Burkina Faso : L’argent, véritable faiseur de président et de député ?

L’Alliance pour refonder la gouvernance en Afrique-Burkina Faso (ARGA/BF) a présenté au cours d’un déjeuner de presse le 19 décembre 2020 les résultats d’une étude qu’elle a menée au cours de la double campagne présidentielle et législative 2020. L’étude consistait à évaluer la place de l’argent dans le débat électoral exclusivement pendant la période de la campagne.

L’étude menée par l’ARGA/BF a été effectuée sur un échantillon de 358 personnes dans 05 régions du Burkina Faso à savoir la région du Centre, celle du Centre-Ouest, celle de la Boucle du Mouhoun celle des Hauts-bassins et celle du Nord.

De ce qui ressort des résultats de l’étude, le processus démocratique au Burkina Faso est de plus en plus écrasé par le poids de l’argent. En effet, selon Boureima Ouédraogo, médiateur de l’ARGA/BF, après avoir observé les acteurs du processus électoral pendant la période de la campagne et après avoir spécifiquement analyser la manière dont la campagne a été menée, ainsi que la manière dont les citoyens recevaient les discours des candidats et la manière dont les citoyens se mobilisaient par rapport aux candidats, il ressort que les citoyens aussi bien que les candidats trouvent dans la campagne électorale « un jeu marchant ». « Les électeurs exigent de l’argent aux candidats et ces derniers en retour se montrent très généreux. Parfois on a comme l’impression que c’est le plus généreux qui prend le dessus sur les autres », a-t-il déclaré. Selon lui, durant cette campagne tous les acteurs politiques ont distribué de l’argent aux électeurs et les résultats des votes ont été en fonction des plus généreux des candidats aux moins généreux.

Il n’y a pas que l’argent…

De façon concrète, l’étude révèle le fait que l’argent devient de plus en plus l’outil primordial de la politique au détriment du discours politique. « Je crois que de plus en plus on est entrain de rentrer dans un système ou le discours politique est relayé au second plan au profit de l’argent et de la capacité à mobiliser et à distribuer des ressources », a insisté Boureima Ouédraogo. Si l’argent devient le bulldozer qui bâti les sentiers vers l’assemblée nationale et le palais présidentiel, force est de reconnaitre qu’il n’y a pas que l’argent liquide que les candidats utilisent pour se faire élire. « Pendant la campagne il y a des distributions de vivres, il y a un certain nombre de présent qu’on accorde à un certain nombre de catégorie d’acteurs et qui font que ça contribue à influencer le choix des électeurs », a fait savoir Boureima Ouédraogo.

Pour ce qui est des destinataires des dons, les chefs coutumiers et religieux sont les plus privilégiés. En effet, selon le premier responsable de l’AGRA/BF, la quasi-totalité de tous les acteurs politiques, une fois dans une localité, vont saluer les chefs coutumiers et religieux de la localité avec une petite enveloppe. Même sans le dire ouvertement, les candidats en offrant des enveloppes à ces chefs, attendent d’eux en retour qu’ils influencent les votes de toutes les communautés qui les suivent.

Des mobilisations monnayées

En plus des chefs coutumiers et religieux, les jeunes et les femmes sont également les cibles des acteurs politiques. Selon les résultats de l’étude de l’ARGA/BF, la plupart des candidats interrogés pendant la campagne, estiment que les femmes sont plus fidèles. C’est la raison pour laquelle, ils préfèrent investir sur les femmes que les hommes. Et le mode opératoire est très ingénieux. « On fait venir des groupes de femmes à travers des organisations, que ça soit des groupements ou des associations et on injecte des ressources », a expliqué Boureima Ouédraogo. Pour ce qui est des jeunes, l’étude révèle que la campagne a été l’occasion pour certains jeunes de s’enrichir. « Il y a le fait que les acteurs les approches mais il y a aussi cette innovation qui consiste pour les jeunes à créer une sorte d’expertise qui leur permet à monnayer de la mobilisation. C’est-à-dire quelque soit le parti qui vient, vous payez le prix qu’il faut et en fonction de votre enveloppe, ils mobilisent du monde », a poursuivi le premier responsable de l’ARGA/BF au Burkina Faso. A Djikôfê, un quartier périphérique de Ouagadougou, important nid d’électeurs, des jeunes ayant compris que les candidats viendront séduire ces électeurs, ont fait de cette activité de mobilisation leur principale activité durant toute la période de la campagne.

Une démocratie en danger

Le problème de l’influence majeure de l’argent sur le processus électoral selon le premier responsable de l’AGRA est qu’il ne favorise pas le respect d’une condition fondamentale d’éligibilité à savoir l’égalité des chances de tous les Burkinabè dans la quête du pouvoir d’état. « Si la candidature doit être pistonné par des moyens, il faut craindre que la grande majorité des Burkinabè qui n’ont pas les moyens de se faire élire, soient exclus du processus démocratique », a déploré le président de l’AGRA/BF. L’autre problème que le poids de l’argent engendre est la corruption électorale à grande échelle. « Si on peut distribuer l’argent pour amener les gens à voter, il va de soit effectivement où on crée des conditions où l’intégrité du scrutin est remis en cause parce que les gens auraient été motivé par les gains qu’ils ont obtenu et non pas l’offre du politique », a expliqué le principal conférencier.

Pour les responsables de l’AGRA, l’initiation de cette étude vise déjà à poser le débat selon lequel la majorité des burkinabè estime que ça relève de l’ordre normal des choses de recevoir de l’argent avant de voter.

Les élections couplées du 22 novembre 2020 ont coûté plus de 100 milliards à l’état burkinabè. Afin de ne pas donner raison aux personnes qui estiment que les élections ne servent à rien, une réflexion mérite d’être menée sur le débat posé par l’AGRA/BF.

Amadou ZEBA

Faso7

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