Pr Basile Guissou : « L’ Afrique n’a besoin de personne pour se développer »

Le Forum Ditanyè a organisé ce vendredi 3 juin 2022, à l’Université Joseph Ki-Zerbo, une conférence publique sur le thème, « Regard critique sur les rendez-vous manqués de la démocratie : Comment construire les institutions qui répondent aux aspirations des Burkinabè ?».

Dans le but de paramétrer un système politique et institutionnel qui rassemble et qui répond aux aspirations du peuple burkinabè, le Forum Ditanyè, en tant que cadre de concertation et de réflexion a initié une conférence publique sur le thème : « Regard critique sur les rendez-vous manqués de la démocratie : Comment construire les institutions qui répondent aux aspirations des Burkinabè ?».

Tour à tour, les communicateurs ont développé des sous thèmes en rapport avec le thème principal. Le Pr Basile Guissou a fait une présentation sur la « Critique politique des institutions et de leurs animateurs au Burkina Faso ». Pour lui, le Burkina Faso est une nation constituée mais n’arrive pas à concilier son état postcolonial  en déconstruisant l’État néocolonial. Pour lui, « un Etat endogène est possible au Burkina Faso ».  « L’Afrique n’a besoin de personne pour se développer. Encore moins d’argent », a-t-il martelé haut et fort.

Il a par ailleurs déclaré que la langue française est un frein pour la communication avec  les populations. Elle a instauré un interdit de dialogue avec les citoyens, selon ses explications. « Le fait de maintenir la langue française interdit le dialogue avec le peuple. Le peuple est ignorant de la langue française. (…) Il n’y a pas 3% des 22 millions de Burkinabè qui possède une maîtrise de la langue française égale ou supérieure au niveau BEPC (…). Tu parles français, tu fais la publicité du Français,  tu valorises le Français, tu glorifies le petit Français », a lancé le Pr Basile Guissou.

Nos étudiants ne pensent pas et n’écrivent pas en français. Ils pensent en Dioula, en Fulfuldé, en Mooré, en Gourmantché et ils tentent après de traduire et écrire en français. Cela donne ce que ça donne que je trouve être du mauvais français (…).

Nous sommes tous en danger et seule notre intelligence collective peut éclairer notre marche  vers un lendemain meilleur.

Pr Basile Guissou

De son côté, Dr François D’Assise Palm s’est intéressé aux problématiques actuelles du Burkina Faso. Pour lui, il faut trouver un terrain d’entente sur les notions telles que l’ethnie ou la communauté pour penser un véritable développement.

« Construire une conscience nationale, ça veut dire qu’au-delà de toutes ces appartenances religieuses, confessionnelles et ethniques, nous puissions nous sentir Burkinabè d’abord. Chaque Burkinabè revoit l’autre Burkinabè comme un Burkinabè, comme un frère. Et c’est dans cette mesure que nous pourrons travailler ensemble pour le pays », a-t-il martelé.

« Le fait de maintenir la langue française interdit le dialogue avec le peuple », (Pr Basile Guissou )

Le Pr Jacques Nanema est revenu sur le rôle de l’État. Il a indiqué que la confiance du peuple doit se mériter du côté de l’État. « Aux yeux d’un grand nombre de citoyens burkinabè, l’État apparait comme notre père terrestre vers qui nous nous tournons pour garantir notre survie face aux difficultés multiformes de la vie », a-t-il ajouté. Selon ses propos, le citoyen burkinabè attend un salut miraculeux car il cherche à cacher son « impuissance collective ». Il a appelé alors à se mettre en action au lieu d’attendre tout de l’État.

La politique n’est-elle pas une arène de mensonge, de perversion des âmes, des esprits … ?

Sur le comportement des Hommes politiques, il a indiqué que « le politique est le miroir même de la société (…)  chaque société a les Hommes politiques qu’elle mérite ». « Les Burkinabè ne sont pas des êtres parfaits. Les Burkinabè ne sont pas des anges (…). Ils sont comme les humains d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui avec des défauts et des qualités. Ils sont des êtres en apprentissage continu », a-t-il martelé.

Le Pr Jacques Nanema se pose alors la question de savoir si « la politique n’est-elle pas une arène de mensonge, de perversion des âmes, des esprits et des consciences où la manipulation fait loi, où la ruse tient lieu d’intelligence ? ».

Il faut noter qu’au cours de cette conférence, le Forum Ditanyè a lancé un appel pour la constitution d’un front patriotique pour un sursaut d’intelligence collective et de mobilisation autour d’un pacte républicain et d’un nouveau contrat social. Et ce, afin d’éviter au Burkina Faso de replonger dans un vide « transitionnel aux conséquences historiques gravissimes ».

Lazard KOLA

Faso7

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