Burkina Faso : Le Général Tchoutchoubatchou, de zéro à héros

en Côte d’Ivoire et rentré dans son pays natal le Burkina Faso après l’obtention de son baccalauréat, Abdoul Aziz Kéré, orienté en Géographie  à l’université de Ouagadougou, ne va pas abandonner sa passion, la comédie. Après l’obtention de sa licence en géographie, il fait une formation en communication afin de multiplier ses chances dans la quête d’emploi. Bon débrouillard, il réussit à obtenir un emploi dans une entreprise malgré le chômage grandissant au pays des Hommes intègres. Passionné de comédie, il va par la suite abandonner son travail et se consacrer à ses tournages de vidéos souvent en se privant de nourriture. Ce 09 décembre 2020, une équipe de Faso7 est allée à la rencontre de celui qui est devenu le roi des réseaux sociaux au Burkina Faso. Celui qui n’avait que son compte Facebook pour raconter des blagues et faire rire ses amis, a aujourd’hui 740 000 abonnés sur sa page Facebook, 730 000 abonnés sur Tik Tok, 187 000 abonnés sur Youtube et 32 000 abonnés sur Instagram. Lisez pour comprendre jusqu’à où un homme peut aller pour réaliser ses rêves.

Faso7 (F.7) : Qui est le général Tchoutchoubatchou ?

Général Tchoutchoubatchou (G. T): Le général Tchoutchoubatchou à l’état civil c’est Abdoul Aziz Kéré. Je suis né à Abidjan, j’ai grandi à Abidjan, et c’est là-bas que j’ai eu le bac et après je suis rentré au Burkina Faso. J’ai de 26 ans, je suis communicateur d’entreprise de formation et j’ai une licence en géographie.

F.7 : En dehors de ça, que faites-vous de plus ?

G. T: Je suis comédien, artiste humouriste. J’ai fait une formation en jeu d’acteur à l’issue de laquelle j’ai obtenu une attestation. J’ai également fait une formation d’humoriste à l’issue de laquelle j’ai aussi obtenu une attestation. Je salue au passage Gérard Ouédraogo qui est l’un des devanciers de l’humour du Burkina Faso. C’est avec lui que j’ai fait la formation d’humouriste.

J’ai eu à tourner également dans des films. J’ai au moins tourné dans trois films (longs métrages) et une série qui ont été projetés dans les salles de cinéma et diffusés dans les télévisions.

« Faire rire était vraiment une passion pour moi » (Le Général Tchoutchoubatchou) Photo: DR

Aujourd’hui, j’évolue plus dans la web comédie sur les réseaux sociaux, notamment, Facebook, twitter, Instagram, et même Tik tok. Et aujourd’hui, ça avance bien, je totalise des millions d’abonnés et des millions de vues aussi.

F.7 : Vous avez plusieurs cordes à votre arc, mais pourquoi avoir choisi de vous consacrer spécialement à la web comédie ?

G. T. : Je peux dire que c’est depuis tout petit que je faisais la comédie. Faire rire était vraiment une passion pour moi. Depuis tout petit, on se retrouvait, on racontait des histoires, des blagues pour en rire.

Quand j’étais au lycée, il y avait des groupes de théâtres auxquels je participais. Je continuais donc l’école et le théâtre. Pour moi, ce n’était pas pour devenir comédien. Comme tout le monde, on avait des ambitions, on rêvait de devenir quelqu’un, parce que les parents sont là. Papa ne va pas te mettre à l’école du CP1 jusqu’en terminale et tu vas dire que tu vas devenir comédien. Il va dire mais toi là, tu es fou.

Pendant les vacances, depuis 2008, on menait des activités. On faisait du théâtre, de la danse, plein de choses. Et moi, j’étais plus spécialisé dans le théâtre.

Arrivé au Burkina après le BAC, j’ai continué mes études de géographie jusqu’à la licence comme le souhaitaient les parents. Après le diplôme, ce n’était pas facile d’avoir du boulot vu le nombre de candidats aux concours directs lancés par l’Etat burkinabè. Alors je suis parti m’inscrire pour une formation en communication dans l’espoir d’avoir toujours du travail. Heureusement, Après la formation, j’ai obtenu un travail dans une entreprise.

Etant dans l’entreprise, je continuais à jouer de la comédie. C’était des tournages à ne point finir. Le responsable de l’entreprise constatant que je suis dans deux activités à la fois, m’a demandé de faire un choix. J’étais face à un dilemme, à savoir conserver mon boulot dans un pays où le nombre de chômeurs ne fait que grimper, ou abandonner mon boulot pour me consacrer à ma passion. J’ai choisi ma passion. J’avoue qu’au début, ce n’était pas facile. Je n’ai pas mis l’argent au-devant. Quand tu mets l’argent au-devant, tu n’iras pas loin.

F.7 : Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?

G. T. : Au début, c’était vraiment compliqué. On n’avait pas le matériel, on ne connaissait pas des gens qui allaient venir pour filmer et monter gratuitement. Il fallait payer. Je me battais pour trouver de l’argent pour payer. Et quand je n’ai pas d’argent je ne fais pas de vidéo. Quand j’ai l’argent, j’appelle les professionnels qui viennent filmer, monter pour que je publie.

Après j’ai rencontré Hervé, un réalisateur monteur qui évolue aussi sur le web. Avec lui, on n’avait pas aussi tout le matériel nécessaire, on avait un peu et on se débrouillait.

La difficulté majeure, c’était au niveau du son. On n’avait pas le matériel. Quand on fait une vidéo avec le son de la caméra, avec le vent, ce n’est pas agréable. Arrivé au montage, on trouve que le son rend la vidéo inexploitable. Jusqu’aujourd’hui, on n’a pas tout ce qu’il faut mais au fur et à mesure, on essaie d’envoyer un peu un peu le nécessaire.

F.7: Vous êtes le web comédien le plus suivi du Burkina, mais dans la réalité, êtes-vous satisfaits du retour de vos admirateurs ?

« Beaucoup de personnes pensaient que je n’étais pas burkinabè « (Le Général Tchoutchoubatchou) Photo: DR

G. T. : Je suis très satisfait, car aujourd’hui, quand j’arrive dans un endroit, tout le monde parle de moi en m’appelant par mon nom. Certains s’approchent pour faire des photos et je suis très satisfait. Au départ, c’était compliqué car je croyais que je n’étais pas suivi. Beaucoup de personnes pensaient que je n’étais pas Burkinabè à cause de mon accent ivoirien. Donc quand on me voit dans certains endroits ils sont étonnés en me disant  » toi tu es au Burkina ici ? » parce qu’ils ne savent pas que je tourne au Burkina. Les gens sont contents de me rencontrer. Il m’arrive de manger même gratuitement dans des restaurants parce que des personnes se proposent de payer mes factures. Du métier de web comédien, (rire), je suis plus que satisfait aujourd’hui.

Les gens m’aiment et chaque fois ils veulent faire des photos avec moi. Ça fait que pour sortir même, c’est un problème. (rire).

 F.7 : Le métier nourrit-il son homme ?

G. T. : Le métier nourrit son homme car s’il ne nous nourrissait pas, il y a longtemps on avait abandonné. J’ai commencé en 2017 et si je suis toujours dedans, c’est que ça nourrit son homme.

« S’il ne nous nourrissait pas, il y a longtemps on avait abandonné » (Le Général Tchoutchoubatchou)

On ne peut pas dépenser sans rien avoir en retour. Au début, c’était une passion. Je ne faisais pas l’humour pour de l’argent mais l’argent est venu. Le but c’était d’être acteur et jouer dans les films et continuer mes activités à côté.

F.7: Certaines personnes estiment que les artistes étrangers sont préférés aux locaux. Quel est votre avis sur la question ?

G. T. : Je peux dire que certains de nos artistes visent uniquement les scènes locaux, c’est-à-dire qu’ils travaillent pour le plaisir des fans au niveau local.  On travaille, mais on ne veut pas toucher l’international. Par exemple moi je travaille pour pouvoir toucher l’international. Par exemple quand tu vas sur ma page, sur YouTube, on est suivi partout sur les différentes pages. Il y a des pays que je ne connais même pas mais qui me suivent. Pourquoi, parce qu’on fait des vidéos pour toucher l’international. Certains travaillent localement en visant le Burkina seulement. Si nous travaillons à rester local, on n’atteindra jamais l’international. Moi par exemple, bien vrai que je n’ai pas été sollicité à l’International, mais on m’a sollicité pour des contrats de publicité, et aussi je suis en relation avec une structure française, il y a aussi un média en Angleterre qui est le média d’un francophone qui est basé là-bas. Avec lui, nous travaillons sur un projet de jeu vidéo. Ils m’ont découvert à travers mes vidéos. Et ils ont pris contact avec moi. Je suis très sollicité. Je n’ai pas quitté le Burkina physiquement mais je travaille de manière à toucher l’international. Ce qu’on fait touche l’international. C’est vrai il faut valoriser le pays et les langues nationales mais on doit diversifier. Certains de nos artistes s’expriment uniquement en langues locales et ça limite leur champ d’intervention hors du Burkina Faso.

 F.7 : Comment changer les choses ?

 G. T. : Ce que moi je peux leur dire c’est de sortir de l’ordinaire. Ils doivent évoluer, faire des trucs extraordinaires.N Nous aussi on peut faire des choses extraordinaires. On doit quitter les répétitions, éviter de faire la même chose.

Moi par exemple, quand je fais mes vidéos, les gens pensent que je ne suis pas Burkinabè. Même des Burkinabè vivant hors du pays pensent que je suis ivoirien car ils pensent qu’on ne peut pas faire ça, sortir de l’ordinaire.

On est restreint en fait. Par exemple j’ai fait une vidéo drôle où je me suis déguisé en femme pour faire rire les gens. Après avoir posté la vidéo, certaines personnes m’ont écrit et d’autres m’ont appelé pour me dire qu’ils ne me connaissent pas comme ça. Que j’ai dépassé les limites. Quelqu’un même a fait un message en mooré pour me dire de ne pas faire ce genre de chose parce qu’on ne me connait pas comme ça.

« Un bon comédien n’est pas limité » (Le Général Tchoutchoubatchou) Photo: DR

Un comédien n’a pas de limites. C’est quelqu’un qui doit tout faire. Ce qui lui vient dans la tête et peut toucher l’international, il doit le faire. On ne fait pas les vidéos pour le Burkina Faso seulement donc on doit quitter l’ordinaire. Un jour, quelqu’un m’a envoyé un message qui m’a trop plu car il m’a dit que c’est vrai que je suis Burkinabè mais que je suis d’abord Africain. Je fais les vidéos pour l’Afrique et le monde entier. C’est comme ça je touche le monde entier. Mes vidéos sont partagées partout et j’ai des bons retours. Hier quelqu’un m’a signalé que deux de mes vidéos ont été reprises par le célèbre acteur américain Brad Pit. En effet, il a fait un collage de mes vidéos tik tok qu’il regardait en riant. On doit se donner les moyens de sortir de l’ordinaire pour être sur le toît du monde.

F.7 : En quelques mots, selon vous, quelles sont les qualités d’un web comédien ?

G. T. : Un bon comédien n’est pas limité. C’est la base. Si tu es limité, tu ne vas jamais avancer. Par exemple si on te demande de jouer le rôle d’un homosexuel, tu le joues et si on te demande jouer le rôle d’un prête ou d’un imam également, tu le joues.

F.7 : De géographe-communicateur à comédien, est ce que vos parents sont fiers de vous ?

G. T. : Oui je peux dire que les parents sont fiers de nous aujourd’hui. Dieu merci aujourd’hui j’arrive à payer pagne pour maman, pour les enfants pour les petites sœurs, et à aider ceux qui sont dans le besoin.

F.7 : Quels conseils allez-vous donner aux jeunes qui veulent faire comme vous ?

G. T. : Je peux dire d’être persévérant. Pour moi, c’est ma persévérance qui a payé. Au début, comme je l’ai dit, c’était compliqué. J’enlevais mon argent pour payer pour faire les vidéos.

« Pour moi, c’est ma persévérance qui a payé » Photo: Le Général Tchoutchoubatchou

Aujourd’hui, certains voient qu’il y a l’argent dans ce que le général fait. Lorsqu’ils vont se lancer et que ça ne va pas donner, ils se demander comment le général fait pour que ça marche.

Ce que je peux leur dire, c’est d’embrasser le métier par passion et de ne pas mettre l’argent devant. Celui qui pense dès le début à l’argent, il va abandonner.

Découvrez ici ??? les réponses du Général Tchoutchoubatchou dans la rubrique Face au micro7

Propos recueillis par Mariam Nignan

Faso7

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