Lutte contre le terrorisme : «Ce n’est pas seulement au front que nous pouvons lutter» (Hermann Somé)

Hermann Somé est le nouveau Président de l’Association des Burkinabè de New-York (ABNY) qui regroupe plus de 1 000 membres. Elu pour un mandat de 2 ans, M. Somé est soutenu par un bureau composé de 14 membres. Le mercredi 20 avril 2022, il s’est prêté aux questions de Faso7 dans le cadre d’une interview.

Faso7 : Vous avez été porté à la tête de l’ABNY. Quels sont vos projets pour cette communauté ?

Hermann Somé : Les projets que nous avons, c’est déjà faciliter l’intégration de la communauté dans le système américain, trouver des voies et moyens pour un épanouissement économique de la communauté et faire la promotion de la culture burkinabè aux Etats-Unis. La facilitation à l’intégration sera un peu plus légale où nous allons avoir une assistance dans le processus d’immigration et faciliter les gens à transiter de sans papiers à papiers et aussi créer des canaux de renseignements et de conseils dans les lois d’immigration avec une assistance légale en partenariat avec des avocats.

Aussi, au niveau de l’épanouissement économique, nous allons nous accentuer sur la promotion de l’entrepreneuriat. Cela veut dire la création d’entreprises qui peuvent aussi embaucher d’autres Burkinabè. Nous allons voir aussi l’accès aux financements et au mentor chip.

L’intégration professionnelle, nous avons remarqué aussi qu’il y a beaucoup qui ont un niveau intellectuel élevé mais qui se retrouvent à ne pas pouvoir s’orienter dans le système professionnel. Donc aussi là-bas, nous allons entrer en partenariat avec des compagnies qui pourront embaucher directement dans la communauté, aider les gens dans la rédaction de leur Curriculum vitae (CV) et les préparer aux différents rendez-vous. Nous allons aussi créer un réseau de travailleurs pour faciliter les références d’embauches.

Au niveau des études avec les élèves, nous allons mettre en place un système où entre eux, ils pourront s’enseigner, se donner des cours de maison dans les différentes matières où les uns et les autres ne seront pas qualifiés. Il y a les licences professionnelles et examens, on va aider les gens à se préparer pour pouvoir passer ces licences-là facilement.

Au niveau culturel, c’est la promotion culturelle. On n’a un programme pour la promotion des artistes et de la culture burkinabè aux Etats-Unis.

Faso7 : On voit que c’est un programme assez vaste. Le mandat de votre bureau est de deux ans. Dans ce laps de temps, pensez-vous pouvoir dérouler votre programme ?

Hermann Somé : La réalisation de ce programme ne va pas prendre tous les deux ans puisqu’il faut mettre en place les bases. Une fois que la structuration est là, après les deux ans, ceux qui vont venir auront seulement à consolider ça et promouvoir ce programme s’ils trouvent que c’est nécessaire. Sinon, c’est la structuration et on a le potentiel. Il y a assez de ressources. Maintenant, c’est arriver à convaincre les uns et les autres de s’engager. C’est surtout ça le problème.              

Faso7 : Mais généralement, quelles sont les principales difficultés que vivent les Burkinabè qui résident à New-York ?

Hermann Somé : Les difficultés sont d’ordre légal surtout et aussi le blocage de la langue, c’est-à-dire, la barrière linguistique. Au niveau de la légalité, certains sont, comme je le disais, qualifiés. Ils ont un niveau éducatif assez élevé, mais le fait qu’ils ne sont pas dans la légalité dans le système américain, ils ne peuvent pas prétendre à une intégration économique et professionnelle un peu stable. Donc, ils se retrouvent à faire des activités qui ne sont pas forcement à leur niveau de vie, ce qui peut créer des frustrations psychologiques internes.

La barrière linguistique fait aussi que les uns et les autres prennent du temps à apprendre la langue anglaise parce que nous sommes beaucoup entre nous et les gens parlent toujours le français et les langues traditionnelles au lieu de parler l’anglais. Ça fait que l’intégration au niveau de la langue prend du temps. Sinon, la communauté est assez sociale, les gens sont assez soudés et se retrouvent pour se soutenir.

Le Bureau de l’Association des Burkinabè de New-York (ABNY) – © DR

Faso7 : Mais dites-nous, combien de personnes compte l’association actuellement ?

Hermann Somé : Présentement, nous sommes à plus de 1 000 membres, mais nous estimons la communauté à plus de 10 000 personnes. Nous sommes toujours en cours d’enrôlement. Cela est aussi dû à ce que dans le passé, il y avait le désintéressement dans le système associatif, à s’engager dans la communauté. Mais nous avons remarqué que la communauté a changé de cap.

Il y a beaucoup de jeunes qui ont immigré présentement à New-York, aux Etats-Unis, et qui ont d’autres visions de leur immigration, de leur statut. Ils sont beaucoup plus actifs et nous croyons que c’est le moment de retransformer l’association pour répondre à ce besoin, à leurs intérêts et pour faire que nous puissions aussi engager plus de personnes dans le système associatif.

F7- De votre mandat, pouvez-vous intervenir aussi si un Burkinabè ne qui réside pas à New-York est dans le besoin ?

Hermann Somé : On le fait souvent et les autres associations aussi le font. C’est vrai que nous sommes une association de New-York, mais nous le faisons souvent en partenariat avec les autres associations. Si on nous contacte pour un Burkinabè qui est dans les difficultés dans un autre Etat, nous essayons de voir si les Burkinabè dans cet Etat sont déjà organisés en association. S’ils le sont, on essaie de travailler en partenariat avec eux pour assister notre frère.

De la même manière, si on a un de nos compatriotes ici à New-York qui va dans un autre Etat qui se retrouve dans des difficultés et qui se réfère à nous, nous essayons aussi de voir en partenariat avec ceux qui sont là-bas s’ils peuvent l’aider. Donc, nous travaillons beaucoup plus en partenariat avec les autres associations. Mais nous pouvons aussi intervenir, dans le cas échéant, directement pour voir comment nous pouvons aider.

 … ramener la paix et la stabilité dans notre pays

Faso7 : Comment vivez-vous, depuis New-York, le problème sécuritaire au Burkina Faso ?

Hermann Somé : C’est une situation qui fait peur, qui est très alarmante et qui interpelle tout Burkinabè partout où il vit. C’est un problème très sérieux que nous voyons dégénérer de jour en jour. Ici, nous croyons que tout Burkinabè doit un tant soit peu contribuer à cette lutte parce que la lutte n’est pas seulement militaire.

Ce n’est pas seulement au front que nous pouvons lutter, mais aussi dans l’assistance des personnes déplacées internes (PDI) et dans le soutien, la sensibilisation de nos communautés et des autres. Nous sommes en train de nous organiser dans ce sens pour voir dans quelles mesures nous pouvons avoir un impact un peu plus sérieux et plus réel dans cette lutte.

Faso7 : Est-ce que vous avez déjà eu des idées par rapport à ces mesures-là ?

Hermann Somé : Oui. Il y a peut-être trois, quatre ans, on a eu une collecte pour les personnes déplacées et que nous avons aussi joint avec le projet humanitaire que tout les Burkinabè aux Etats-Unis ont organisé et qui ont fait des dons de vivres aux personnes déplacées.

Présentement encore, la communauté est en train d’organiser une autre levée de fonds pour pouvoir assister encore ces déplacés.

Faso7 : Quel message avez-vous à l’endroit de la communauté burkinabè de New-York ?

Hermann Somé : C’est déjà dire merci pour la confiance qu’ils ont placé en nous pour encore diriger cette association. Nous les interpellons tous pour dire que le travail associatif, le travail de la communauté, c’est le travail à tous et chacun doit mettre sa main dedans. Nous sommes dans le même bateau et comme j’aime le dire, nous sommes une communauté qui a le devoir de se structurer et de s’organiser.

Le système dans lequel nous vivons nous oblige à nous organiser et à nous regrouper par affinité parce que si  nous ne sommes pas organisés, structurés, nous serons assimilés par les autres communautés. Nos enfants vont s’identifier à d’autres enfants, à d’autres communautés, nous même nous allons nous identifier à d’autres communautés et notre communauté, nos traditions vont disparaitre.

Si nous voulons garder intactes nos traditions et nos cultures et les transférer à nos enfants, nous avons le devoir de nous organiser. Et cette organisation va à plusieurs niveaux dont la participation et le paiement de nos cotisations qui est la première source de revenus de l’association. C’est vrai que nous avons d’autres sources de revenus qui est l’évènementiel, la location de notre salle de conférence, l’orchestre, les programmes professionnels et sociaux que nous allons organiser qui peuvent être des sources de revenu, mais l’apport et l’engagement de la communauté est très primordial.

Donc, nous invitons tous les Burkinabè de New-York à s’engager, à participer et à contribuer pour le bien être de notre communauté. Ce n’est pas le travail d’une personne ou bien de quatorze personnes ou de quelques-uns. C’est le travail de tous. Donc, on interpelle tout le monde à s’engager.

Faso7 : Avez-vous un message à l’endroit des Burkinabè en général ?

Hermann Somé : Dans cet environnement dans lequel nous vivons, nous pensons que nous avons tous notre devoir à accomplir. Nous devons nous sentir tous partie de ce pays et ne pas laisser tout le travail au système, à l’Etat.

Chacun de nous doit apporter sa pierre où qu’il soit. Tout commence par la l’auto conscientisation et aussi aux respects des règles et des normes des institutions étatiques, afin qu’ensemble, en symbiose et en harmonie avec les actions de l’Etat, nous puissions ramener la paix et la stabilité dans notre pays. Que Dieu nous accompagne et nous protège !

Interview réalisée par Ignace Ismaël NABOLE

Faso7

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