[Tribune] Burkina Faso : Quand les grossesses précoces justifient les mariages précoces

Ceci est une tribune de Neïmatou SAKANDE, bloggeuse. Elle se prononce sur la question des mariages précoces et des grossesses précoces en Afrique et au Burkina Faso particulièrement.

Au Burkina Faso comme dans de nombreux pays du monde, le mariage précoce ou mariage d’enfant est très courant. Malgré les efforts de sensibilisation, le phénomène prend de l’ampleur. La nouvelle donne qui vient compliquer la sensibilisation est un autre phénomène tout aussi important, celui des grossesses précoces.

Dans la société africaine, le mariage est l’un des objectifs qu’une femme doit atteindre, pour l’honneur de sa famille ou de son entourage. Considéré comme un pourvoyeur d’honneur, le mariage est souvent célébré de façon précoce et involontaire aussi bien pour les jeunes filles que pour les jeunes garçons.

Le mariage précoce, c’est lorsqu’une union est célébrée sans que l’un ou l’autre, ou les deux époux n’aient atteints la maturité physique et psychologique. Le mariage forcé quant à lui intervient lorsque l’union n’a pas le consentement de l’homme ou de la femme ou des deux.

Plusieurs raisons justifient la célébration de ces différentes formes de mariages. Certaines communautés religieuses célèbrent les mariages de façon précoce et forcée dans le but de la conservation de la virginité de la jeune fille jusqu’au mariage. Pour ces communautés également, les grossesses hors mariage sont signe de déshonneur. Il faut donc vite marier la jeune fille pour ne pas qu’elle commette la ‘’faute’’ qui va déshonorer la famille. A ces raisons, on peut ajouter des raisons économiques comme la précarité des conditions de vie des parents ainsi que le désœuvrement de la jeune fille.

Le Burkina est 5ème africain dans la prévalence du mariage d’enfant

Par ailleurs pour des raisons coutumières certaines formes de mariages telles que le rapt, la litho, le don de fille, le sororat, le lévirat sont célébrées. Ces unions qui ont jadis existées dans le but de protéger la veuve et l’orpheline ainsi que de renforcer des liens communautaires, sont devenues néfastes de nos jours.

Dans le monde, 15 millions de filles de moins de 18 ans sont mariés et 39% soit 5 850 000 de ces filles sont de l’Afrique subsaharienne. Dans les pays en développement une (01) fille sur trois (03) est mariée avant 18 ans et une (01) sur neuf (09) avant l’âge de 15 ans. Le Burkina occupe d’ailleurs le 5e rang en Afrique. Non pas dans l’excellence mais dans la prévalence du mariage d’enfant avec une prévalence de 52% d’autant que l’âge du mariage est de 17ans pour la fille et 20 ans pour le garçon.

Si en général le mariage précoce concerne les filles, force est de reconnaître que les garçons ne sont pas aussi épargnés. En effet 3% de garçons sont victimes de mariage précoce au Pays des Hommes intègres.

Lorsque grossesses précoces riment avec mariages précoces

Au Burkina Faso, la population est en majorité jeune avec 67% qui ont moins de 25 ans, parmi cette jeunesse une forte part de filles et de femmes. Récemment, avec les nombreux cas de grossesses précoces, plusieurs parents qui avaient acceptés de laisser leurs filles poursuivent les études, reviennent à la pratique du mariage précoce pour préserver l’honneur familial. En effet le cas inquiétant des grossesses en milieu scolaires est devenu le lit favorable des mariages d’enfants dans de nombreuses zones du Burkina.

De 2012 à 2016, 6 400 cas de grossesses en milieu scolaire ont été enregistrés. Une inquiétude croissante avec des statistiques qui grimpent au fil du temps avec la tendance à la généralisation du phénomène. Comme l’indique le graphique ci-dessous

Un mariage « d’honneur » qui pourtant ne résout pas la situation. Ces filles qui sont mariées dans le souci de la préservation de la dignité face au phénomène de grossesse précoce, se retrouvent dans le même problème. Car dans l’accomplissement du devoir conjugal, la plupart sont susceptibles d’être enceintes en général dans l’intervalle de 06 à 12 mois suivant la célébration du mariage pouvant dans la plupart des cas conduire à la déscolarisation des filles désormais mères.

Neïmatou SAKANDE

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