Pr Abdoul Karim Saidou : « La démission du Président du Faso pourrait dégrader davantage la situation politique et sécuritaire »

Depuis quelques semaines, des Organisations de la société civile et des partis politiques appellent à la démission du Président du Faso, Roch Kaboré. Quelles pourraient être les implications d’une démission du Président du Faso ? A cette question et bien d’autres, le Pr Abdoul Karim Saidou, politologue, a réagi au micro de Faso7, ce mardi 23 novembre 2021.

 

Faso7 : Quelle lecture faites-vous de la situation politique qui prévaut au Burkina Faso ?

Pr Abdoul Karim Saidou : Je pense que la situation politique instable que l’on constate aujourd’hui est fortement liée à la crise sécuritaire. C’est une crise qui est alimentée également de façon systémique par une crise générale de gouvernance politique qu’on observe depuis quelques années. Sur le plan géopolitique, on observe qu’il y a une crise politico-militaire avec l’intervention des armées, que ce soit au Mali, en Guinée ou un peu plus loin au Soudan.

Mais sur le plan purement national, c’est principalement la question sécuritaire qui contribue à dégrader la situation politique qui a conduit même l’opposition à suspendre sa participation à certaines instances du dialogue politique.

Faso7 : Des Organisations de la société civile et des partis politiques appellent à la démission du Président du Faso. Un appel légitime selon vous et quelles pourraient être les implications ?

Pr Abdoul Karim Saidou : Les appels à la démission du Président du Faso peuvent se comprendre au regard de ce contexte sécuritaire, parce qu’il y a eu plusieurs réformes qui ont été adoptées ces dernières années. A la suite du Forum nationale sur la sécurité, il y a une nouvelle politique de lutte contre le terrorisme qui a été adoptée. Mais force est de constater que sur le terrain, les résultats restent mitigés, si on prend comme indicateur le nombre d’attaques, le nombre de victimes du terrorisme.

C’est cette dégradation de la sécurité qui peut expliquer ces appels à la démission du président du Faso qu’on entend aussi bien du côté des partis politiques que des Organisations de la société civile.

Cependant, il faut indiquer que la démission du Président du Faso ou un changement anticonstitutionnel du gouvernement dans le contexte sécuritaire actuel, pourrait dégrader davantage la situation politique et sécuritaire dans la mesure où on voit très mal comment, dans un contexte pareil, ceux qui appellent à la démission du Président du Faso pourront accepter que la Constitution soit suivie à la lettre.

On pourrait donc assister à la répétition de ce qu’on a vécu avec la démission de Blaise Compaoré où finalement la Constitution n’a pas été respectée du point de vue des procédures liées à la vacance de la Présidence du Faso. Si on aboutit à une situation pareille, où certains vont appeler à la mise en place d’un gouvernement de transition comme on le voit au Mali, cela peut désorganiser les forces armées sur le terrain et cela peut amener une crise politique qui va se greffer à la crise sécuritaire.

Donc, autant les appels à la démission du Président du Faso peuvent être considérés comme légitimes, peuvent se comprendre devant la gravité de la situation sécuritaire, autant il faut craindre que la chute du régime ne puisse éroder davantage la situation politique et sécuritaire au Burkina Faso.

Pr Abdoul Karim Saidou : « Avant de penser aux mesures purement militaires ou sécuritaires, il faut penser à des mesures générales en matière de gouvernance » – © DR

Faso7 : Mais au regard de la situation politique et sécuritaire très tendue, quelles prérogatives le Président du Faso peut user pour résoudre la situation ?

Pr Abdoul Karim Saidou : De mon point de vue, avant de penser aux mesures purement militaires ou sécuritaires, il faut penser à des mesures générales en matière de gouvernance, des mesures fortes par exemple en matière de lutte contre la corruption, des mesures fortes en matière de rationalisation des dépenses publiques, la réduction du train de vie de l’Etat, par exemple des mesures tendant à réduire le nombre de ministres, à supprimer des institutions à l’utilité couteuse comme le Conseil économique et social.

On peut aussi s’attendre à ce que le Président du Faso prenne des mesures fortes sur le plan opérationnel, mettre les hommes qu’il faut à la place qu’il faut et prendre des sanctions contre les actes d’indiscipline. C’est un ensemble de mesures fortes qui auraient un effet symbolique et qui permettraient de prendre au sérieux le gouvernement dans la lutte contre le terrorisme.

Faso7 : Avez-vous un appel à lancer ?

Pr Abdoul Karim Saidou : je pense que l’appel à lancer, c’est à l’endroit des autorités, des gouvernants. Je constate que depuis 2016, il y a eu énormément de travaux qui ont été produits par des experts. Donc l’appel que je voudrai lancer, c’est que l’on puisse accorder l’importance qu’il faut à la connaissance. Il y a eu beaucoup de propositions qui ont été faites, il appartient au gouvernement de voir dans quelles mesures on peut les mettre en application.

La crise actuelle a été une occasion pour l’ensemble des acteurs de la vie nationale de mettre en place un certain nombre d’idées. Au Forum national sur la sécurité, il y a un travail qui a été fait avec des experts nationaux et internationaux qui a conduit à l’élaboration d’une politique de sécurité nationale. Je pense donc que sur le plan des politiques publiques, il y a des éléments essentiels.

Propos recueillis par Ignace Ismaël NABOLE

Faso7

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