Défendre et produire : L’exploit des VDP communaux du Nahouri

Combattre, défendre leurs communes et travailler la terre. C’est le travail des VDP (Volontaires pour la Défense de la Patrie) communaux dans la province du Nahouri. Ici, les populations se sont engagées à apporter leur contribution dans la lutte contre le terrorisme et la défense du territoire national. A travers plusieurs formations qu’elles ont reçues, elles protègent les autres. En plus de cette première mission, ces VDP se sont engagés dans l’agriculture afin de subvenir à leurs propres besoins.
Ces VDP des différentes communes de la province du Nahouri ont reçu la visite des autorités de la région avec en tête, le Haut-commissaire, le vendredi 4 octobre 2024, en signe d’encouragement et pour toucher du doigt les réalités pour enfin apporter leur soutien.

Dans le village de Piyiri, situé à des dizaines de Kilomètres de Pô, les VDP ont pu exploiter une superficie de 9 ha sur 13 ha obtenus. Sur cette superficie, ils ont semé le maïs. Et ce maïs, avec des épis bien formés, prêt pour la récolte a produit au-delà de leur espérance. A côté du maïs, ils ont semé le niébé et le haricot avec un léger retard.
« On ne peut pas attendre que la population, tout le temps, cotise pour nous. Pourtant, nous sommes tous des cultivateurs. Voilà pourquoi, nous avons décidé de cultiver pour avoir de quoi manger », déclare le chef de groupe de VDP de Piyiri.
Au regard du champ, ces VDP sont confiants et attendent une récolte de 10 voir 15 tonnes pour le maïs de 7 ha et de 5 tonnes de niébé et haricot sur les 2 ha exploités. En termes de difficultés, le délégué des groupes des VDP relève l’arrivée tardive des intrants.

Ce village n’est pas le seul dans lequel les VDP ont mis à profit leur force dans le travail de la terre. A Tiébélé, les VDP ont aussi fait leur part. Dans le village AVV/V4, ces combattants ont trois champs. Un champ de 1,5 ha de sorgho et un champ de maïs et un autre de haricot. Cependant, le champ de sorgho seul est visité. Pour cause, la piste qui mène aux deux autres champs est inondée.
« Nous sommes des cultivateurs d’abord, mais il fut un moment où on a vu que tout le monde ne pouvait pas aller au champ pour pouvoir travailler. On était obligé de se sacrifier pour que ce que nos arrières grands parents ont laissé pour nous, quelqu’un ne viendra pas prendre, nous laisser. C’est pour ça que nous on a décidé de nous engager au sein des VDP pour pouvoir défendre », explique le Chef adjoint des VDP de Tiébélé.
Assurer la défense de la commune et travailler la terre est une question de volonté de son avis. « Il y a un moment où tu es sur le terrain et il y a un moment où tu es à la maison », note-t-il.

En dépit de leur volonté, les difficultés ont joué sur la suite de leurs activités champêtres, notamment la rareté des pluies et le manque de matériel pour les labours.
« On a eu un tracteur, mais un seul tracteur pour 67 villages ce n’est pas facile. Le temps que ça fait le tour pour nous atteindre, c’est ça qui nous a mis en retard », informe le Chef adjoint des VDP de Tiébélé.
Des difficultés certes, la récolte s’annonce avec beaucoup d’espoir, car ils prévoient une récolte de deux tonnes et demie de sorgho blanc sur ce terrain.
Dans la commune de Ziou, les VDP communaux ont deux de champs. Un champ de 4 ha pour le maïs et un autre de 7 ha pour le haricot. Dans ce champ de 4 ha, leur semis est légèrement en retard comparé aux champs voisins. De l’avis du délégué des VDP de cette commune, la principale difficulté est la pluie.
De l’avis du Capitaine Niampa Seydou Abasse, directeur des études au Centre Nationale d’Entraînement Commando (CNEC), il était question de démanteler les groupes armés qui sévissaient dans la zone avec les unités opérationnelles et les 1ers VDP formés. Après, il leur fallait organiser ces VDP les former et les installer dans l’ensemble des différentes communes de la province et enfin les rendre productifs.
« C’est (la production) largement suffisant parce que dès le départ l’objectif avec les VDP, c’était de pouvoir non seulement avoir une main sur la gâchette et l’autre met sur la production », apprécie-t-il en laissant entendre que les difficultés majeures se trouvent au niveau des engrais.

Il faut noter que ces VDP n’ont pas pu exploiter toutes les superficies qui leur ont été cédées par les propriétaires terriens.
Cette visite a permis au Haut-commissaire du Nahouri, Auguste Kinda, d’encourager ces VDP pour la noble mission qu’ils ont acceptée de prendre sur le double plan sécuritaire, mais également sur le plan agricole.
« Nous sommes satisfais à la fin de cette journée au regard de ce que nous avons pu observer sur le terrain », se réjouit-il en ajoutant que pour une première fois, ces résultats sont satisfaisants.
Face aux difficultés, le Haut-commissaire précise que tous les VDP ne sont pas des agriculteurs formés et les difficultés présentées seront prises en compte pour une grande amélioration lors des prochaines saisons.
« Il a été relevé la disponibilité des semences qui sont venues un peu tard pour eux, et même les labours et la disponibilité des engrais aussi à manquer. Si on prend l’exemple du site de Ziou, on est dans une zone inondable et si vous semez un peu tard, l’eau va faire en sorte que les plants ne vont pas monter et c’est ce que nous constatons », dit-il.

Parmi ces VDP communaux, figurent des femmes, des mères et le travail se fait dans une parfaite harmonie avec les hommes. Dans la commune de Ziou la dynamique VDP Adeline nous parle de son expérience. « On veut défendre notre pays pour que la paix revienne au Faso et dans les communes également défendre les parents, les citoyens », explique-t-elle.
Engagée aux côtés des hommes, elle est l’une des 3 femmes parmi ces VDP communaux. Dans ce premier groupe qui assure la permanence, elle est la seule, car le groupe est subdivisé en trois sous-groupes avec une femme dans chaque sous-groupe. Orpheline de père et mère d’un enfant, il est difficile de savoir au premier regard la présence d’une femme dans ce milieu.
Avec sa coiffure à la garçonne, dynamique et habillée en tenue de sport, elle ne rencontre aucune difficulté avec les hommes de son groupe durant la dizaine de jours de leur permanence.

Les ressortissants de la localité ont promis de réaliser des forages à leur profit pour leur permettre de faire de la culture de contre-saison. Aussi, d’autres ont promis les accompagner avec les formations en techniques agricoles. De son côté, le ministère chargé de l’agriculture a annoncé la dotation suffisante d’engrais pour eux.
Il faut noter que ces VDP communaux ont reçu de la part des enseignants, plus de 175 000 F CFA en tickets de carburant, pour permettre leur mobilité, lors des missions. Cette somme a été collectée lors de leur conférence pédagogique en signe de soutien aux VDP.



