Education : Un élève inspecteur écrit au ministre Lionel Bilgo

Ceci est une lettre ouverte d’un élève inspecteur de   l’Enseignement Primaire et de l’Éducation Non Formelle adressée au nouveau ministre en charge de l’éducation nationale.

À monsieur le Ministre de l’Éducation Nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales (MENAPLN), Lionel BILGO.

Excellence monsieur le Ministre, c’est devenu presqu’une coutume pour nous d’adresser un message de bienvenu au premier responsable de notre département.

Avant tout propos, les règles de bienséances commandent de vous féliciter pour la confiance placée dans votre personne par les plus hautes autorités à un tournant si décisif de notre pays. En tant qu’enseignant et parent d’élève, nous savons que l’on ne confie pas la charge de l’éducation de son enfant à n’importe qui.

Par syllogisme, nous pouvons déduire que l’on ne confie pas le département de l’éducation d’une nation à n’importe qui. Nous sommes donc certain qui si le Président du Faso et le Premier ministre ont placé leur choix sur vous, ce n’est pas un fruit du hasard. Ils ont certainement vu en vous des épaules à même de supporter cette lourde charge. Félicitions ! Puisse le tout puissant vous éclaire et vous protéger tout long de cette noble mission.

Monsieur le Ministre, dans cette dynamique, vous aurez sans nul doute besoin d’un soutien franc de la part de l’ensemble des acteurs de la chaine éducative du bas jusqu’en haut. Nous  ne vous apprenons rien, l’éducation est une œuvre complexe et multidimensionnelle à telle enseigne que nul ne saurait se prévaloir de la réaliser en solitaire. Recevez donc cette missive comme notre humble contribution à la fondation de votre gouvernance. Votre prédécesseur à fait de son mieux. Tout n’a été rose dans sa gouvernance mais il y a eu des acquis que l’honnêteté intellectuelle commande de saluer.

La gestion, d’un système éducatif se voudrait évolutive et non un perpétuel recommencement. Comme on aime à le dire, l’administration est une continuité. Le service public est comme une course de relais ou chacun est tenu de porter loin le témoin puis le céder à un autre pour poursuivre.

En effet, votre prédécesseur a amorcé de grands chantiers qui attendent d’être poursuivis et améliorés. Notamment, la réforme curriculaire, la mise en œuvre du protocole d’accord gouvernement CNSE, l’application du statut particulier des métiers éducation, la reconfiguration des CEB, l’érection des lycée scientifiques, les initiatives pour la continuité de l’enseignement dans un contexte de crise sécuritaire et sanitaire,  des assises nationales de l’éducation dont les conclusions attendent d’être exploitées judicieusement, etc.

Monsieur le Ministre, après avoir peint le tableau des urgences, notre première suggestion serait de faire tout  pour impliquer l’ensemble des acteurs dans votre magistère. Ne démarrez surtout pas avec des préjugés sur des personnes. Soyez un bon observateur et vous aurez avec vous des compétences pour vous accompagner. Des compétences, le MENAPLN en regorge énormément. Soyez un homme ouvert. Soyez une poubelle mais n’acceptez pas que l’on y jette n’importe quelle ordure. Sachez manier le bâton et la carotte.

Ma deuxième suggestion est d’avoir à l’esprit votre lettre de mission. C’est à base celle-ci que vous serrez évalué par ceux qui vous ont fait confiance. Ces derniers n’ont pas demandé l’avis d’un agent avant de vous nommer. Travaillez donc en âme et conscience à consolider cette confiance. Soyez intraitable avec vos nobles projets comme prôné par son excellence monsieur le Président du Faso. Si vous venez avec la posture de vous faire aimer et applaudir pour tous les acteurs, vous aurez échoué avant l’entame. Prêchez surtout par l’exemple, faite ce que vous dite et vous aller convaincre et persuader sans nul doute les plus sceptiques.

Monsieur le Ministre, nous saluons votre courage. Sans euphémisme, vous venez d’être porté à la tête du département le plus complexe. Vous aurez à gérer plus de cent mille(100.000) agents, soit plus de moitié des agents de la fonction publique. C’est un giga ministère avec des problèmes aussi complexes qu’urgents.

Du reste, sachez choisir vos combats et gagez les car vous ne pourrez pas tout régler. Outre la taille du ministère, vous avez la charge de concilier des intérêts antagonistes par moment. Pour vous en convaincre, il suffit de jette un coup d’œil sur le nombre des structures syndicales du département qui mériterait d’être mentionné dans le Guinness BOOK des records.

Environ vingt-six(26) syndicats avec des divergences non seulement sur le plan idéologie mais aussi sur les intérêts et les méthodes de lutte. C’est dire qu’il vous sera par moment difficile d’avoir tout le monde avec vous. Mais, ne vous contentez pas non plus d’avoir la majorité avec vous. Parfois, la vérité se trouve dans la minorité.

Monsieur le ministre, s’il y a un pan de votre magistère qui pourrait porter une tache à votre passage, c’est la gestion des carrières des acteurs. Depuis maintenant quelques années, la gestion des carrières des agents semble être un serpent de mer au MENAPLN.  Voici un ministère où le traitement normal des actes de carrière n’a jamais pu faire avancer les choses. Les commissions spéciales de traitement des actes de carrière semblent devenir un mode classique de fonctionnement.

C’est-à-dire que l’on laisse les dossiers s’entasser. Quand on commence à sentir venir une grogne, on met en place des commissions spéciales qui se délocalisent quelque part pour traiter un lot puis se partager des per-diem et le cycle infernale recommence. Mandatements, titularisations, avancements, corrections d’indemnités sont les souffre douleurs quotidiens des agents du MENAPLN.

Les enseignants sont contraints d’abandonner les classes à la poursuite de leurs carrières comme des marathoniens avec toutes conséquences dommageables sur les apprentissages. Spécifiquement, nous nous sommes intéressés à ce problème et si notre avis comptait, ce n’est pas une question de manque de volonté des agents de la chaine de traitement. Voyez-vous un ministère transversal qui regroupe plus de moitié des agents de la fonction publique avec un Direction de ressource humaine normale(DRH) comme les autres ministères, c’est irréaliste. Il y a des ministères dont le nombre d’agents ne vaut pas une direction provinciale au MENAPLN.  Nous vous suggérons d’ors et déjà de songer à une :

– réforme de la DRH. Pourquoi pas la scinder en deux(2) ; 

-déconcentration du traitement des actes de carrières jusqu’au niveau régional ;

-décentralisation de l’intégration des notes des agents dans le SIGASPE du niveau régional vers les Circonscription qui sont en voie d’être érigées en  des Direction avec la reconfiguration des CEB.

Monsieur le ministre, les attentes sont aussi nombreuses qu’urgentes au MENAPLN et vous n’aurez pas de période de grâce. Des agents ont leurs carrières bloquées depuis maintenant quatre (4) années. Ils n’ont eu n’y concours ni examen professionnel. Cela fait partie des problèmes liés à la mise en œuvre du statut particulier qui traine de façon incompréhensible. Sans oublier les insuffisances graves relevées dans ledit statut qu’il faille corriger urgemment pour la cohésion au sein des acteurs de l’éducation.

Monsieur le ministre, vous n’aurez pas besoin d’une quelconque pression pour prendre les problèmes de la maison à bras le corps. Votre plume réfléchie et très critique s’en chargera. Vous avez la science infuse nécessaire et cela s’illustre dans votre ouvrage « Du rêve à l’action ». Vous voilà donc à l’action après un beau et ambitieux rêve. Nous souhaitons la traduction de se rêve en actions concrètes.

 Monsieur le ministre, ayez à l’esprit que la mobilisation des acteurs dépendra sans nul doute de la suite que vous donnerez aux préoccupations pressantes de ces derniers. En cas d’échec, toute chose que nous ne souhaitons point, vous n’aurez pas trahi le monde de l’éducation mais vous vous serez trahi vous-même. Vous aurez trahi vos convictions.

 Cela serait une véritable désillusion pour les acteurs de l’éducation qui voit en vous un grand espoir. Nous n’allons pas vous demander la mer à boire. Nous vous demandons d’être vous-même. Nous vous demandons de mettre en application ce que vous avez déjà pensez et écrit. Si y vous parvenez, votre nom serait gravé en lettres d’or dans le panthéon de l’éducation nationale du Burkina Faso. Soyez rassuré, vos bonnes actions seront soutenues de manière inconditionnelle. C’est d’ailleurs un devoir pour nous agents au service de l’éducation nationale.

Monsieur ministre, nous ne saurons clore nos propos sans une fois de plus vous féliciter et vous traduire tous nos souhaits de pleine réussite dans cette lourde mission de refondation de notre système éducatif afin qu’il soit en phase avec les aspirations légitimes du peuple.

BAMOGO Ousmane, élève Inspecteur de l’Enseignement Primaire et de l’Éducation Non Formelle

Mail : ousmanebamogo@yahoo.fr

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9 commentaires

  1. Mais, nom de Dieu ,laissez votre expertise . Attendez ,laissez le monsieur tranquille. Chaque fois, ce sont les mêmes qui se croient Expert.
    Votre mimétisme en dit long.

  2. Ce sont les mêmes qui ont fait croire à Ouaro qu’il était le super ministre. Le DIEU des enseignants. Monsieur le ministre si vous écoutez ces gens là, vous allez échouer. Demandez à Ouaro. Ils étaient ses hommes de confiance. La Ouaro-Gang.

  3. Formidable ! Le cas de la reforme curriculaire est plus qu’une necessité pour une refondation du système éducation . Par exemple les programmes d’histoire enseignés dans nos établissements sont en déphasages avec nos réalités, nos valeurs culturels et nos bésoins . Sur ce , pourquoi ne pas enseigner les idéologies des panafricains comme Sankara , lubumba , Marien N’Gouabi, Mandela , j’en passe . Je suis sûr que vous ne manquez pas d’idées à propos .

  4. Hééé! Enseignant, changez un peu ! Le monsieur ne s’est même pas assis d’abord.
    Voilà moi!

  5. Les préoccupations sont bien résumées,accompagnées de précieux conseils, même si la lettre comporte beaucoup de fautes d’inattention.

  6. Toujours les mêmes qui écrivent.dans la forme c’est bon mais dans le fond c’est parler sans rien dire.les pro ouaro.????

  7. Les mossis disent que c’est la honte du charognard qui tué le baobab. La balle a changé de camp et rapidement on oublie son Ami Ouaro’ la terre tourne vraiment

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