[Tribune] Carnet de voyage │Mon billet aller-retour pour Djibo, passager N°8
Djibo : « N’oublie pas de dire que chez nous la paix est en train de revenir doucement »

Hamadou Diallo a fait le voyage pour Djibo. Dans ce carnet de route, il relate ce qu’il a vu, vécu et constaté.
La nuit du 10 Juillet 2021, je l’ai passée à Ouagadougou chez moi. Toute la nuit, le ciel déversait une fine pluie qui rendait notre sommeil doux et compact. Je me suis réveillé le matin du 11 juillet 2021 à la fois léger mais le ventre rempli d’inquiétudes.
Comme tous les matins, le quartier Somgandé s’est réveillé drapé de sa forêt voisine et, les habitants dans les différents cafés et maquis. Il était 9h quand les premiers clients du maquis Lac Bam arrivaient soit pour une bière matinale ou pour quelques morceaux de viande.
Le vendredi 10 juillet 2021, après la prière de djouma’at aux environs de 16h, j’ai reçu deux amis, Oumar Cissé et Amadou Sawadogo pour prendre le thé.
Djibo, l’histoire
Mon ami Oumar Cissé est un ressortissant de la ville de Djibo. Une ville située à 203 kilomètres de Ouagadougou. Cette ville en proie au terrorisme depuis 6 ans porte le nom d’un chasseur kouroumba et signifierait, « Ici c’est mieux », selon mon voisin de voyage Tao Moctar, enseignant. La bonne prononciation à l’entendre, c’est « zè » pour dire « ici » et « bo » signifierait, « c’est mieux ».
L’émir de Djibo m’a raconté la petite histoire. Il semblerait que le chien du chasseur, lors de la chasse partait loin et revenait avec des pattes trempées dans de la boue. C’est ainsi que le chasseur l’a suivi et découvert l’eau. Pour y accéder, la zone était très touffue et il fallut se frayer un chemin. Il a donc décidé d’y rester et de donner son nom à la localité.
Tao Moctar m’a été présenté par mon ami et frère Oumar Cissé à la gare STAF de Larlé. C’est donc Oumar, qui m’a aidé à organiser ce voyage pour lequel j’ai tellement hésité. D’ailleurs jusqu’au dimanche comme dit plus haut, j’avais des doutes sur le déplacement à Djibo. Avec juste raison ! Que n’avions-nous pas lu et entendu sur cette ville ? Que d’horreurs !
Il était quelques minutes avant 11h quand je me suis rendu au guichet de la gare pour prendre mon billet. Malheureusement, le guichetier me dit que le car est plein. Il a fallu négocier pour avoir le sésame. Sur le billet, le départ était prévu pour 11h précises et je devais m’assoir à la place 8.
On a quitté la gare à 12h45 sans aucune excuse de la part de la société. J’étais assis entre un enseignant et un médecin. Ils ont enrichi mon voyage par leurs connaissances de la route.
Route difficile, et des épaves
Le billet aller et retour sur Djibo coûte 9500 francs CFA, et au lieu de 5 heures de route, nous sommes arrivés à 18h passée. Il y a plusieurs contrôles de police et de gendarmerie, et aussi des arrêts çà et là pour prendre ou déposer un passager. Mais le pire, c’est l’état de la route à une quinzaine de kilomètres après Koungoussi. De mémoire de Djibolais, cette route, à entendre Tao Moctar, devait être bitumée quand il était en classe de 6ème dans les années 1992 à Djibo.
Aujourd’hui, 2021, il est enseignant. Cette portion de route était dangereuse, non seulement à cause de son état, mais parce qu’elle a enregistré de nombreuses attaques meurtrières.
J’ai vu les épaves d’un véhicule. Mon voisin du siège 3, Sanou, m’a dit qu’elle a été détruite par une lance-roquette. Un peu plus loin, j’ai vu les restes d’une ambulance qui a certainement subi une attaque terroriste, et bien de boissons alcoolisées brûlées et laissées au bord de la route.
Lecteur, tu te souviens que je te disais que nous sommes arrivés à Djibo au coucher du soleil ?

Figure-toi que je n’ai pas pu dormir toute la nuit. J’avais peur. Tout comme tout le long du trajet, je m’imaginais sauter sur une mine ou canardé par une horde de terroristes… Mais rien.
Ma famille hôte avait été victime de l’enlèvement de son patriarche et abattu sur la route. Mais avant, les terroristes avaient effectué une descente chez lui sans le trouver.
La nuit a été longue et silencieuse. J’entendais des crapauds crier et quelques oiseaux chanter. Néanmoins, au petit matin, lorsque j’entendis le muezzin appeler à la prière, au lieu de filer à la mosquée, j’ai plutôt dormi. Aux environs de 6h devant la cour, des gens « enturbanés », s’installaient. Dans la mosquée en face devait se tenir une cérémonie de prière pour un nouveau-né.
« N’oublie pas de dire que… »
J’y ai participé, un peu plus rassuré. La cérémonie était très brève et on entendait lancer des « aminaaa » partout. Un vieux se leva dans la congrégation et annonça que le nouveau-né s’appelle «Ibrahim Dicko ». Il y avait du monde sous le hall de la mosquée.
Après cette cérémonie, j’ai rendu une visite de courtoisie à mon ami, frère et imam Inoussa Konfé. Il est originaire de Pobé-Mégao, localité où aujourd’hui toutes les communautés parlent de la même voix pour le retour de la paix. « Si tu retournes à Ouagadougou, n’oublie pas de dire dans ton journal que chez nous la paix est en train de revenir doucement », me lance-t-il.

Quelques instants plus tard, je pris congé de lui pour faire le tour de la ville avec mon nouvel ami Abdoul-Kader Cissé, secrétaire de Jam Jelgojii Buuli. Nous avons manqué le haut-commissaire et le maire qui étaient tous en réunion à Dori. Nous sommes donc allé chez le préfet, très accueillant. Nous avons longuement échangé avec lui dans son bureau. Il était question de leur signaler mon arrivée dans leur ville et prendre de leurs nouvelles.
L’autorité locale sachant ma présence, nous sommes donc allés boire du bon thé et manger quelques morceaux de viande. Ce moment de récréation a vite pris fin. Nous sommes passés d’abord à la gare STAF de Djibo qui bourdonnait de monde pour constater.
Ensuite à la gare de TSR. Idem. Sauf que la gare de STNF, elle, était grandement ouverte mais aucun passager. La raison est simple, cette société passait par Ouahigouya, traversait Titao, et Pobé-Mégao pour se rendre à Djibo. Malheureusement ce trajet n’était plus sûr, vu la situation sécuritaire.
« Heureux que la paix soit revenue »
Enfin nous sommes allés à la gare ATF. Là aussi, la gare était vide. Après les présentations et salutations d’usage, le chef de gare Laura Issouf, enchaine, « je vous remercie d’être venu à Djibo nous rencontrer. Je suis très heureux. Sachez qu’il fut un temps tous les jours, nous louions des cars à Ouaga, et par jour nous faisions 3 allers et retours. Tout le temps, c’était rempli. Mais depuis que les autres sociétés ont recommencé à circuler, les gens sont repartis là-bas. Ils disent qu’ils veulent bien voyager avec nous, mais nous n’avons pas de cars. Mais mon patron a promis acheter des cars. Il y a de l’espoir. Mais je suis très heureux que la paix soit revenue », rassure Laura Issouf, chef de gare ATF.
Tu sais, il me serra difficile de raconter mon voyage dans les moindres détails, mais une autre rencontre importante que j’ai eue, c’est celle avec l’émir de Djibo. C’est lui qui m’a raconté l’origine du nom Djibo…
L’émir m’a fait des bénédictions et autorisé à parcourir sa ville. Rire !

Je suis un Diallo, donc j’étais plutôt en terrain conquis. Néanmoins je suis allé saluer un de ses ministres qu’on appelle « Djoro », celui de Bouro.
Lecteur, j’ai vu le barrage de Djibo et il y avait plein d’enfants (filles, garçons) qui nageaient ensemble. J’ai vu les maquis ouverts et remplis, et je me suis même rafraîchi la gorge avec mon compagnon dans l’un des plus grands maquis de Djibo. Un des travailleurs m’a confié que chaque soir, il chargeait les réfrigérateurs de 50 caisses de boissons sucrées et alcoolisées y compris.
J’ai fait le tour de la ville. Malheureusement la seule banque est délabrée et fermée. Pareil pour l’unique GAB.
J’ai vu la mosquée de Malam Dicko abandonnée. J’ai vu le grand marché plein à craquer, ainsi que le marché à bétail.
Ai-je vu des terroristes armées jusqu’aux dent ? NON ! Mais j’en ai entendu parler. On dit qu’ils exigent que les hommes coupent leur pantalon et laissent leur barbe pousser. Qu’ils exigent que les femmes portent des voiles. Effectivement, j’ai pu remarquer que beaucoup avaient ce style vestimentaire.
C’est clair que la crise a laissé des séquelles et traumatisé les populations. Mais la vie reprend doucement.
Les bonnes nouvelles avant mon retour sur Ouagadougou, c’était cette annonce de l’autorité qui ramenait le couvre-feu de 22h à minuit à partir du 14 Juillet 2021.
Djibo, je reviendrai… Merci beaucoup pour tout.
Hamadou DIALLO
Correspondance particulière



