Construction d’un hôpital en 21 jours au Burkina : Les initiateurs « toujours en attente d’un retour »

Le Burkina Faso a enregistré ces premiers cas confirmés de Covid-19 officiellement le 09 mars 2020. Depuis cette date, la maladie a gagné du terrain au pays des Hommes intègres avec 632 cas confirmés après 47 jours. Pour freiner sa propagation, les autorités du pays à l’instar des autres pays de la sous-région ont mis en place un plan de riposte. Cependant, le Burkina Faso fait face à un manque chronique d’infrastructures sanitaires si bien que les autorités avaient prévu de louer des hôtels pour la prise en charge des malades. Pour répondre à ce besoin urgent d’infrastructures, des jeunes burkinabè avec à leur tête l’architecte Arnaud Sawadogo ont proposé de mettre en place, en 21 jours, un centre de prise en charge des patients atteints de Covid-19. Le jeune entrepreneur, lauréat en 2019 du 1er prix du concours d’architecture pour la construction du siège de l’Ordre des architectes du Burkina Faso et par ailleurs ancien meilleur bachelier de 2011 au Burkina Faso, toute série confondue, pense son projet réalisable. Après présentation de son projet aux autorités, Faso 7 est allé à sa rencontre le vendredi 24 avril 2020.

Faso7 (F7) : Pouvez-vous revenir en substance sur le projet de construction du centre d’accueil des patients de Covid-19 en 21 jours que vous aviez proposé ?

Arnaud Sawadogo (A. Sawadogo) : Actuellement, c’est Tengandogo (Centre hospitalier universitaire de Tengandogo, ndlr) qui est réquisitionné pour la prise en charge des malades de Covid-19. On constate que le nombre de cas confirmés ne fait que grimper. Il était donc nécessaire de prévoir des infrastructures au cas où Tengadogo serait débordé. De façon spontanée, nous avons proposé de réfléchir sur une infrastructure qui pourrait être mise en œuvre très rapidement vu le contexte d’urgence et qui pourrait non seulement prendre en charge les malades et aussi qui pourrait servir à augmenter l’offre de nos hôpitaux après la pandémie.

C’est dans ce contexte que nous nous sommes organisés en une équipe que nous avons appelée ‘’Collectif Laafi’’, composée d’architectes, d’ingénieurs, de médecins et d’autres spécialistes. Nous avons été soutenus massivement à travers les réseaux sociaux par plusieurs personnes. Cela nous a  donné les forces nécessaires d’aller au bout de notre proposition.

En amont, nous avons lancé un sondage pour regrouper les avis de toutes les personnes qui nous soutiennent. Nous avons été agréablement surpris de savoir que les gens adhéraient massivement au projet. 95% des personnes sondées étaient d’accord de contribuer financièrement pour la mise en place d’un tel projet. Cependant, nous nous sommes dit qu’un tel projet doit être soutenu par nos plus hautes autorités vu l’urgence. Après 03 jours de travail sans relâche, nous avons fait une proposition d’un bâtiment qui peut être mis en œuvre dans un délai 21 jours avec des matériaux qui sont disponibles localement.

Nous avons déposé le projet à la Présidence (du Faso), au Premier ministère et au ministère de la santé. Nous sommes toujours en attende d’un retour, mais nous avons des avis très favorables de plusieurs personnes qui nous demandent d’aller jusqu’au bout du projet. Nous sommes en train de réfléchir à mettre en place de façon participative un module en attendant l’accompagnement de nos autorités.

F7 : Pensezvous concrètement qu’il est possible de mettre sur pied un centre médical en 21 jours dans un pays enclavé comme le Burkina Faso ?

A. Sawadogo : Dans notre centre, nous avons prévu un laboratoire d’analyse, une salle de réanimation, des bureaux pour les médecins et un espace de prise en charge des cas moins sévères de covid-19 qui ne nécessitent pas de la réanimation. Le projet que nous avons proposé est un module de 50 lits. Pourquoi un module de 50 lits ? Parce qu’on s’est dit qu’avec un tel module, le projet peut être mis en œuvre dans beaucoup de villes où le besoin se fera sentir.

Dans les villes comme Ouaga et Bobo, si le besoin est plus grand, on peut dupliquer le module autant qu’on le souhaite. C’est-à-dire que si nous voulons un centre de 200 lits, on duplique le module quatre fois toujours avec la même durée de 21 jours. Nous pensons que localement, nous avons les ressources humaines et techniques nécessaires pour mettre en place ce projet-là.

Tout ce qui rentre en œuvre dans la construction de ce centre se préfabrique notamment la charpente métallique qui sera préfabriquée en amont par les ateliers de soudures. Les parois extérieures du bâtiment sont en panneaux de bétons préfabriqués qu’on fait sans problème localement avec une mise en œuvre très rapide. A l’intérieur tout ce qui est cloisonnement, on va travailler avec des panneaux de placoplâtres amovibles qu’on peut bouger à tout moment. Techniquement, tout cela a été étudié avec des spécialistes pour la programmation. En 21 jours, cela est bel et bien possible.

F7 : Quel est le coût du projet ?

A. Sawadogo : Le projet est estimé à environ 500 millions de FCFA. Ce coût ne prend pas en compte les équipements biomédicaux. Notons que ce centre aura en son sein, un laboratoire d’analyse et salle de réanimation qui sont très spécifiques et qui lui donneront plus de valeur.

F7 : Est-ce que vous avez été contacté par les autorités après présentation de votre projet ?

A. Sawadogo : Cela fait une semaine que nous avons déposé le projet à la Présidence et nous sommes en attente. Jusqu’à présent, nous n’avons pas été contactés mais nous espérons que ça ne saurait tarder.

F7 : L’entretien tire à sa fin, est ce que vous avez un message à lancer ?

A. Sawadogo: Je voudrais exhorter dans un premier temps chacun à mettre en place des initiatives citoyennes quel qu’en soit son domaine de compétence. On se dit que la main dans la main, on peut réaliser quelque chose. Ce que nous souhaitons, c’est que cette épidémie puisse être maitrisée au Burkina Faso. C’est dans ce contexte que nous avons jugé urgent de faire la proposition de ce centre. Si nos autorités nous soutiennent, c’est d’ailleurs ce que nous souhaitons vivement, on pourra mettre sur place ce centre-là afin de prévenir ce que nous ne souhaitions pas, c’est-à-dire tout ce qui peut être considéré comme le chaos pour le Burkina Faso. Nous pensons pouvoir anticiper avec ces infrastructures qui serviront une fois après la fin de la pandémie. Nous avons de grands avantages à mettre en œuvre un tel projet.

Interview réalisée par Amadou ZEBA

Faso 7

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