Son Excellence Gérard : «Il faut que les Burkinabè retournent vers le Burkina»

Artiste comédien, humoriste et acteur de cinéma. Depuis plus de 20 ans, il est sur scène. Plus connu sous le pseudonyme de Son Excellence Gérard, il est le directeur et le fondateur de l’espace culturel ‘’L’atelier du rire « . Ce cadre d’expression culturelle a pour objectif de promouvoir les spectacles d’humour et de former les jeunes humoristes. Lui, c’est Gérard Kiswendsida Ouédraogo. Pour ses spectacles d’humour, il s’inspire des faits de la vie quotidienne et aussi parfois la politique. Il a d’ailleurs marqué les esprits avec son imitation de la voix de Blaise Compaoré. Son Excellence Gérard était dans les locaux de Faso7, le 7 juillet 2022 pour parler de son actualité. Interview !

Faso7 : Comment se porte votre carrière ?

Son Excellence Gérard : Ma carrière se porte très bien. Depuis un certain temps, je me suis plus focalisé dans la formation et dans les projets. Vous avez pu remarquer que nous avons fini le projet de l’Union européenne et du Fonds de développement culturel et touristique, avec le projet ‘’A l’école du rire’’. Le projet ‘’A l’école du rire’’ a réuni plusieurs humoristes des régions et aussi des journalistes culturels.

Nous avons réuni des professionnels comme Prosper Compaoré, Ildevert Meda, Louka Fousy, le groupe Génération 2000, moi-même, et des intervenants ponctuels pour partager leurs expériences avec les jeunes humoristes et de former aussi tous ceux qui ont envie d’en faire un métier. Cette formation a duré 6 mois en raison de 4 sessions. Après, on les programme, ils font des restitutions pour montrer leur savoir-faire.

Ce projet va permettre aux humoristes d’avoir le b.a.-ba, et aussi respecter nos valeurs morales et autres afin de mieux se préparer pour affronter le grand public que ce soit sur le plan national, aussi bien qu’international. Cela est une occasion pour ceux qui sont dans les provinces de partager leurs expériences avec ceux qui sont là-bas et d’embrasser le métier de l’humour. Il faut se dire que depuis un certain temps, c’est Ouagadougou qui bénéficie de spectacle d’humour et de formation. Donc nous avons pensé à inviter les jeunes humoristes et à confirmer à venir apprendre et partager leur expérience avec les autres.

Vous savez bien que l’humour, dans l’art, on ne finit jamais d’apprendre et l’humour. C’est une question de génération. Donc, c’est bien que les aînés repartent collaborer avec les jeunes pour comprendre ce qui se passe, qu’est ce qui fait rire aujourd’hui à notre jeunesse et qu’est-ce qui peut faire rire l’ancienne génération. Il y a cet échange qui peut amener la nouvelle génération à tâter un peu ce que les aînées font et vice-versa.

Faso7 : Comment ces projets sont accueillis au niveau de la jeunesse ? Est-ce que vous sentez un engouement de la jeunesse à embrasser ce métier ?

Son Excellence Gérard : [Suivez la réponse dans cette vidéo]

Faso7 : Par rapport à vos projets, quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Son Excellence Gérard : Les difficultés que nous rencontrons avec nos projets, c’est d’abord la stabilité du pays qui ne favorise pas en termes de sécurité. Nous faisons nos formations, des spectacles et après, le public a vraiment envie de venir. Mais il en a qui sont retentissant pour venir dans les lieux publics.

Il y a aussi l’accompagnement de nos sponsors, puisque si les choses ne vont pas bien, si la sécurité n’est pas garantie, nos sponsors et les sociétés n’arrivent pas à faire un bon chiffre d’affaires, donc ça joue aussi sur les événements culturels, car ce sont eux qui sponsorisent les événements culturels. Donc, on a besoin de stabilité pour que les choses circulent bien.

Faso7 : Souvent, il y a des difficultés entre l’ancienne et la nouvelle génération. Est-ce que le courant passe entre ancienne et nouvelle génération ?

Son Excellence Gérard : [Suivez la réponse dans la vidéo]

Faso7 : Vous êtes sur la scène depuis les années 2000. Qu’est-ce qui a fondamentalement changé dans le domaine de l’humour au Burkina Faso ?

Son Excellence Gérard : Ce qui a fondamentalement changé, c’est l’approche du public vers l’humour. On peut dire que de plus en plus, c’est dans le quotidien du peuple burkinabè d’aller en famille suivre des spectacles d’humour. Quand j’ai créé l’Atelier du rire, aujourd’hui, c’est devenu un rendez-vous. Chaque mois, on fait un spectacle et c’est toujours plein. Cela veut dire que c’est rentré dans le quotidien des gens et quand il n’y a pas de spectacle, ils le réclament.

Donc, contrairement à avant où on ne pouvait pas facilement organiser des spectacles d’humour comme cela, il y a une évolution à ce niveau. Chaque mois, il y a des spectacles de l’humour, la jeunesse s’est lancée dedans pour faire un travail de fond, pour encore envoyer le public. Donc, c’est à nous de soutenir, d’aider, pour que le public ne reparte pas ailleurs.

Faso7 : Avec vos multiples casquettes, comment arrivez-vous à faire pour trouver le juste milieu ?

Son Excellence Gérard : D’abord, j’ai une formation de comédien de base et après, l’humour a suivi et ensuite le cinéma. Du coup, je suis entre ces choses. J’ai d’abord appris, je me suis formé, j’ai joué, et aujourd’hui, je forme et j’aide les gens à organiser leurs spectacles.

Pour moi, c’est une évolution, c’est normal. Il y a des étapes parce qu’il y a un moment où l’artiste apprend, des moments où il cherche à se faire connaître, et des moments où il doit faire sa propre formation et à un moment donné aussi, il faut qu’il apprenne à transmettre. Donc, nous sommes à cette étape de transmission et de préparer aussi la relève. C’est ça aussi être un artiste et suivre les échelons. Il ne faut pas passer tout le temps à jouer seulement sans un jour préparer le terrain pour que la génération puisse venir.

Si demain par exemple ton fils te dit qu’il veut devenir humoriste, qu’est-ce que tu as préparé sur le terrain pour qu’il puisse venir gagner sa vie et se faire respecter ? Donc, il faut penser à cela.

Faso7 : Mais par rapport aux réseaux sociaux, est-ce que vous êtes arrivé à vous adapter à cette évolution ?

Son Excellence Gérard : Non pas vraiment. C’est en route, parce qu’en tant que comédien de la scène, on a plus envie de voir le public en face. C’est comme ça et on a été formé pour ça. Le web, c’est bien sauf que l’artiste a besoin de son public, il a besoin aussi de rentabiliser, surtout en tant que directeur d’un espace culturel, j’ai envie que les gens viennent voir de la qualité.

Si on va servir les gens dans leur salon à tout moment, est-ce qu’après l’art vivant ne prend pas un coup. Mais je ne dis pas que les réseaux sociaux ne sont pas bien. Cela permet de faire connaître. Maintenant, il faut développer une sorte de mécanisme pour que ceux qui se lancent dans ça puissent avoir des ristournes et gagner leur vie.

« c’est à nous aussi de travailler pour aller vers des administrateurs culturels » – © Faso7

Faso7 : Dans le domaine de l’humour, est-ce que vous arriviez à capter l’attention des autorités ?

Son Excellence Gérard : D’abord, il faut reconnaître qu’il y a une organisation qui est là et parfois, c’est à nous, artistes, de travailler pour avoir les informations et de nous adapter à des canevas. L’Etat a mis en place un Fonds de développement culturel et touristique où dernièrement, nous avons bénéficié de 24 millions F CFA pour faire un projet de formation et de diffusion.

Maintenant, si tu as un projet, il faut bien monter les idées, et aller postuler. Le problème qui se trouve actuellement au niveau des artistes est qu’ils sont bons sur scène. Mais, monter un projet constructif, c’est aussi une autre chose. Et ça, il faut se le dire, ce n’est pas aisé de monter des projets du début jusqu’à la fin pour certains artistes.

Du coup, c’est à nous aussi de travailler pour aller vers des administrateurs culturels qui vont nous canaliser, organiser nos idées, nos projets, et les soumettre parce que l’artiste ne peut pas tout faire. Il faut associer des gens qui sont forts en communication, en administration, toute une équipe. En ce moment, l’artiste travaille l’année, 12 mois sur 12, et sans problème.

Sinon après facilement, on va tomber dans la facilité, c’est-à-dire courir voir les Hommes politiques et parfois, certains deviennent des personnes de courses. Après, tu peux facilement perdre ta personnalité et ne plus être libre dans ta créativité. S’il y a des fonds où les artistes peuvent monter des projets et soumettre, ça veut dire qu’ils auront la langue libre pour dire ce qu’ils pensent.

« Il faut penser aussi à aller apprendre d’autres langues telles que l’anglais » – © Faso7

Faso7 : Quelle a été la pire expérience que vous avez vécue en tant qu’humoriste ?

Son Excellence Gérard : Ce que j’ai vécu et qui m’a vraiment fatigué, et ce n’est pas de ma faute aussi, c’est la situation nationale. Quand tu te bats, tu rassembles tes petits fonds, ainsi que les soutiens des uns et des autres pour organiser un spectacle, tu arrives même à payer les billets d’avion de certains amis humoristes, collègues qui doivent descendre et le jour ou la veille, on te dit qu’il y a coup d’Etat ou bien un attentat, tout doit être annulé, mais il n’y a personne pour rembourser cela.

Je peux dire que cela a beaucoup contribué à me faire chuter financièrement (rires) dans mon domaine. J’ai organisé plus de deux spectacles comme ça et cela a coïncidé avec des événements du pays. Ce que les gens peuvent te dire, c’est du courage. Or, pour repartir à zéro chercher des fonds et organiser encore, c’est compliqué. Ce sont ces événements qui m’ont un peu tapé.

Mais quand on pense positivement, quand on va loin, on peut tolérer et puis repartir sur une bonne base parce qu’il y a des gens qui ont perdu la vie. Il faut tenir compte de cela. Il ne faut pas voir seulement les moyens financiers que vous avez perdus, mais il faut compatir aussi à la douleur de ceux qui ont perdu des parents.

Faso7 : Et quels sont les meilleurs moments que vous avez vécu ?

Son Excellence Gérard : En tant qu’humoriste, le meilleur moment que j’ai vécu, c’était au Danemark quand je suis parti pour un festival et qu’il fallait traduire le sketch en anglais alors que je ne parle pas bien l’anglais.

Ils ont envoyé le billet, tout, l’invitation et on me dit que mon sketch doit être en anglais. Il fallait que je me mette en création pour maîtriser mon sketch et aller jouer. Effectivement, j’ai fait appel à des amis qui m’ont encadré en anglais, sur la diction, la reformulation et tout. Arrivé au spectacle (rires), j’ai bien joué. Les gens ont aimé, ils ont compris. Mais quand ils sont venus pour échanger avec moi dans les coulisses et faire les interviews, mon anglais n’était pas… (rires). C’était un francophone (rires).

Cela m’a beaucoup marqué et nous rappelle aussi que l’artiste, si tu peux aussi traverser les frontières, il faut penser aussi à aller apprendre d’autres langues telles que l’anglais. Mon rêve est que les humoristes burkinabè puissent aller jouer aussi dans les pays anglophones.

En tant qu’acteur de cinéma, je peux dire que jusqu’à présent je n’ai pas de pires moments. Dans le cinéma, je n’ai pas encore rencontré de difficultés. C’étaient des moments heureux, d’apprentissage, de rencontres.

Faso7 : On ne vous a pas encore refusé un cachet ?

Son Excellence Gérard : Ça, c’est fréquent. Tu ne peux pas être acteur au Burkina Faso et ne pas un jour courir derrière ton cachet parce qu’avec certains, le cachet de l’artiste est quelque chose qui vient en dernière minute dans le budget. C’est quand ça va qu’on pense parfois à régler ça (rires). On a tous souffert, on est passé par là. Il y a des gens, jusque-là, qui ne nous ont pas encore payé, mais la vie continue (rires).

Faso7 : Quel est votre message à l’endroit des Burkinabè qui vit actuellement une insécurité grandissante ? 

Son Excellence Gérard : [Suivez la réponse dans la vidéo]

Interview réalisée par Ignace Ismaël NABOLE et Estelle GUIRA (Stagiaire)

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