FESPACO 2025 : Le réalisateur burkinabè Michel K Zongo est en compétition officielle avec son film « L’homme qui plante des baobabs »

« L’homme qui plante des baobabs », c’est le dernier-né du réalisateur burkinabè Michel K Zongo. En compétition officielle dans la catégorie documentaire à la 29ᵉ édition du FESPACO, le réalisateur s’est confié à Faso7, le mercredi 19 février 2025. Son inspiration, les conditions de tournage, les difficultés et son regard sur le cinéma africain en général ont été quelques aspects abordés lors de l’entretien. Fier de sa réalisation, il invite les Burkinabè et les festivaliers du FESPACO à découvrir son œuvre, le dimanche 23 février 2025 à 20H30 au niveau de la salle « Canal Olympia Idrissa Ouédraogo » à Pissy et le mercredi 26 février à 16H00 au ciné Burkina, car selon lui, son « cinéma est une mission » et il fait du « cinéma utile ».
Faso7 : D’où est venue l’inspiration pour réaliser un tel film documentaire ?
Michel K Zongo : L’inspiration vient de beaucoup de choses. Vous savez, quand on est créateur, on est nourri par nos imaginaires, on est nourri aussi par notre éducation culturelle. Un jour, j’ai lu comme ça sur les réseaux ce qu’El Hadj Salifou Ouédraogo a fait. Ça m’a intrigué. Je me suis dit, mais comment quelqu’un peut planter des Baobabs comme ça ? Dans ma culture, il y a toujours des préjugés sur le baobab. On dit que c’est un arbre de génie et qu’on ne plante pas un baobab. Quand tu plantes un baobab, tu vas mourir.
Je me suis dit, mais comment il a pu défier tout ça et il vit. Je m’intéresse aussi à la question environnementale. Ça, c’est quelque chose de personnel. J’aime la nature, j’aime tout ce qui est vert. Et en plus, on parle de changement climatique, on parle d’engagement citoyen, on parle de programmes de COP21. Toutes les nations se mobilisent autour de l’environnement pour essayer de réparer ce qu’on a causé comme dégâts. Donc, j’ai travaillé justement pour arriver à cette version aujourd’hui, qui participe à ce FESPACO.
Faso7 : Quels mesages voulez-vous transmettre à travers ce film?
Michel K Zongo : Le message que j’essaie de transmettre, mais à travers justement El Hadj Salifou, c’est d’abord la résilience, la conviction d’un homme et aussi et surtout le courage et l’amour, la passion. Quand vous voyez ce monsieur avec ses arbres, c’est au-delà de planter des arbres. C’est une déclaration d’amour à la nature. Et ça, j’ai envie vraiment que ça soit perçu comme ça dans le film.
C’est un geste peut-être simple, mais on ne se rend pas compte peut-être de ce que ça peut faire à l’humanité, de ce que ça peut nous-mêmes nous faire, parce que quand on plante un arbre, ce n’est pas pour soi-même. Si vous plantez un arbre, que ce soit dans votre cour ou dehors, vous verrez que l’arbre va toujours servir. On ne perd pas en plantant un arbre. Ça paraît être un acte un peu banal, mais pour des gens qui aiment la nature, qui plantent des arbres, on sait ce que ça donne.
Faso7 : Comment le projet a démarré ?
Michel K Zongo : Le film a été soutenu par des partenaires. Le film a bénéficié du programme du FDCT, le Fonds de développement culturel et touristique qui a permis au film d’aller chercher d’autres fonds. Pour faire un film, ça peut demander beaucoup d’argent. Ça dépend de vos ambitions. Bon, ça peut paraître aléatoire, mais en vérité, tout dépend de comment vous fixez vos objectifs artistiques. Donc, c’est un travail.
Le réalisateur travaille durant tout ce temps. Il y a des équipes qui travaillent. Vous savez, moi, je ne fais que des films. Ce n’est pas dans mes heures perdues que je fais des films. C’est mon métier depuis 20 ans. Donc, j’ai un salaire comme toute personne qui travaille. Je suis payé sur la base des films aussi.
Faso7 : Quel est le coût du film ?
Michel K Zongo : Difficile. Souvent, je ne m’attarde pas sur le budget. Vous savez, dans le cinéma, le budget ne détermine pas forcément la qualité d’un film. Ça crée souvent des polémiques inutiles. Ce n’est pas le budget qui fait des films. Je vous dis que je pourrais aussi le faire dans d’autres conditions, mais c’est toujours bien de faire un film dans de bonnes conditions.
Faso7 : Quel est le temps mis pour réaliser le film ?
Michel K Zongo : On a commencé à tourner le film en juillet 2021 à Solenzo. C’est à 25 km de Solenzo, précisément dans le village de Signongin, qui est entre Kuka et Solenzo. Donc, vous voyez déjà, quand on dit Kuka, pour ceux qui connaissent la zone et Solenzo, vite fait, il y a eu le problème d’insécurité, Solenzo est tombé dans les mains des terroristes alors qu’on avait déjà engagé le tournage.
On avait tourné la phase de la saison des pluies, il restait maintenant la saison sèche et là, Solenzo est tombé. Ça nous a pris presque une année et demie, jusqu’à ce que Solenzo soit libéré en 2022. Pour ceux qui connaissent Solenzo déjà en temps normal, c’est une zone enclavée par la pluie et les voies ne sont pas bien et en plus de l’insécurité. Donc, on a mis du temps. Mais à un moment donné, c’était insoutenable parce qu’il fallait avancer sur le film.
Je vous assure que ce n’était pas simple. Quand on est à Ouaga, on est à l’aise, mais quand on se retrouve dans la gueule du loup, on comprend pourquoi c’est terrible. C’est pour ça aussi qu’on devait faire le film, pour montrer que malgré tout, on existe. On peut dire que dans des conditions de résilience qu’on a fait le film.
Faso7 : Combien de personnes ont travaillé sur le film ?
Michel K Zongo : À dire comme ça, un film documentaire, ce n’est pas juste ceux qui vont sur le terrain. Le cinéma, c’est une industrie. Souvent, on voit le caméraman, mais il y a bien d’autres personnes impliquées, y compris ceux qui nous préparent à manger. Ils font partie de l’équipe, tout comme les chauffeurs et bien d’autres encore.
Un long-métrage mobilise au minimum 50 personnes. Mais je pense que nous étions plus nombreux. Nous avons tourné au moins trois ou quatre fois. À chaque session, il y avait toujours du monde, car il est impossible de tout filmer en même temps avec toute l’équipe. Par exemple, si nous avions besoin de machinerie ou de prises de vue avec des drones. Finalement, en réunissant tout le monde, nous étions entre 60 et 70 personnes sur le tournage.
Faso7 : As-tu des liens particuliers avec le baobab ?
Michel K Zongo : Le baobab n’est pas étranger à mon histoire personnelle. J’ai aussi un lien fort avec la nature. Je suis passionné par tout ce qui pousse. J’adore faire pousser des plantes, peu importe lesquelles. L’essentiel, c’est que ça germe et que ça grandisse. C’est aussi cette approche qui me pousse à faire des films : donner vie à des idées. Quand je vois quelqu’un planter des arbres ou faire pousser quelque chose, je me sens en connexion avec lui.
D’une certaine manière, je suis à l’aise avec ce film parce qu’il s’ancre dans un environnement que j’aime. Tout créateur a ses choix, et ces choix ne sont jamais anodins, surtout en documentaire. Il y a toujours un lien, direct ou indirect, qui nous relie à notre sujet. Si un sujet ne nous parle pas, il est difficile d’en faire un film. Moi, j’aime la nature, j’ai grandi avec les histoires du baobab, et ce mythe fait partie de mon identité.
Faso7 : Quelle a été la réaction des premiers spectateurs ?
Michel K Zongo : Le premier visionnage s’est fait en cercle restreint. Pour l’instant, ceux qui ont vu le film en ont eu un bon ressenti. Ce qui me plaît, c’est qu’ils trouvent le personnage principal très spécial. Cela signifie que j’ai réussi à transmettre ce que j’ai moi-même ressenti en découvrant cette personne. Ce qui m’a poussé à faire ce film, c’est justement la particularité de ce personnage. Et la première réaction de ceux qui l’ont vu, c’est Waouh, quel homme ! C’est exactement ce que je voulais.
Je voulais qu’à la fin du film, on se dise incroyable, cet homme est fascinant. Il y a des appréciations plus techniques ou artistiques, mais globalement, le film est bien reçu. Je l’ai aussi montré à des personnes qui ne sont pas cinéphiles, qui ne savent pas comment un film se fabrique. Et ce qu’ils retiennent, c’est l’histoire, la personnalité du vieux monsieur, son caractère touchant. À partir du moment où ces émotions passent à l’écran, je me dis que l’objectif est atteint.
Faso7 : Quel est ton ressenti personnel ?
Michel K Zongo : Un film comme celui-ci, c’est un long parcours. Cela fait cinq ans que je travaille dessus. J’ai écrit, réécrit, cherché des financements. Dans le cinéma, l’argent vient des projets qu’on soumet. Il faut produire une écriture qui convainc un jury. Cela demande beaucoup de réflexion, beaucoup d’efforts. Et à un moment donné, il faut accepter que le film soit terminé.
On pourrait toujours modifier quelque chose, mais il faut savoir dire stop. Bien sûr, il y aura toujours des avis, des critiques. Mais une fois qu’un film existe, c’est une satisfaction immense. Un film, c’est comme un enfant : il apprend à marcher, il grandit, et surtout, il nous dépasse. Un film vit plus longtemps que son auteur. Il peut traverser le temps et redevenir pertinent des années plus tard. C’est pour cela que le cinéma est si puissant.
Faso7 : Justement, quel rôle peut jouer le cinéma dans la sensibilisation pour la protection de l’environnement ?
Michel K Zongo : Le cinéma est un outil extrêmement puissant. Il a une force, une influence. C’est une arme à double tranchant. Tout dépend de comment on l’utilise. Si on veut que le cinéma change les choses, il le peut. Le regard d’un réalisateur apporte toujours une nouvelle perspective. Par exemple, quand je suis allé voir ces baobabs et ce vieil homme, je n’ai rien découvert au sens propre. Ces arbres étaient déjà là, ces habitants les connaissaient. Mais en les portant à l’écran, en racontant cette histoire, j’ai permis à d’autres de les voir autrement, de se poser des questions.
L’image parle d’elle-même. Aujourd’hui, tout le monde a accès aux images, notamment via les réseaux sociaux. Nous vivons dans un monde dominé par l’image. C’est une opportunité à saisir. Il faut produire du contenu positif, qui serve nos peuples, nos cultures. Car si nous ne le faisons pas, d’autres le feront à notre place, avec leur propre vision.
Regardez la situation actuelle au Burkina Faso. Comment les médias étrangers communiquent-ils sur nous ? Ils utilisent des images pour façonner une perception du pays. Nous ne devons pas pleurnicher, mais créer nos propres récits. Nous devons produire nos propres images pour affirmer notre point de vue et contrer les stéréotypes. Le cinéma ne doit pas être soutenu uniquement comme un loisir. C’est un outil éducatif. Hier, aujourd’hui et demain, il joue toujours ce rôle.

Entretien réalisé par Basile SAMA
Faso7



