Côte d’Ivoire : 52,3% des migrants Burkinabè ne transfèrent pas de l’argent à leurs familles

L’Institut Supérieur des Sciences de la Population (ISSP) a présenté au cours d’un atelier organisé au profit de l’Association des journalistes et communicateurs en population et développement (AJC-PD) ce vendredi 4 mars 2022, les résultats de l’enquête quantitative de son projet intitulé « Migration pour le développement et l’égalité » (MIDEQ).

Photo de famille entre les responsables de l’ISSP et les membres de l’AJC-PD © Faso7

Selon le Directeur de l’Institut supérieur des sciences de la population (ISSP) de l’Université Joseph Ki-Zerbo, Pr Abdramane Soura, le projet qui concerne la migration entre les Pays du Sud a pris en compte les régions des Hauts-Bassins, le Centre-ouest, le Plateau-central, le Centre-est et le Sud-ouest avec pour objectif fondamental, de « répondre au défi du développement durable en s’assurant que la migration Sud-sud réduit plutôt qu’elle n’augmente les inégalités pour aboutir au développement dans les pays du Sud »

Pour la mise en œuvre du projet, une enquête a été menée du 24 octobre 2020 au 26 nombre 2020 dans les régions bénéficiaires et 3 841 ménages ont été enquêtés durant cette période. Il était question d’identifier les effets de la migration sur le couloir, Burkina Faso-Côte d’Ivoire, l’un des 13 couloirs pris en compte dans le cadre du projet. Les autres couloirs sont, entre autres, Brésil-Haïti, Népal-Malaisie, Égypte-Jordanie, Ghana-Chine.

Trois thématiques à savoir « Inégalités dans l’enfance liées aux migrations », « Migration, pauvreté et inégalités de revenus » et « Flux de ressources : finance, commerce et connaissances », ont guidé les recherches dans le cadre de ce projet.

Trois thématiques abordées

En lien avec la thématique « Inégalités dans l’enfance liées aux migrations », le Dr Gabriel Sangli qui en a assuré la présentation, a expliqué que les effets des inégalités dans l’enfance du fait des migrations des Burkinabè vers la Côte d’Ivoire sont difficiles à cerner entre les enfants ayant au moins l’un de leurs géniteurs en Côte d’Ivoire (enfants left behind) et les enfants n’ayant aucun de leurs géniteurs en Côte d’Ivoire (enfant non left behind). A en croire le docteur, « Les inégalités sont tantôt en faveur des enfants left behind, tantôt en faveur des enfants non left behind ».

Il a également indiqué qu’il arrive qu’il n’existe aucune différence observable entre les left behind et les non left behind. Par ailleurs, le Dr Gabriel Sangli n’a pas manqué de préciser que le taux d’interruption de l’école chez les enfants left behind dont les mères sont en migration, est supérieur par rapport aux enfants dont les deux parents sont en migrations.

« Chez les enfants left behind dont la mère est en migration, le niveau d’interruption est le plus élevé soit 18,9% contre 5,2% lorsque les deux parents sont en migration et 4,8% lorsque c’est le père qui est en migration », a-t-il expliqué.

La présentation de la thématique « Migration, pauvreté et inégalité de revenus » a été assurée par Marc Meda. Selon lui, le lien entre la migration en Côte d’Ivoire et la pauvreté ainsi que l’inégalité des revenus est difficile à établir. Toutefois, il est parvenu à la conclusion selon laquelle les ménages qui ont l’expérience de la migration, rencontrent plus de difficultés pour assurer leurs dépenses basiques par rapport aux ménages qui n’ont pas d’expérience en matière de migration.

« Les tests statistiques confirment le fait que, dans la plupart des cas, les ménages sans expérience migratoire présentent des conditions de vie meilleures que les ménages avec expérience migratoire », a-t-il laissé entendre.

« L’émigration en Côte d’Ivoire n’est pas synonyme de transferts d’argent »

Quant à la dernière thématique, « Migration et transfert de fonds », la synthèse a été faite par le Dr Alexandra Tapsoba mais la présentation a été assurée par le Coordonnateur du projet MIDEQ, le Dr Hubert Bonayi Dabiré. A en croire ce dernier, la majorité des émigrés en Côte d’Ivoire, soit 52,3% ne transfèrent pas de l’argent à leurs familles restées au pays.

Par contre, ceux qui transfèrent sont ceux-là qui ont migré pour des motifs de travail, a-t-il indiqué. «L’émigration en Côte d’Ivoire n’est pas synonyme de transferts d’argent à la famille restée au Burkina Faso. La plupart des migrants ne transfèrent pas d’argent à leurs familles », s’est-il exprimé. Dans sa présentation, le Dr Hubert Bonayi Dabiré a fait savoir que les personnes qui bénéficient de transferts d’argent de la part des migrants, sont le plus souvent, le père, la mère, l’épouse, les frères et sœurs de ces derniers.

Il faut noter que le projet « Migration, pauvreté et inégalité de revenus » concerne essentiellement la migration entre les pays dits Pays du Sud. Il est financé par la République de Grande Bretagne, à travers l’United kingdom research innovation (UKRI) et sa structure de financement Global challenges research fund (GCRF).

Lazard KOLA

Faso7

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