Burkina Faso : L’ITIE s’imprègne des réalités de la mine de Sanbrado

Le Secrétariat permanent de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (SP/ITIE) a organisé, du 12 au 16 juillet 2022, un voyage d’immersion sur le site de la Société minière de Sanbrado SA (SOMISA), dans la commune rurale de Boudry (Plateau-Central). Cette visite, selon les organisateurs, a pour objectif de permettre aux parties prenantes de l’ITIE de « s’imprégner des réalités de travail des sociétés minières ».

La Société minière de Sanbrado SA (SOMISA) est une société de droits burkinabè détenue à 90 % par West African Resources Limited (WAF), une société minière australienne, et 10 % par l’Etat burkinabè. Le permis d’exploitation a été octroyé par décret, le 13 mars 2017.

La mine de Sanbrado comprend à la fois une mine souterraine et une mine à ciel ouvert. Ses réserves sont estimées à 1,7 million d’onces (soit 21,6 Mt à 2,4g/t d’or), avec une production annuelle moyenne de 200 000 onces d’or.

Afin de vivre les réalités de cette mine, la dernière-née des mines industrielle au Burkina Faso, une délégation du Secrétariat permanent de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (SP/ITIE), accompagnée de journalistes, a séjourné dans la région du Plateau-centrale. Au cours de ce séjour, elle a rencontré les autorités locales, les populations riveraines de mine de Sanbrado et de visiter les installations de la mine.

La plus grande des cinq fosses de la mine de Sanbrado – © Faso7

Dans la salle des rencontres de la mairie de Boudry, la délégation a pu s’entretenir avec les autorités locales dont Moumouni Kéré, Préfet de Boudry et Christophe Bonkoungou, Secrétaire général de la Mairie de Boudry. « Nous entretenons de très bonnes relations avec la mine. Mais dans la conduite de certaines affaires, il arrive qu’il y ait des difficultés », a fait savoir le Préfet. Des difficultés, exemple a été pris sur le pont du village de Pousghin. Selon les populations, la construction de ce pont a occasionné des inondations dans des champs.

Le problème avait été résolu selon le Préfet par le Comité local de gestion des plaintes. « Mais il y a eu un problème de communication. Les populations avaient estimé qu’il fallait prendre durant trois années, voire 7 ans, le dédommagement estimé à plus de 5 millions de F CFA », narre M. Kéré qui précise que les exploitants impactés par les inondations ont été dédommagés par la mine. Incident clos !

En 2021, selon les responsables de la mine, 94 986 021 F CFA ont été injectés dans les investissements communautaires dont, entre autres, la construction d’une école à Sanbrado, la mise en place d’une entreprise de volaille de chair pour des orpailleurs, un don de kits à 10 groupements de femmes pour la saponification, un don de matériels médicaux aux Centre de santé et promotion sociale (CSPS) de Pousghin, Boudry, et Nédégo, et un don de fournitures de bureau à l’administration.

Moumouni Kéré, Préfet de Boudry – © Faso7

« Ils ont fait des jardins avec des pompes solaires pour les populations, des animaux ont été donnés aussi. En tout cas, au niveau des villages impactés, il y a pas mal de réalisations qui ont été faites. Ils mettent l’accent sur les villages impactés. Les agriculteurs ont été formés ici avec l’INERA (Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles du Burkina Faso, ndlr) sur les semences », a détaillé le Préfet.

Même s’il concède des efforts de la part de la mine, Moumouni Kéré note quelques hics notamment au niveau du recrutement du personnel de la mine. Un point qui a été aussi développé par des femmes des villages impactés que la délégation de l’ITIE a rencontrées.

Là aussi, en plus des griefs contre les recrutements, les plaintes sont légion. Au profit de ces femmes, plusieurs projets ont été menés en teinture, en saponification, en tissage, en couture. Mais cela ne semble pas être « assez » pour certaines.

« A Sanbrado, la mine a construit une école, c’est vrai. Elle a implanté un château d’eau. Mais à partir de 16 heures, on ne peut plus avoir de l’eau. Nous avons reçu aussi un périmètre pour le maraîchage, mais le manque d’eau nous a fait perdre de l’argent. Actuellement, la mine est revenue monter un château d’eau. On attend de voir ce que ça va donner », relate Rissanata Tapsoba, Présidente des femmes de Sanbrado.

Face à la délégation de l’ITIE, les femmes déplorent le non-recrutement des locaux dans la mine. « Ils disent que ceux qui ne sont pas qualifiés ne peuvent pas être recrutés alors que nous voyons des personnes non-qualifiées être recrutées. C’est cela qui nous fait mal. Nous sommes toujours informés après les recrutements, jamais avant », avance Rissanata Tapsoba.

Vidéo – Emploi locaux : La mine de Sanbrado et communautés impactées à couteaux tirés

La durée de vie initiale de la mine de Sanbrado est de plus de 10 ans, dont 6,5 ans pour l’exploitation souterraine. Dans ce sens, il est procédé sur le site à la réhabilitation progressive des fosses. Vu que la restructuration de la roche n’est plus reconstituable, la mine travaille à stabiliser les pentes et à terme, les fausses seront transformées en bassins. La mine rassure qu’elle contribue à près de 300.000 millions F CFA, au titre du Fonds de réhabilitation et de fermeture des mines.

Dans cette dynamique de réhabilitation, une pépinière avec un objectif annuel de 20.000 plantes a été aménagée sur le site de la mine. Une quinzaine d’espèces dont l’anacardier, le baobab, le néré sont cultivées depuis avril 2022. Celles-ci, selon la mine, seront utilisées lors des campagnes de reboisement sur le site et hors du site.

Christian Ouédraogo (Droite), Directeur des affaires corporatives de SOMISA – © Faso7

Joël Bama, inspecteur des Eaux et forêts et membre du Comité technique d’examen et de validation des Plans de réhabilitation des sites miniers juge « globalement satisfaisant pour un début », les efforts de la mine de Sanbrado. Par ailleurs, « les normes environnementales sont respectées par la mine », a fait savoir l’inspecteur des Eaux et forêts.

En rappel, cette immersion de l’ITIE sur le site de la Société minière de Sanbrado SA (SOMISA) vise à permettre à la délégation « de se familiariser avec les réalités » des mines. « Nous avons découvert les réalités d’une mine industrielle (…) Aujourd’hui, nous avons pu découvrir les différentes phases d’une mine industrielle et dans le cadre de notre travail qui consiste à solliciter des informations, des données sur la chaîne des valeurs, cela nous permettra de savoir ce qu’il faut demander lorsque nous faisons nos rapports », a déclaré le Secrétaire permanent de l’ITIE-Burkina Faso, Kanfido Onadja.

De l’avis du premier responsable de l’ITIE, « par rapport à la norme, elle est respectée surtout sur ce que nous avons pu regarder. Les différentes dispositions de la norme sont respectées », par la mine de Sanbrado.

Des différents problèmes entre les communautés impactées et la mine, Kanfido Onadja recommande le dialogue permanent. « Concernant les communautés, elles sont impactées. Chaque jour, ce sont des difficultés. Elles ont l’impression que tout ce qui leur arrive, c’est parce que la mine est venue s’installer. Vous pouvez constater que beaucoup d’efforts ont été faits, le soutien, il est permanent et continu dans le domaine du social ». A cet effet, depuis l’installation de la mine, des cadres de concertation au niveau communal et provincial et un comité de gestion des plaintes ont été mis en place.

La pépinière a un objectif annuel de 20.000 plantes – © Faso7

Les efforts de la mine de Sanbrado ont aussi été salués par le Préfet de Boudry, Moumouni Kéré. « Nous sommes conscients que la mine ne peut pas tout faire et avec ce que nous gagnons aujourd’hui, nous pouvons faire face à beaucoup de problèmes. Maintenant, c’est dans la collaboration qu’on pourra le faire ».

Du côté de la mine, Christian Ouédraogo, Directeur des affaires corporatives de SOMISA a indiqué que la visite leur permet de s’assurer que la mine répond aux obligations en termes d’attentes de l’ITIE. « Nous exerçons, mais il serait bon qu’une partie prenante externe puisse venir pour qu’on échange à bâtons rompus sur certaines insuffisances qui nous permettent aussi d’améliorer notre quotidien », a-t-il déclaré.

En rappel, la mine de Sanbrado est entrée en production le 5 mai 2020 et emploie au total, 1316 personnes. Par ailleurs, lors de son implantation, un Programme de restauration des moyens de subsistance d’une durée de 5 ans dans son ensemble a été mis en place au profit des 10 villages impactés dont Sanbrado, Roulghin, Sanbrado-Peulh, Pousghin, Noessé, Douré, Mamkarga-Peulh, Mamkarga-Traditionnel, Silmiougou et Pilaka.

Une photo de famille a sanctionné la fin de la visite sur la mine de Sanbrado – © Faso7

Ignace Ismaël NABOLE

Faso7

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