Francis Kéré, au service des communautés

Une soirée pleine d’anecdotes (antérieures et postérieures) au Prix Pritzker. C’est ce à quoi ont eu droit les invités de la soirée d’hommage à Diébédo Francis Kéré qui « rend très fier d’être Burkinabè dans ce moment difficile. »

Le directeur de l’Institut FREE Afrik a assisté à la cérémonie officielle de remise du Prix Pritzker (Nobel d’architecture) au lauréat Diébédo Francis Kéré. De retour au Faso, avec le Kanazoe Group, l’Institut a offert un cocktail pour lui rendre hommage, le 2 juin 2022. 

Et comme il fallait s’y attendre, c’était l’occasion pour les invités de découvrir qui est l’homme au travers d’anecdotes. C’est le cas de celle racontée, lors d’une soirée privée à Londres, par un artiste réalisateur ghanéen qui a fait le rapprochement entre le brillant architecte Kéré et le « jeune capitaine qui révolutionne tout ».

Avec ses confrères présents au FESPACO en 1987, celui-ci n’avait pas non plus de réponse à la question « vous artistes, quel est le continent de demain que vous nous proposer, quelle Afrique allez-vous inventer qui ne soit pas une copie mais l’Afrique dans son temps moderne, décomplexée ?» par le président Thomas Sankara. Trente-cinq ans plus tard, il voit en l’œuvre de Kéré du Sankara.

Sankara en arrière-plan invitant à continuellement « oser inventer l’avenir »

Dr Ra-Sablga Ouédraogo était à cette soirée privée. Lui a compris les raisons qui sous-tendent l’argument de l’artiste. C’est d’abord celle de l’écologie et de la préoccupation environnementale et écologique si chères à Sankara, « grand pionnier de cette question avant l’heure » et que l’on retrouve au cœur du travail de Francis Kéré.

C’est ensuite cet attachement au vécu des communautés parce que c’est pour elles et vers elles que tout engagement doit être orienté. C’est même de là que l’architecte et l’économiste-chercheur se sont retrouvés à l’occasion d’une conférence visant à mettre les mines au service des communautés.

Leur choix de combat, comme ce fut le cas pour Sankara, n’a pas pour but de « servir les plus défavorisés en les considérants comme des miséreux » ce qui reviendrait à avoir « une conception misérabiliste » de celles-ci. Là encore, l’architecte se distingue par fait qu’il croit fondamentalement que « le confort doit être à la portée de tous y compris des plus pauvres».

Le dernier élément qui s’incruste dans la seconde raison, c’est celui qui consiste à mettre les communautés (locales, rurales) au début et à la fin de toute politique publique et donc en les prenant entièrement en compte ce qui implique les associer dans la recherche de solutions.

L’implémentation sous le Conseil national de la révolution a donné les cités de la révolution avec les communautés qui ont fait les briques utilisées pour bâtir. Exactement comme l’a fait M. Kéré avec « l’école pionnière que Francis, étudiant déjà, avait fait dans son village natal à Gando. »

Parcourir le monde avec le Faso en bandoulière

L’architecte travaille avec « des gens fous » au regard de leur requête en matière d’architecture aussi bien en ville que dans les campagnes. Pas uniquement celles du Burkina Faso où il a fait construire des infrastructures communautaires mais également dans des pays comme aux Etats-Unis où « c’est en campagne qu’il y a la richesse de ces nations » et où, « les paysans sont tenus en compte» car dit-il, « c’est eux qui vont démontrés un gouvernement va tomber». Et le natif de Gando de s’interroger « Mais, qu’en est-il de nos parents au village ? ».

Et s’il a choisi de faire bâtir des écoles hors des grandes agglomérations urbaines, c’est parce qu’il a « voulu donner ce qui va rester, perdurer plus que nous » car « c’est l’école qui va éduquer des enfants qui vont encore éduquer d’autres gens».

  1. Kéré a fait part du « grand respect [qu’il a] pour tous ceux qui restent dans ce pays et qui œuvrent, qui subsistent mais qui réussissent». Et même s’il vit en Allemagne où « la bière est bonne(rire du public) », le nouvellement fait Commandeur de l’Ordre de l’Etalon par le Chef de l’Etat n’oublie pas sa patrie qu’il souhaite voir apaiser afin d’y venir avec ses amis de même que ces millions de jeunes à travers le monde qui veulent découvrir le Burkina Faso.

Jusqu’à ce qu’il fasse la fleur à l’Institut FREE Afrik en offrant de construire sa première œuvre dans la capitale, le lauréat du Prix Pritzker n’avait d’yeux que pour les périphéries. C’est ainsi qu’en plus des écoles, lieux d’apprentissage et d’acquisition du savoir, Francis Kéré créé en ce moment des paysages à découvrir à Léo (achevé), Koudougou et Gando.

« Moi je suis absolument très fier, parce que dans nos politiques publiques, tout commence à Ouagadougou pour les privilégiés et après on va à Gando, à Koudougou, Laongo, Dano », a déclaré Dr Ra-Sablga Ouédraogo qui a terminé par son espérance de voir que « le pays va faire un hommage réel à Francis en lui confiant une œuvre réellement à sa hauteur pour qu’il puisse vraiment impacter la réalité ici et le monde».    

Sogo Sogo SIMBO      

Correspondance particulière

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Un commentaire

  1. Vivement que les souhaits du Dr soit
    une réalité et que les plus jeunes puissent profiter de l’expérience et l’expertise de l’homme.Francis KERE est désormais tout un symbole pas seulement pour le Burkina mais pour l’Afrique tout entière et le monde en général….

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