Dr Boukary Sawadogo : l’ambassadeur du cinéma d’animation africain à New York

Du 14 au 22 novembre 2020, se tiendra le premier Harlem Animation Film Festival, un festival dédié à l’animation par des Africains, pour petits et grands. Cet évènement qui se veut un tremplin des talents africains a été mis en place par un Burkinabè, le Dr. Boukary Sawadogo. Le diplomate et écrivain est arrivé aux Etats-Unis d’Amérique en 2006 et est maintenant l’un des professeurs de cinéma africain le plus côté du pays de l’Oncle Sam. Faso7 est allé à sa rencontre à New York City, pour en savoir plus sur ce festival et aussi découvrir les multiples facettes de ce passionné de cinéma.

Faso7 : Qui est Boukary Sawadogo ?

Dr. Boukary Sawadogo : Bonjour. Je suis professeur de cinéma à City College à Harlem, qui fait partie du City University of New York. Je suis aussi conférencier et écrivain, mais la plupart de mes ouvrages sont en anglais donc ce n’est pas aussi connu et lu au Burkina Faso.

Avant le cinéma j’ai une formation de diplomate. Je suis passé par l’IDRI (Institut diplomatique et des Relations internationales) donc j’ai un côté diplomatie et géostratégie, que je n’ai pas encore vraiment eu l’occasion de pratiquer.

Avant cela j’ai fait l’Université de Ouagadougou pendant deux ans, au département d’Anglais, puis j’ai passé un concours pour l’Institut des Langues étrangères appliquées (ILEA) de Dakar pour lequel on recrutait 25 étudiants venus du Sénégal, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Bénin et Togo. Et là, après avoir obtenu la licence et la maîtrise à l’université Cheick Anta Diop je suis revenu à Ouagadougou. J’y ai fait divers petits boulots sur deux années, après lesquelles j’ai réussi au concours de conseiller aux affaires étrangères. Puis je suis arrivé aux Etats-Unis où j’ai obtenu mon master et mon doctorat. Je suis là depuis 2006.

Faso7 : Comment êtes-vous arrivé au cinéma ?

Dr. Boukary Sawadogo : Le cinéma et l’audiovisuel ont toujours constitué une passion pour moi. Dans mon Ouahigouya natal, où j’ai grandi, je me rappelle qu’en son temps il n’y avait pas beaucoup de postes téléviseurs. Il fallait marcher jusqu’à un autre quartier pour aller regarder la « télé noir-blanc », et le programme commençait à 18h30 pour s’arrêter à 22h30. C’était le programme local, et ce n’était pas synchronisé avec celui de la capitale. Régulièrement j’y allais et parfois j’avais le pincement au cœur de devoir rentrer à la maison ; et je me faisais réprimander car au lieu d’étudier j’allais regarder la télé.

Donc j’avais cet intérêt là depuis l’enfance, et quand j’ai eu l’occasion de faire un doctorat, j’étais vraiment à la croisée des chemins parce je pouvais continuer avec ma passion pour les relations internationales ou alors aller vers celle du cinéma. Je venais d’obtenir le diplôme d’études supérieures en relations internationales, qui me conférait un certain bagage intellectuel, et j’ai donc opté de faire quelque chose de différent pour la suite.

Après le doctorat, j’ai occupé un premier poste d’enseignant chercheur dans une université de l’Etat du Vermont. Puis je suis passé par Boston avant d’arriver à New York.

C’est vrai qu’arrivé à Ouagadougou on beigne dans l’atmosphère du FESPACO, les deux ou trois années que j’ai passées à Ouaga m’ont permis d’en voir deux éditions. Ce qui a encore renforcé cette attirance pour le 7e art. Il se trouve aussi que depuis tout petit j’avais une prédisposition à cela dans le fait que je suis un apprenant plus visuel que dans les autres sens. Voici donc ce qui me lie au cinéma.

Faso7 : D’où vous est venue l’idée du Harlem African Animation Festival ?

Dr. Boukary Sawadogo : Lorsque je faisais les recherches pour mon deuxième livre, sur l’enseignement et l’apprentissage des cinémas africains, je me suis rendu compte qu’il y a très peu d’écrits sur l’animation en Afrique. Et jusque là il n’y a pas un seul livre sur le sujet. Il n’y a que des articles et j’en ai compté à peine une dizaine. Ce vide m’a tiqué, et j’ai voulu faire un projet dessus, sans pour autant savoir la nature et la forme à y donner.

Dans le même temps j’avais un projet de festival que je voulais faire sur New York, qui allait concerner le cinéma africain. Cependant j’ai constaté qu’aux Etats-Unis ici il n’y a pas quelque chose sur l’animation. Par contre il y a deux festivals à New York, l’un sur le cinéma africain et l’autre sur la diaspora noire internationale de cinéma, qui présentent des productions africaines. Mais l’animation y apparaît vraiment sporadiquement.

Pourtant à travers mes recherches j’ai vu qu’il y a de la matière. Il faut donc donner de la voix, de la présence à une pratique du cinéma africain qui est là depuis presque soixante (60) ans et dont personne ne parle. En plus je sais que l’animation est un des grands vecteurs de la culture africaine et surtout de ce qu’on appelle en anglais ‘’storytelling’’. On raconte des histoires, et on anime les héros, les contes, les fables… c’est donc un ressort culturel, qui est non seulement important pour nous, de la diaspora, pour garder les liens avec l’Afrique, mais aussi pour que nos enfants puissent faire le lien avec leurs origines. Nous avons la chance d’avoir connu et de garder cette identité avec nous, mais c’est moins évident pour nos enfants qui naissent et grandissent ici. Ce serait donc pour moi un moyen de construire des passerelles pour eux.

Faso7 : Comment se présentera ce festival, surtout dans le contexte sanitaire actuel ?

Dr. Boukary Sawadogo : C’est la toute première édition du festival, et elle était prévue se tenir en début mai 2020. Mais avec la crise sanitaire nous avons repousser la programmation au17-18 octobre, en pensant que les salles seraient accessibles. Mais comme ce n’est pas le cas il fallait choisir entre tout arrêter pour attendre 2021 ou alors procéder à une réduction drastique du format pour le garder en 2020. Par rapport au projet initial il n’y a pas match mais au moins ça nous permettra de montrer notre volonté à le réaliser à ceux qui nous font confiance depuis le début et qui nous accompagnent. Les cinéastes impliqués aussi pourront avoir un tant soit peu de visibilité, en attendant de pouvoir faire les choses en grand en 2021. Les préparatifs étaient déjà avancés et il y a évidemment des pertes enregistrées, surtout sur les titres de transports, mais on espère faire mieux la prochaine fois.

Cette édition se déroulera donc entièrement en ligne. Les spectateurs pourront accéder aux films travers la plateforme Eventive dès le samedi 14 novembre. Et les panels se dérouleront sur la plateforme ZOOM, ceux qui sont intéressés peuvent s’inscrire à travers les différents prévus à cet effet.

Faso7 : Qu’attendez-vous du Harlem African Animation Festival ?

Dr. Boukary Sawadogo : J’attends de ce festival la création de passerelles entre l’Afrique et l’Amérique. Non seulement au niveau de la distribution, mais aussi que ce soit une plateforme où des diffuseurs locaux américains peuvent découvrir des talents africains qu’ils pourront produire, ou encore que des distributeurs achètent des droits de diffusion à des africains. Je voudrais donc que ce soit une plateforme de business qui profitera aux talents africains.

A travers les films programmés nous essaieront de faire un lien entre les générations. Nous avons par exemple des films de première génération comme « Samba le Grand » et « Kokoa » de Moustapha Alassane. Mais aussi des films d’animateurs plus jeunes comme « Soundiata Kéïta, le réveil du lion » de Abel Kouamé et « Coup de Balai » du burkinabè Nabaloum Boureima, dont l’inspiration pourrait venir de l’insurrection de 2014.

 

Programme du Harlem African Animation Festival 2020 :

Samedi, 14 Novembre 2020
> 2:00pm (19h TU): PANEL – Moustapha Alassane, un pionnier dans l’animation africaine.
Lien d’inscription: https://us02web.zoom.us/webinar/register/WN_IJvnWhOzQHK-qm-10wY7nw

> 4:00pm (21h TU): LIVE STREAMING des films: “Samba Le Grand”, “Malika et la Sorcière”, et “Kokoa”
Lien de diffusion : https://watch.eventive.org/mdcrentals/play/5fa07374f335710061ff5cd2

Dimanche, 16 Novembre 2020
> 10:30am (15h30 TU): LIVE STREAMING des films: “Coup de Balai”, et “Le Crapaud chez ses Beaux-Parents”

Lien de diffusion : https://watch.eventive.org/mdcrentals/play/5fa0750e61dcd1003e20f0b5

> 10:50am: PANEL – Discussion avec les Animateurs
Lien d’enregistrement :  https://us02web.zoom.us/webinar/register/WN_OwH6ytBWSHy4OnwG5-lhsw

> 6:00pm: LIVE STREAMING feature “Soundiata Kéïta, le réveil du lion”
Lien de diffusion : https://watch.eventive.org/mdcrentals/play/5fa076315e0b620059314c79

 

Du 16 au 22 Novembre 2020
Accédez à la sélection du festival à votre convenance à travers les différents liens ci-dessus.

 

Faso7 : Parlons de l’écrivain qui est en vous, combien de bouquins avez-vous à votre actif ?

Dr. Boukary Sawadogo : J’en ai trois, et ils sont tous sur le cinéma africain. Le premier, sorti en 2013, est en français et est un produit de ma thèse. Il s’appelle « Les Cinémas Francophones Ouest-Africains de 1990 à 2005 ». J’ai voulu regarder les transformations qu’il y a eu dans le cinéma sur quinze (15) ans.

En 2018 j’ai publié mon deuxième livre qui s’appelle « African Film Studies : An Introduction» qui est plus un manuel d’apprentissage et d’enseignement du cinéma africain, parce que c’est assez rare comme ouvrage. Et le troisième est « West African Screen Media, TV Series, Comedy and Transnationalization » dans lequel je traite des médias d’écran, autre que le cinéma. J’y fais une analyse à l’intersection de la comédie et des séries télé, et comment tout cela circule au-delà des frontières.

Je travaille sur un quatrième qui devrait sortir en 2021 si tout va bien, qui a un chapitre sur le cinéma mais qui est plus généralement axé sur l’immigration africaine au Etats-Unis, dans le cas particulier des immigrés africains à New York. Cela fait cinq ans que je travaille dessus, j’ai fait de nombreux interviews et de la recherche à Harlem entre autres.

Faso7 : Vous êtes alors un écrivain prolifique ; tirez-vous profit de ces œuvres ?

Dr. Boukary Sawadogo : Bien sûr. D’abord, dans le monde académique, notre carte de visite c’est d’abord nos publications. C’est bien d’avoir le doctorat, mais si vous avez le PHD et que vous ne produisez pas ça n’a pas de valeur. On veut savoir ce que vous apportez au niveau du savoir. A ce niveau donc je profite de mes ouvrages.

Ensuite, ils m’apportent une visibilité dans le cinéma africain en général, parce qu’on se retrouve souvent dans des espaces où on ne parle pas de cinéma africain, ça manque. Dans mon université par exemple je suis le seul qui enseigne le cinéma africain. Je ne veux pas faire prétentieux mais je pense que si je n’étais pas là ça n’aurait pas la prestance que ça a maintenant.

Aussi je reçois des invitations en tant que conférencier grâce à ces bouquins. En octobre dernier par exemple je devais me rendre à l’université de Yales pour un book-talk, nous l’avons finalement fait en ligne à cause du covid. Ce sont des interventions pour lesquelles je suis payé. En plus de cela les maisons de publication paient des droits chaque année sur l’exploitation des bouquins.

Faso7 : Pensez-vous publier des versions francophones de vos livres pour que les écoles de cinéma au Burkina et en Afrique en profitent ?

Dr. Boukary Sawadogo : C’est justement dans cet esprit qu’en décembre dernier j’étais au Burkina pour présenter et lancer mes trois ouvrages, et en profiter pour parler de cinéma dans un autre espace. J’ai en projet de les faire traduire en français, surtout les deux derniers, pour que l’espace francophone en profite. Mais évidemment c’est une question de temps. Je viens de finir le dernier, d’autres projets sont déjà alignés, il va donc me falloir trouver le temps. Parce que la meilleure personne pour faire cette traduction c’est moi. Elle se fera, et si ce n’est pas moi, quelqu’un d’autre s’en occupera.

(A suivre…)

 

Entretien réalisé par Stella Nana

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