Ka Cora : « J’ai des « pointinini », je les valorise »

De son vrai nom Ka Cora Reine, Ka Cora est une artiste originaire de la région du Centre-Sud du Burkina Faso, dans la province du Nahouri, dans la ville de Po précisement. Enseignante de formation et chef d’entreprise, après avoir évolué entre le Burkina Faso et le Ghana, elle s’installe définitivement au Pays des Hommes intègres en 2016 afin de lancer sa carrière musicale auprès de grosses têtes de la musique burkinabè tels que Bil Aka Cora et Dicko Fils. Dans un entretien accordé à Faso7, elle lève le voile sur sa personnalité, sur sa carrière et surtout sur son nouveau concept ‘’5 fois Pointinini’’.

Photo Ka Cora/D.r

Faso7 : D’où est venu le nom Ka Cora ?

Ka cora : C’est mon nom en gourounsi. Ka Cora, c’est le nom de ma grand-mère que je porte. C’est un nom très significatif et qui est très beau. C’est la raison pour laquelle j’ai préféré la garder comme ça.

Faso7 : Ce nom fait penser à quelqu’un de très bien connu au Burkina Faso dans le milieu de la musique. Bil Aka Cora. Est-ce que vous venez de la même famille ?

Ka cora : Les Cora sont de la même région. C’est la raison pour laquelle il y a cette ressemblance sinon on n’est pas forcément de la même famille. Mais il y a un lien entre nous parce que je le considère comme mon papa car c’est lui mon formateur dans la musique.

Faso7 : Parlez-nous de votre parcours artistique.

Ka Cora : (Rire) Il s’agit de toute mon adolescence. Mais c’est en 2016 que je suis arrivé ici et j’ai cherché à connaitre les gens du showbiz burkinabè. J’ai cherché à savoir comment ça se passe les choses ici. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance des aînés qui m’ont conseillé de faire de la musique tradi-moderne comme notre feu Djata Ilebou. C’est ce qui m’a amené à chercher à rencontrer mon père, mon oncle et le vieux père Bil Aka Cora. J’ai passé deux ans à ses côtés et je suis ensuite allée à l’INAFAC (Institut natinal de formation artistique et culturelle) pour me performer. Après quelques temps là-bas, j’ai fait la rencontre de Dicko Fils qui m’a soutenu énormément à faire mon tout premier single  »Ambol sono ». J’ai ensuite fait mon album qui est sorti en 2018 et dénommé « l’ombre de ma mère »  »anouworo » en kasséna parce que j’ai hérité la musique de maman. C’est dans la famille de ma maman qu’il y avait la musique. C’est à mon tour de prendre la relève. Après 07 mois, j’ai accompagné l’album d’un single que je suis allée faire dans mon deuxième pays, le Ghana que j’ai dénommé « la grace ».

Faso7 : Quels sont les titres qui vous ont fait connaitre ?

Ka Cora : Le titre en feat avec Dicko Fils,  »Ambol sono » et le troisième titre  »Kala Kala » de mon album que les gens ont beaucoup aimé. Dans mes spectacles ce sont ces  titres que les fans réclament le plus.

Faso7 : Quels sont les projets artistiques de Ka Cora ?

Ka Cora : (Rire) Mes ambitions musicales sont tellement énormes que je ne saurai les citer. Depuis 2019, je n’ai rien sorti parce que je suis mon propre producteur vu qu’il n’y a pas d’industrie musicale au Burkina Faso. Ce sont mes activités, mon entreprise et mes épargnes qui m’aident à produire ma musique. Du coup, j’ai freiné une année pour épargner de l’argent afin de pouvoir replacer ma carrière, la reconstruire d’une autre manière parce que j’ai de grandes visions. Elles vont au-delà de la Ka Cora qui fait du tradi-moderne que vous connaissez. J’ai de très grandes ambitions.

Photo Ka Cora/D.r

Faso7 : Actuellement la communication autour de Ka Cora est très particulière. Elle met sa poitrine en valeur et se fait appeler la Bad Girl 5 fois Pointinini. Est-ce de la provocation ?

Ka Cora : C’est juste naturel. (Rire) Pointinini c’est un concept comme tous les autres vous avez connu auparavant. C’est un concept comme ‘’bobaraba’’, ‘’miss lolo’’ ‘’bobara fitini’’. Je crois que chacun doit s’assumer. Moi aussi j’ai des ‘’pointinini’’ je les valorise. Je n’ai même pas su que cela allait susciter de la curiosité, choquer ou faire parler autant les gens. J’ai juste mis ma photo et je ne sais pas pourquoi les gens ne se sont pas intéressé à mon beau sourire, mes dents, mes cheveux et c’est là-bas seulement les gens sont tombés. Ça m’a vraiment étonné. Je ne sais pas. Pourtant, il y a des femmes qu’on croise en ville qui sont comme les autres, qui ont des seins qui sont en bas, d’autres en ont petits et ça ne fait rien. Pourquoi pour moi devrait être un problème ? Ça m‘a vraiment étonné.

Faso7 : Pointinini est donc devenu un concept ou il sera un concept ?

Ka cora : C’est comme je vous l’ai dit. C’est naturel. En fait je fais allusion un peu à l’histoire du Nahouri, le pic du Nahouri. Ce sont deux montagnes jumelées très pointues. J’ai aussi mes deux pointinini qui sont très pointus également. En plus de ça, j’ai ma voix qui complète le tout à cinq. Voilà donc ce que signifie 5 fois pointinini. Les deux montagnes, ma poitrine pointinini et ma voix. Quand le pays va retrouver sa stabilité, le concept pointinini va venir.

Faso7 : Est-ce que vous ne frustrez pas les autres femmes qui n’ont pas de pointinini ?

Ka Cora : Je ne savais pas que les gens allaient prêter attention à ça. Maintenant je ne sais pas pourquoi ça doit les frustrer. Vraiment si je les frustre je tiens à leurs demander pardon.

C’est un retard morphologique que j’ai subi. Quand j’avais les seize, dix-sept et dix-huit ans, je n’avais rien au niveau de ma poitrine. Toutes mes camarades se moquaient de moi. Aujourd’hui je crois que c’est la nature qui m’a béni de la sorte et je ne peux pas me permettre de m’enrouler, m’envelopper dans des habits dans des vêtements parce que à peine y’a ma poitrine qui est dressée. Donc je suis vraiment désolée. Je suis naturelle. Je suis vraie et si j’ai choqué des femmes, vraiment veuillez m’excuser. Je demande de m’accepter comme ça.

C’est aussi quelque chose qui relève de ma culture. Chez nous en pays Gourounsi la femme, c’est sa poitrine qu’elle se doit de valoriser. Il y a des festivals après les récoltes, pendant la pleine lune, on se met toute nue, on pétrit la poitrine avec de l’argile et on l’exhibe. Et c’est à ces occasions qu’on sélectionne les braves garçons qui viennent à leur tour choisir les vraies femmes. Je suis très naturelle. Je ne crois pas qu’il y ait une artiste très originale dans ce showbiz-là plus que moi parce que j’aime toujours aller à l’origine et faire ressortir ça avec les choses de maintenant.

Photo Ka Cora/D.r

Faso7 : Comment réagissent vos proches souvent face aux commentaires négatifs à votre endroit ?

Ka cora : Moi je m’assume. Si j’étais handicapée j’allais assumer. Si j’étais borgne j’allais assumer. Ces commentaires mal placés ne me disent absolument rien parce que j’ai mon ambition. J’ai ma vision. Ceux qui vivront, verront si Dieu nous accorde une longue vie. Il ne s’agit pas de m’exhiber. Ce sont ceux qui ne sont pas trop cultivé musicalement qui sont les auteurs de ces commentaires-là. Ceux qui ont l’esprit ouvert, ceux qui sont une fois sortis du Burkina et qui aiment les artistes, savent ce que je suis entrain de faire. Je ne crois pas que ces commentaires sans valeurs peuvent venir m’empêcher de poursuivre mon ambition. J’ai choisi mon chemin et je l’assume.

Faso7 : Quel est le regard de Ka Cora sur les femmes du showbiz burkinabè ?

Ka Cora : Les femmes de notre showbiz sont toutes des belles femmes et des femmes très battantes car le showbiz burkinabè n’est pas du tout facile. Il n’y a pas d’industrie musicale au Burkina. Il n’y a rien pour accompagner les artistes Je leur tire mon chapeau. Que chacune use de la carte qu’elle détient pour pouvoir commercialiser sa musique. Moi j’ai décidé d’arranger mon image car on dit que c’est l’emballage qui vend le produit. Si une autre femme à sa ma manière pour faire vendre son produit, je l’encourage. Un artiste ne se cache pas. L’art c’est de l’esprit. Si tu veux être ce qui n’est pas toi, il va te lâcher un soir ou un matin. Il s’agit d’être vrai J’invite surtout les femmes à s’assumer. Je m’adresse en même temps à mes fans. Au lieu de rester là à m’insulter derrière l’écran là, qu’elles s’expriment. Elles ont quelque chose en elle qu’elles cachent. Qu’elles extériorisent leurs savoirs faire. C’est ce qui les fera du bien. On a une seule vie. Dans cette courte vie où des jeunes chutent quotidiennement comme des feuilles de gombo, si tu vas t’envelopper dans ta peau en te jouant les saints, tu resteras ainsi parce que tu n’influenceras personne. Ceux qui pensent que KA Cora met ses atouts en valeurs, alors elle doit être une femme aux jambes légères, peuvent venir essayer pour voir. Ceux qui ont essayé savent. Ils ne se sont pas contentés de taper le poteau. Ils l’ont arraché.

Faso7 : Est-ce que Ka Cora peut confirmer ou infirmer la rumeur selon laquelle, pour se faire une place dans le Showbiz, il faut accepter les avances des hommes ?

KA Cora : Je ne peux pas confirmer. Je suis arrivée dans la musique en me battant avec mes propres moyens jusqu’à la réalisation de mon premier album. Une femme qui a les jambes légères ne peut pas lever le petit doigt dans le showbiz. Ce n’est que les femmes qui ont du caractère qui s’en sortent. Actuellement, je suis en train d’épargner encore de l’argent pour mes projets musicaux à venir. Je n’ai pas jamais connu ça. Mais je tiens à dire que ce n’est pas seulement dans le showbiz. Même si tu n’es pas dans le showbiz et que tu es une femme de ce genre-là, que tu sois vendeuse d’arachide ou de piment frais, tu vas t’y donner. Mais si tu es une femme de caractère qui sait ce qu’elle veut, tu sauras qu’il faut se battre pour s’imposer. Il s’agit de la personne même d’abord. Avec le concept pointinini Ka Cora la Bad girl, je fais mon markéting. C’est le personnage artistique. Je vends ça. Ceux qui me connaissent hors des médias savent qui je suis. Il faut souvent surprendre les gens. C’est comme ça la vie et c’est très important.

D’ailleurs il faut comprendre que le showbiz c’est de l’argent. Si tu as l’argent dans le Showbiz, tu fais tout ce que tu veux. Tu n’as pas besoin de te distribuer comme Bluetooth aux hommes pour t’imposer.

Les burkinabè aiment trop ce qui vient d’ailleurs. Je demande à nos fans burkinabè de nous laisser nous exprimer. Quand un artiste est trop compressé, il ne peut pas s’exprimer. Laisser nous nous exprimer. Vous voyez avec ce qui s’est passé avec feu dj Arafat. Il avait la facilité de créer de la musique partout que ça soit dans sa chambre ou dans ses toilettes parce qu’il avait la liberté de s’exprimer. Ici nous n’avons pas cette liberté. Je me demande pourquoi. Lorsque Eudoxie Yao venait au Burkina Faso, les commerçants ont fermé les boutiques pour aller la voir. Les gens vont payer l’argent pour voir les femmes d’ailleurs pourtant il n’y a pas plus belle femme que les femmes burkinabè. Elle a même été invité au 11 décembre. Moi je suis burkinabè, j’ai toujours demandé à croiser certaines autorités burkinabè mais on ne m’a pas reçu jusqu’aujourd’hui. L’argent qu’on donne ailleurs là, donnez-nous pour que nous puissions investir et tout reste entre nous ici. Consommons burkinabè. Mais ce sont les critiques violentes que les burkinabè ont toujours eu à l’égard de leurs artistes.

Faso7 : Est-ce que le coronavirus a impacté les activités de Ka Cora ?

Ka Cora : Oui Coronavirus a beaucoup impacté mes activités. Je suis PDG de 03 entreprises. J’emploie 48 personnes. Aucune d’entre elles ne peut fonctionner normalement actuellement. Déjà je devais sortir mon premier single dans ma nouvelle tendance qui fait que je suis en collaboration avec des artistes de l’extérieur. Ça n’a pas pu sortir à cause de coronavirus. J’ai une ligne de vêtement de ma marque ‘’Piou’’ dont je faisais venir les vêtements de l’extérieur. C’est aussi bloqué parce que les vols sont arrêtés. J’ai aussi une entreprise dans le domaine de l’hygiène publique dénommée hygiéna. C’est la seule qui fonctionne doucement actuellement du fait que coronavirus exige la propreté. Personne ne peut dire que le coronavirus ne l’a pas touché. On prie Dieu afin qu’il ramène la santé.

Faso7 : Pourquoi vous ne mettez pas votre côté business en avant pour aussi influencer vos sœurs burkinabè ?

Ka Cora : Je suis une femme qui a hérité l’entreprenariat de sa mère. Les Burkinabè aime juger tôt. Il faut qu’on apprenne à connaitre les gens avant de les juger. Les insultes ne peuvent rien contre moi car ce n’est pas cela qui paie mon loyer. Ce sont mes entreprises, ma musique. Je suis très responsable. Avec le temps, je présenterai les photos dans lesquelles je suis entrain de laver les terrasses, pulvériser les sols, les WC. Les gens comprendront que ce n’est pas par ce qu’on est femme claire, qu’on a les seins pointus et des fesses qu’on ne doit pas travailler et qu’on doit se laisser aller dans le désordre. Ce n’est pas ça.

Faso7 : Est-ce que Ka Cora est un cœur à prendre ?

Ka Cora : Non je ne le suis plus (rire)

Ka Cora/Faso7

Faso7 : Un message pour vos fans ?

Ka Cora : Je demande à tous mes fans ainsi qu’à tous les fans de la musique burkinabè de nous accompagner et de nous accepter comme nous sommes. Il faut nous permettre de nous libérer. Il faut nous permettre de libérer notre génie créateur par ce que nous sommes trop compressés. Les critiques violentes nous tuent. Ceux qui sont faibles mentalement, ils lâchent facilement. Des gens viennent sur les réseaux sociaux pour m’insulter jusqu’à ma mère parce que j’ai décidé de faire de la musique ou tout simplement par ce que je me suis faites de jolie photo.

A mes jeunes sœurs, je voudrais vous demander de vous battre. Une femme n’est belle que lorsqu’elle est indépendante. Si tu n’es pas indépendante, tu ne peux pas être belle. Tu deviens un torchon. Personnellement la clé de mes jambes est tombée dans le barrage de Tanguin.Je fais tout par mes propres moyens. Je travaille. J’aime le travail. Je vends même l’eau glacée. A toutes mes sœurs qui me suivent, arrêtez d’investir dans les grosses perruques, les téléphones de marque très chers ou les grosses motos dans que vous n’avez pas une activité qui peur vous faire gagner 20000 ou 100000 f à la fin du mois. Si vous tombez malade, comment vous faites ? Battez-vous les femmes. La beauté seule ne suffit pas. Personnellement je suis belle, j’ai une belle poitrine, je suis claire mais cela seulement ne suffit pas pour définir une femme. Moi je travaille toujours. Avec le temps, je présenterai certaines photos de moi en train de travailler. Peut-être que ça sera le moment où ceux qui m’insultent vont changer de mentalité à mon égard. Ils auront honte. J’aime surprendre.

Interview réalisée par Amadou ZEBA

Faso7

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