Sécurité au Burkina Faso : «J’ai foi que d’ici la fin de la Transition, il y aura une satisfaction» (Pascal Zaïda)

Pascal Zaïda est membre de l’Assemblée législative de Transition (ALT). Siégeant pour le compte de la société civile, il a répondu aux questions de Faso7 le vendredi 20 mai 2022. Plusieurs sujets ont été abordés dont le bilan de la Transition, la dépolitisation de l’administration publique burkinabè et les émoluments des membres de l’ALT.
Faso7 : Quelle appréciation faites-vous de vos premières semaines à l’Assemblée législative de transition ?
Pascal Zaïda : Lors de notre installation, j’avais déjà une préoccupation sur comment réussir cette mission dans une situation particulière, qui est donc celle de contribuer à restaurer et à sauvegarder l’intégrité du territoire, mais aussi sortir le pays de ce désastre que nous avons vécu durant un bout de temps.
Contrairement à certaines personnes, après notre prise de fonction, j’avoue que j’ai eu beaucoup de soucis par rapport à cette mission qui nous a été confiée. La population est impatiente, et elle attend des résultats.
Au-delà de toute passion, au-delà de toute considération, c’est la détermination, l’engagement et le courage des uns et des autres et surtout l’amour pour la patrie qui nous anime pour que nous puissions réussir. C’est vrai que certains voyaient en cette occasion un moment de joie ou de réjouissance.
Pour ma part, je suis particulier, je ne cesse de le dire à qui veut l’entendre, la situation dans laquelle nous sommes, il faut que les gens comprennent que nous ne sommes pas dans une législative normale. Nous sommes plutôt dans une législative exceptionnelle. Il faut vraiment donner de la compétence à tous ceux qui ont le courage pour faire avancer les choses.
Lorsque vous êtes là pour apprécier l’Exécutif et c’est le même Exécutif qui va fixer vos émoluments, à quelque part, il y a contradiction.
Faso7 : Est-ce que la pratique est différente de ce que vous avez appréhendé dès le départ ?
Pascal Zaïda : Vous savez que pour le moment, il n’y a pas eu grand-chose au niveau de l’hémicycle. En dehors des formations sur le fonctionnement de l’Assemblée nationale, même en ce qui concerne les différents projets de loi, à ce jour, nous n’avons pas encore eu en plénière, un projet de loi à voter et à débattre en dehors d’une question orale adressée au ministre de la défense, au ministre de l’administration territoriale la semaine dernière.
Pour le moment, les projets de loi son en examen dans les différentes commissions, également l’enquête se poursuit. Afin que ces dossiers soient transmis donc en plénière. On n’a pas encore vécu cette première expérience, mais toujours est-il que nous sommes impatients de voir sur la table des députés, des lois, qui vont donc être adoptées au profit de la nation, au bénéfice du peuple burkinabè.
Maintenant ce que je peux dire et j’insiste là-dessus, toute loi qui viendra sur la table, même si nous sommes minoritaires, si cette loi vient contre l’intérêt suprême de la nation, évidement, nous allons nous y opposer. Nous allons également passer par tous les moyens pour que la population sache qu’il y a quelque chose de mauvais qui veut passer et que nous sommes opposés.
Pour ça, nous sommes catégoriques. Peut-être que cette prise de position, c’est vrai que certains estiment ne pas comprendre Zaïda mais je pense que nous sommes dans une dynamique constante qui est celle d’œuvrer pour un lendemain meilleur pour l’ensemble des citoyens burkinabè.
Faso7 : Il y a eu cette polémique autour de la rémunération des membres de l’ALT. Est-ce que, selon vous, le débat autour du mandat gratuit était pertinent ?
Pascal Zaïda : J’ai eu l’occasion de le signaler. J’ai pratiquement travaillé cadeau pour le Burkina Faso en termes d’éveil de conscience, en termes de la défense et de la promotion de la patrie, je me sens à l’aise, je me défends de ma manière pour que des citoyens puissent donc comprendre.
Pour revenir donc à votre question, je pourrai vous dire que même ce matin (du vendredi 20 mai 2022, ndlr), lors de la séance de formation, j’ai posé la question : ‘’est-ce que le décret fixant les émoluments est disponible oui ou non ? Il est confidentiel ?’’.
Jusqu’à l’heure où je vous parle, personnellement je n’ai pas connaissance du décret qui fixe les émoluments mais on ne peut pas encore empêcher les uns et les autres de parler parce que à la date d’aujourd’hui, il faut savoir que nous avons déjà un budget qui a été adopté, qui a été voté sur la base d’une législature normale de 127 députés qui est revenue à 71. Du coup, il y a un excédent budgétaire par rapport à la législature actuelle.
Mais cela n’empêche, dans une situation exceptionnelle telle que cette période difficile, qu’il y ait des sacrifices de la part des uns et des autres. Mais je peux vous dire que, personnellement, je n’en fais pas un débat, que le mandat soit gratuit ou du moins qu’il soit rémunéré peut-être de façon forfaitaire ou du moins également à une somme je ne sais quoi, en tous cas pour moi, c’est l’intérêt suprême de la nation qui prime.
Tout ce qui va être fait pour le pays, je suis pour cela. Maintenant, c’est peut-être de façon discriminatoire des actes ou des actions qui viendront peut-être à entraver soit la bonne marche de l’institution ou du moins à vouloir priver certains citoyens de leur droit. A ce niveau naturellement nous n’allons jamais laisser passer cela.
C’est vrai qu’il y a une contradiction entre la Constitution et la Charte. Lorsque vous êtes là pour apprécier l’Exécutif et c’est le même Exécutif qui va fixer vos émoluments, à quelque part, il y a contradiction.
Maintenant, c’est vrai que lors des Assisses nationales, le débat qui est passé comme une lettre à la poste parce que les gens n’ont pas fait une analyse profonde, mais l’un ou l’autre, que ce soit le président de la république ou le président de l’ALT, chacun saura prendre la mesure ou la taille de la charge que chacun aura à accomplir.

Faso7 : Si nous résumons bien, jusqu’à présent, Pascal Zaïda ne sais pas combien il touchera par mois étant membre de l’Assemblée Législative de Transition ?
Pascal Zaïda : A l’heure où je vous parle, je peux vous garantir que je ne suis au courant de rien. Et j’ai posé la question ce matin (du vendredi 20 mai 2022, ndlr).
Faso7 : Tantôt vous parliez de la sauvegarde et de l’intégrité du territoire, est-ce que vous avez des propositions de loi qui vous tiennent à cœur, que vous comptez exposer à l’ALT ?
Pascal Zaïda : Oui, nous avons des propositions de loi. Mais pour ce qui concerne la question de sécurité, il faut savoir que cela relève de la Grande muette. Et n’importe quel civil ou citoyen quelle que soit sa bonne volonté, ce sera difficile d’apporter sa contribution entrant dans ce sens.
Du reste, que ce soit sur la question foncière, la question alimentaire, la question minière, et même la question de la santé, naturellement, nous avons beaucoup de préoccupations et nous allons nous faire entendre non seulement travers des questions orales, mais aussi à travers des propositions de loi.
Dans tous les cas, tout ce que nous allons poser comme actes sera vu et connu de tous.

Faso7 : Que répondez-vous à ceux qui pensent qu’une Assemblée législative n’était pas nécessaire et qu’il fallait laisser le président gouverner par ordonnance ?
Pascal Zaïda : Tout est possible du moment où c’est un coup d’Etat. Un coup d’Etat dans un Etat de droit est anticonstitutionnel, il faut le reconnaitre. Mais pour faire face aux sanctions de la communauté internationale, il fallait se doter d’une forme de parlement pour légiférer.
Le débat étant lancé, c’est vrai que les autres, chacun dit ce qu’il pense, c’est normal, mais il y a la réalité. On pouvait faire fonctionner ce pays par ordonnance c’est vrai, mais ce temps est révolu. Quand vous voulez entrer dans le concert des nations, il faut, ne serait-ce que faire semblant de cooptation ou un semblant d’organisation afin qu’on puisse être toléré.
Si non pour ma part, dès qu’il y a eu le coup d’Etat, si on n’avait même pas besoin d’un parlement, la question allait être posée. Que ce soit les autres pays, la Guinée ou le Mali, ce même parlement existe. C’est vrai que ce n’est pas un mandat électif, mais comme ce sont des propositions qui répondent aux différentes couches de la société, on peut se dire que ça peut passer. C’est vrai que les gens continuent de parler, mais c’est ça aussi qui fait la démocratie, parce qu’un Etat sans contradiction ou une démocratie sans contradiction, cette démocratie n’existe pas.
Pour le cas de notre pays, je pense que comme les gens aiment le dire, c’est le goût du plat qui fait avancer le tabouret. Plus les gens animent le débat, plus ça permet aux décideurs de se corriger, de changer et de s’améliorer.
Faso7 : Mais ne tendons-nous vers pas ce style de gouvernance, puisque le gouvernement a adopté un projet de loi qui permet de procéder par ordonnance pour le domaine de la défense, projet qui sera d’ailleurs soumis à l’Assemblée ?
Pascal Zaïda : Non ! Pour la question sécuritaire, je pense que tout ce qui pourrait être fait pour améliorer, l’élément moteur d’ailleurs même qui nous a conduits à cela, il faut l’accepter. L’essentiel est que ça puisse aller dans le bon sens, parce que vous avez le théâtre de commandement qui est hors hiérarchie. A ce niveau, il faut prendre des ordonnances pour donner donc un mandat aux troupes d’agir.
Vous avez également le Conseil d’orientation et le suivi de la Transition qui sera bientôt mis en place, qui est aussi hors hiérarchie. Lorsque vous avez des institutions hors hiérarchie, il n’y a que par ordonnance que certaines choses peuvent être faites. Si c’est le domaine de la sécurité, je crois qu’il n’y a aucun problème à mon avis.
C’est quand peut-être il y aura des exactions, notamment des entraves sur la question de la liberté, surtout la liberté d’expression, c’est à ce niveau qu’il faut regretter. Mais je pense que pour sur cette question, notamment ces questions qui seront prises par ordonnance, iront dans le sens de la Grande muette qui pourrait contribuer donc à améliorer la situation sécuritaire dans notre pays.
Faso7 : D’accord. Dites-nous, quelle appréciation faites-vous des 100 premiers jours de la Transition ?
Pascal Zaïda : [Suivez la réponse dans la vidéo]
Faso7 : Actuellement l’on remarque qu’il y a beaucoup de critiques envers la Transition. D’aucuns n’hésitent pas à affirmer que la confiance tend à s’effriter. Avez-vous la même impression ?
Pascal Zaïda : Non. Je l’ai souligné avec certaines autorités. C’est vrai qu’il y a un déficit de communication de la part du gouvernement. Il y a la communication politique qui manque, il y a la communication sociale qui manque, pour la communication militaire, c’est un autre volet.
Dans un pays comme le Burkina Faso où les gens vivent de l’actualité, il faut le mécanisme juste et exact pour communiquer. Vous ne pouvez pas empêcher, il y a des gens qui apprécient donc le MPSR et il y a aussi des personnes qui ne sont pas d’avis. Donc, vous ne pouvez pas les empêcher de ne pas mener une communication pour saper votre action. A ce niveau, c’est de bonne guerre mais ce qui importe ici, c’est le résultat final.
Quant à la question de la rémunération des membres du gouvernement et autres, vous savez, tout est vu au Burkina Faso, tout est critiqué. Pour un travail aussi sensible dans une période exceptionnelle comme la situation que nous vivons aujourd’hui, il est vraiment difficile d’apprécier de façon objective, toute action allant dans le sens d’une amélioration des conditions de vie de la population et surtout ceux pour quoi nous sommes dans cette Transition. Que le bulletin du président du Faso soit rendu public par les médias, personnellement j’ai condamné cela. C’est la première fois qu’on voit le bulletin d’un chef d’Etat qui est dans la rue.
Pourtant, nous n’avons jamais vu un fonctionnaire brandir son bulletin de salaire à ses amis ou à sa famille biologique. Ce qui est secret est sacré. Du reste, que les émoluments fixés pour le président du Faso soient élevés ou peu, je n’ai jamais vu le bulletin du président Rock Marc Christian Kaboré, ni le bulletin du président Blaise Compaoré, moins de Michel Kafando ou de Isaac Zida. Si on avait conscience de ces bulletins, on pouvait donc apprécier. Maintenant qu’on parle de rappel de trois mois et autres, vraiment quand on n’a pas les éléments objectifs en main, il est difficile d’apprécier.
Dans tous les cas ce que nous voulons, c’est les résultats sur le terrain. La sécurité n’a pas de prix au Burkina Faso et quel que soit ce qu’il faut faire pour que la sécurité revienne, il faut avancer dans ce sens.
Faso7 : ‘’La sécurité n’a pas de prix’’ dites-vous. Dans ce sens, des Burkinabè appellent à une réorientation des partenariats notamment en se rapprochant de la Russie au détriment de la France. Une option selon vous ?
Pascal Zaïda : [Suivez la réponse dans la vidéo]
Faso7 : En somme, vous avez foi en la réussite du Président Damiba…
Pascal Zaïda : J’ai foi à la réussite de la question sécuritaire. Ça c’est leur leitmotiv. La question sécuritaire, j’ai foi que d’ici la fin de la Transition, il y aura une satisfaction.
Dans tous les cas, nous nous sommes comme une boussole, mais comme aussi comme une police. Si au fur et à mesure nous diagnostiquons sur le terrain qu’il y a des indicateurs objectivement vérifiables, qui montrent que telle ou telle chose n’avance pas, évidement, nous allons donner l’alerte et interpeller les premières personnalités concernées afin qu’on change le fusil d’épaule pour avancer.
Faso7 : Le gouvernement a entrepris une dépolitisation de l’administration. A contrario, des citoyens dénoncent une militarisation de celle-ci. Que pensez-vous de ce sujet ?
Pascal Zaïda : [Suivez la réponse dans la vidéo]
Faso7 : Nous sommes à la fin de notre entretien, avez-vous un dernier mot ?
Pascal Zaïda : Je pense que notre souci aujourd’hui c’est de demander à nos frères et sœurs militaires surtout de regarder dans le rétroviseur. Il faut corriger un peu le tir afin que nous puissions progresser de façon satisfaisante.
C’est vrai qu’aujourd’hui, beaucoup d’efforts sont fournis mais beaucoup reste à faire. Quand on regarde la qualité des hommes qu’on a sur le terrain notamment, je parle de l’administration et même la donne politique, je demande à ce qu’on révise nos positions pour s’ouvrir une vanne pour un développement durable, pour terminer la mission qui est la réussite de la Transition.
Interview réalisée par Ignace Ismaël NABOLE
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