Couvre-feu au Burkina Faso : Une infirmière battue par deux policiers au sein du CSPS de Magourou

Dans la nuit du mardi 26 au mercredi 27 mai 2020, Aminata Ouédraogo/Badini, Agent Itinérant de Santé, mère de 03 enfants, en poste au Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Magourou dans le district sanitaire de Garango a été battue par deux agents de police du commissariat de la commune de Garango en patrouille pour le respect du couvre-feu. Elle venait de porter assistance à une femme en travaille. Joint au téléphone par Faso7, Mme Ouédraogo est revenue sur les faits.          

« Nous sommes trois agents de santé au CSPS mais je suis la seule à loger au sein du CSPS. Lorsqu’il y a des cas, on m’appelle à l’aide. Ce jour-là, l’accoucheuse m’a appelé aux environs de 20h50 à la maternité pour l’aider à gérer une urgence. Une femme voulait accoucher. Lorsqu’on a fini l’urgence, il était 22h35. Je revenais à la maison lorsque quelqu’un m’a braqué une torche dans les yeux. Ma maison se trouve au sein du CSPS qui n’est pas clôturé. Je me suis plains mais la personne persistait. J’ai dit que c’était de l’impolitesse de braquer une personne de la sorte. La personne insistait toujours. Je suis donc rentrée précipitamment chez moi.

C’est ainsi qu’ils ont démarré leur moto et me rejoindre chez moi. Ils ont tapé à la porte que j’avais pris le soin de fermer après être rentrée. Ils m’ont demandé de sortir, chose que j’ai refusé. Je leur ai dit que je ne peux pas sortir à cette heure pour recevoir quelqu’un. Et même s’il s’agissait d’un malade, le règlement voudrait qu’il passe par le gardien qui viendra m’appeler. Ils m’ont dit qu’ils sont de la police. J’ai donc compris que c’était eux qui m’avaient braqué la torche. J’ai pris l’intention de sortir pour leur demander des excuses et me présenter.

Dès que j’ai ouvert la porte, l’un d’entre eux a lancé  »madame couchez-vous ». Je lui ai demandé pourquoi me coucher. Il m’a répondu qu’il est l’heure du couvre-feu et que je suis dehors. Je n’ai pas eu le temps de lui dire que je viens de faire accoucher une femme qu’il a commencé à me ruer de coups avec sa matraque en insistant pour que je me couche. Je leur ai dit que je ne me coucherai pas parce que je n’estime pas avoir fait quelque chose de grave. Je suis juste allée aider une femme à accoucher à la maternité et mon domicile même est au sein de l’hôpital.

Ils ont donc décidé qu’ils vont m’amener au commissariat, chose que je n’ai pas contesté. Contre toute attente, l’un d’entre eux m’a demandé mon laissez-passer. Je lui ai dit que je dors au CSPS donc le laisser passer n’est pas opportun pour moi. D’ailleurs le laissez-passer n’a été délivré à aucun agent des CSPS du district de Garango à ma connaissance. C’est ainsi qu’ils m’ont répondu qu’ils ne sont pas des topographes pour connaitre la limite du CSPS. Ils m’ont ensuite demandé ma pièce et demandé que je leur demande pardon. J’ai catégoriquement refusé parce que je n’ai fait rien fait d’anormal. Mon mari était présent. Ils lui ont dit qu’à sa place, ils ne supporteraient pas une femme comme moi. C’était aussi en présence de mes 03 enfants et des 03 enfants déplacés internes de Kongoussi qui sont à ma charges ».

Mais pour Mme Ouédraogo, l’histoire ne s’arrête pas là. Le lendemain de la bastonnade par les deux policiers, elle a fait le point à ses supérieurs hiérarchiques. 

« Lorsque l’infirmière chef de poste est arrivée ce matin, je lui ai raconté ce qui s’est passé la veille. Elle a demandé qu’on parte au commissariat pour nous plaindre auprès des supérieurs. Après nous avoir entendu, sans même qu’on me présente ceux qui m’ont frappé à tort, on me dit de laisser tomber parce qu’on est une famille. Quelqu’un ne peut pas me frapper à tort devant mes enfants et sans se présenter à moi pour reconnaître son erreur et on me dit de laisser tomber. Je suis donc allé à la gendarmerie pour poser plainte. Là-bas on m’a demandé de patienter pour qu’il transmettre une réquisition à notre ICP ».

Pour protester contre cet acte, le CSPS de Magarou est resté fermé ce 27 mai 2020 au grand désarroi des populations. Il faut noter que Magourou est à 07 km de Garango, commune urbaine du Burkina Faso, située dans la province du Boulgou et la région du Centre-Est.

Faso7

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