Fespaco 2025 : Le réalisateur malgache Luck Razanajaona, à travers son film « Disco Afrika », invite la jeunesse africaine à prendre en main son destin

Après avoir remporté un Poulain d’argent lors du Fespaco 2015, le réalisateur malgache Luck Razanajaona revient en compétition pour cette 29ᵉ édition avec son long métrage Disco Afrika, présenté dans la section Perspective 2025. Il a dévoilé son œuvre à une équipe de Faso7, ce dimanche 23 février 2025.

Disco Afrika est un film qui dépeint les problèmes socio-économiques et culturels de la jeunesse malgache au lendemain des indépendances. Il raconte l’histoire de Kwame, un jeune de 20 ans qui tente de gagner sa vie dans les mines clandestines de saphir.

Suite à un drame, il doit retourner dans sa ville natale, où il retrouve sa mère, d’anciens amis, mais aussi la corruption qui gangrène son pays. Ballotté par des sentiments contradictoires, il devra choisir entre l’argent facile et la fraternité, l’individualisme et l’éveil à une conscience politique.

« Madagascar a sa particularité. C’est un pays qui n’a jamais connu de guerre, un pays très riche, mais aussi laminé par la corruption et de nombreux problèmes sociaux. J’ai donc choisi de raconter Disco Afrika sur une période allant des années 2000 à aujourd’hui », a expliqué le réalisateur Luck Razanajaona.

Ayant été travailleur social, Luck Razanajaona a été témoin des difficultés traversées par les Malgaches en raison des instabilités politiques. « Je me suis inspiré de mon expérience sociale pour façonner le personnage de Kwame, un jeune sans diplôme, un peu perdu, car il ne connaissait ni son histoire ni son père. À travers son parcours initiatique, on découvre les réalités de Madagascar. Au début, Kwame est un jeune naïf et calme, mais au fil du temps, il ouvre les yeux sur son pays et commence à réfléchir à ce qu’il peut lui apporter en tant que citoyen », a-t-il expliqué.

Ce film est rythmé par des sonorités post-indépendance, un choix assumé par le réalisateur, qui souhaitait rendre hommage aux artistes de l’époque tout en rappelant l’espoir qui animait les Africains à cette période. Notons que Disco Afrika est aussi un titre du groupe musical ghanéen The Ogyatanaa Show Band. « À cette époque, les gens pensaient que l’Afrique était indépendante et que tout irait bien. Mais beaucoup de grands artistes ont continué à véhiculer des messages de réveil politique », a-t-il souligné.

Ce film ne se limite pas à Madagascar. Il concerne tous les pays d’Afrique, selon Luck Razanajaona. « Pour moi, il est essentiel de montrer que chaque citoyen, qu’il soit au Burkina Faso ou à Madagascar, a un rôle à jouer pour améliorer la situation. Nous avons longtemps fait confiance aux politiciens, mais le constat est amer : c’est un échec. Aujourd’hui, c’est à la jeunesse de prendre son destin en main. Que tu sois dans la diaspora ou ailleurs, tu as une mission : créer des projets qui bénéficient à ton pays natal. L’important est d’avoir un impact direct sur les concitoyens », a-t-il déclaré.

Il estime également que les jeunes doivent s’impliquer politiquement. « Il faut s’engager, voter et exercer ses droits pour améliorer le pays. C’est nous qui y vivons et nous avons notre mot à dire », a-t-il ajouté.

Le cinéma en souffrance à Madagascar

Par ailleurs, Luck Razanajaona a évoqué la situation du cinéma à Madagascar, un pays dépourvu de fonds pour la production cinématographique et en manque de techniciens qualifiés pour réaliser des longs métrages. Après l’indépendance, les réalisateurs formés en Russie ont dû faire face à l’idéologie politique d’un gouvernement communiste.

« Ils ont eu du mal à exercer leur métier et ont fini par immigrer en France, ce qui a conduit à la disparition du cinéma malgache dans les années 1980 et 2000. Les salles de projection ont fermé, et les gens ont perdu l’habitude d’aller au cinéma », a-t-il expliqué.

La nouvelle génération de cinéastes malgaches est confrontée à des défis liés au financement, au manque d’acteurs professionnels et aux difficultés de distribution de leurs œuvres. « À Madagascar, il n’y a pas d’acteurs professionnels. Disco Afrika a donc été réalisé avec des personnes ordinaires », a précisé le réalisateur.

Il s’agit du premier film entièrement tourné en langue malgache avec des acteurs locaux. « Auparavant, les films étaient réalisés en français ou en mélangeant le français et le malgache », a-t-il rappelé.

Disco Afrika a été projeté le dimanche 23 février 2025 à 18 heures à Canal Olympia Pissy. En cas de victoire, Luck Razanajaona dédiera son prix à l’actrice ayant incarné la mère de Kwame, décédée deux semaines avant la finalisation du film.

Josué TIENDREBEOGO

Faso7

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