variétés traditionnelles, locales que nous travaillons à améliorer par rapport à des caractéristiques bien données. Nous pouvons procéder au croisement de deux variétés, ce qui est naturel et on le fait même avec la main. On prend deux variétés qu’on combine, on fait la cassation, on combine et la descendance est une nouvelle variété. Si c’est du sorgho, on va combiner deux variétés de sorgho, deux variétés de maïs, ainsi de suite pour trouver une nouvelle variété. On ne voit pas en quoi est-ce que cette nouvelle variété est différente de la variété traditionnelle. C’est une plante qui découle de la variété traditionnelle. En aucun cas elle ne peut être dangereuse pour notre santé », explique-t-il.

Certaines variétés des semences mises au point par les chercheurs arrivent à répondre au besoin. Ces semences arrivent à tolérer les poches de sècheresse allant de deux à trois semaines. « Après les trois semaines, lorsqu’il y a une reprise, lorsque vous revenez au champ, vous voyez une verdure et donc la plante continue son processus de remplissage des graines et comme nous l’avons dit, pour le moment, nous travaillons sur des variétés burkinabè qui sont sensibles au stress hydrique terminal (lorsque en saison pluvieuse vers la fin de la saison les plantes ont fleuris et il nous reste le processus de maturation.

A ce niveau lorsqu’il y a des poches de sécheresse, on constate que les dégâts sont vraiment considérables). Nous avons travaillé à créer des variétés qui sont tolérantes à ces poches de sècheresse en faisant des croisements avec du matériel exotique tolérant à ce stress hydrique et nous avons fait des croisements pour mettre au point ces nouvelles variétés », précise Dr Ouédraogo.

Mais selon certains producteurs, les semences améliorées sont des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM). Dr Ouédraogo précise qu’il s’agit d’une confusion entre les OGM et les semences améliorées. Il insiste sur le fait que ces semences sont de nouvelles variétés qui peuvent tolérer un peu ces manques d’eau dû à la rareté de la pluie, conséquences des changements climatiques.

Alidou Tapsoba  est l’un des producteurs qui a opté pour les semences améliorées, car les anciennes semences donnaient avec un retard et la pluie ne suffisait pas à ces semences. Son champ se trouve à Asiguin dans le Bazéga,  dans la région du Centre-Ouest. Il précise, lors de nos échanges du 23 mai 2022, que ces semences sont appelées semences Sowetini et depuis qu’il sème celles-ci, le résultat est appréciable. « J’ai constaté qu’elle est bonne. Elle a un bon rendement. Les cultivateurs qui ont eu la chance de le semer ont apprécié. Quand je venais à Kaboimssin, à l’INERA, il y a déjà deux personnes qui m’ont donné leur argent pour venir commander la semence. Si c’est le Sowetini, c’est une bonne semence et son temps de production est court et est adapté à la saison pluvieuse », affirme-t-il.

Selon lui, en 70 à 75 jours après la mise sous terre, il y a un bon rendement. Toujours dans l’appréciation de ces semences, il ajoute qu’il s’agit d’une semence qui donne bien et vite et elle a de bonnes tiges qui constituent du son pour les animaux. «Si les animaux gagnent ce son, ils ne laissent rien. Ils le mangent bien. Pour nous, cette semence a deux revenus. Son rendement et son son. Que ça soit du maïs, du petit mil, du sorgho, les 70 jours sont bons pour un bon rendement », se rejouit-il.

Selon Alidou Tapsoba, il avait beaucoup de difficultés avec les anciennes semences. « Avec l’ancienne semence, cela nous fatiguait puisque la pluie ne suffisait pas à ces semences. Parfois, avec ces anciennes semences, il y a des semis qui n’arrivaient pas à germer », regrette Alidou Tapsoba.

Alidou Tapsoba est producteur dans le Bazéga. Il avait beaucoup de difficultés avec les anciennes semences.

Les changements climatiques ont un grand impact sur l’agriculture car les producteurs peuvent faire face aux inondations, aux poches de sécheresse. Dr Josias Sanou est un  chercheur à l’INERA dans le  département environnement et forêt, spécialité écophysiologie-agroforesterie, que nous avons rencontré 15 juin 2022. Il  propose aux agriculteurs, la plantation des arbres dans les champs pour permettre l’infiltration de l’eau.

« Les arbres sont un facteur clé dans les recherches de solutions au niveau des changements climatiques. Il faut promouvoir l’agroforesterie, avoir plus d’arbres dans le champ. Ce qui va favoriser beaucoup d’infiltration en cas de fortes pluies et d’inondation et aussi en cas de sécheresse, les arbres sur le champ vont constituer un microclimat qui va maintenir un certain niveau d’humidité dans le sol pendant longtemps. Et ces champs vont ressentir moins la sécheresse que le champ où il y a moins d’arbres », explique-il.

Selon Dr Josias Sanou, l’émission de gaz carbonique entraine le réchauffement sur la  planète et ce sont les arbres qui emmagasinaient les gaz carbonique, qui récupéraient les gaz carbonique et qu’ils stockaient. Si le nombre d’arbres est réduit par la déforestation et il n’y a pas d’autres arbres plantés, il y aura des difficultés.

Une autre alternative pour faire face aux changements climatiques dans le domaine agricole, est le développement des villages climato intelligent. « Dans le village, toutes les activités seront menées en tenant compte des changements climatiques, dès le départ, on essaie de faire un état des lieux. Qu’est-ce qui a changé au niveau du climat, quelles sont les conséquences qu’ils ont actuellement ? Pour chaque conséquence, on essaie de mettre au point un paquet technologique qui permet d’atténuer l’effet de ces changements et aussi qui permettent aux populations de s’adapter, c’est-à-dire, pouvoir produire, vivre avec ce changement », explique Dr Josias Sanou.

Outre les semences améliorées et la plantation d’arbres dans le champ, les prévisions météorologiques avec conseils sont aussi un moyen que bénéficient les producteurs pour une campagne agricole satisfaisante. « Avant la campagne, on va faire des prévisions qu’on va partager avec les producteurs pour les situer sur le début de la saison, comment va évoluer la pluviométrie, jusqu’à une fin probable de la saison », ajoute le spécialiste en environnement et forêt, spécialité écophysiologie-agroforesterie.

Il faut promouvoir l’agroforesterie, de l’avis de Dr Josias Sanou.

Au niveau national, le Burkina a adopté plusieurs politiques sur l’environnement. Il s’agit de  l’adoption et la mise en œuvre de plusieurs cadres, instruments et outils tels que  le Document d’Orientation Stratégique (DOS) pour une croissance durable des secteurs de l’agriculture et de l’élevage, le Programme National d’Aménagement des Forêts (PNAF) et e Plan d’Actions sur les Changements climatiques.

Il existe des  initiatives pour l’atténuation. Il s’agit notamment de la réduction des gaz à effet de serre par la promotion des énergies renouvelables. Outre ces stratégies, le gouvernement, à travers l’Agence Nationale de la Météorologie qui observe, analyse, étudie et prévoit le  temps, du climat et des constituants atmosphériques de l’environnement. Ce qui permet aux producteurs de maitriser la saison.

Alice Suglimani THIOMBIANO

Faso 7

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