L’approche territoriale intégrée : levier pour un relèvement des personnes déplacées internes et une stabilisation des territoires post crise.

Cet article a remporté le prix de l’excellence 2023 de la Direction générale du développement territorial.

 Face à la crise sécuritaire et ses multiples corolaires sur les territoires et les conditions de vie des populations, le Gouvernement a mis en place en 2017 le Programme d’urgence pour le Sahel au Burkina Faso qui couvre six régions à fort défis sécuritaire. L’objectif du programme est de : « contribuer à la consolidation de la résilience, la sécurité, la cohésion sociale et la paix » (DGDT, 2022).

Cette initiative gouvernementale, appuyée par d’autres interventions des partenaires techniques et financiers, a permis la reconquête progressive des zones sous emprise des groupes terroristes et un renforcement de la résilience des populations et des territoires en crise. Avec l’avènement du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), les autorités de la transition ont affiché une ferme volonté de reconquête du territoire et des localités sous blocus terroriste.

Volonté traduite notamment dans le Plan d’actions de la transition adopté lors du conseil des ministres du mercredi 06 mai 2022 et également dans le Plan d’actions pour la stabilisation et le développement. Cet engagement s’est traduit par le lancement de plusieurs opérations sur le terrain. Selon le Bulletin semestriel de veille n°001 de janvier à juin 2023 (DGDT, 2023), on peut citer entre autres :

  • l’opération Laabingol-3 en mars 2023 a permis de reprendre le contrôle de l’axe Kongoussi – Djibo et de rétablir la fluidité du trafic entre ces deux villes,
  • l’opération « Kapidougou » lancé le 03 avril 2023, suivi de « Kapidougou 2 » en avril 2023 avec l’armée malienne dans la Boucle du Mouhoun,
  • l’opération « Boulgou 2 » dans le Centre-Est qui a permis de traquer des terroristes qui écumaient la Route Nationale N°6 menant à la ville de Bittou,
  • l’opération « Npoupo » au Centre-Ouest en mai 2023 qui a permis de détruire des bases terroristes, de neutraliser des terroristes et de saisir de l’armement et des moyens roulants.
  • Des opérations de ravitaillement des villes sous blocus terroriste ont été enregistrées : Bourzanga, Arbinda, Dori, Djibo, Solhan et Sebba, Titao, Sollé, Falangountou, Solenzo, Gassan et Pissila, etc.

L’ensemble de ces opérations, couplé à d’autres interventions ont permis le retour de 29 777 ménages dans leurs localités d’origine, soit 171 158 personnes déplacées internes dans 134 villages de 41 communes du pays, selon les données du Ministère en charge de l’action humanitaire au 31 juillet 2023.

En dépit de ces résultats forts appréciables, le constat qui se dégage est que la stratégie de reconquête est jusque-là essentiellement militaire. Il s’agit de mener des attaques pour anéantir l’ennemi, libérer les zones et espérer le retour progressif des populations et des services publics. La question majeure qui se pose est la suivante : comment rendre disponibles dans les meilleurs délais, les services sociaux de base et prendre en charge les besoins essentiels des populations de retour dans leurs localités d’origine, immédiatement après la reconquête d’une zone ?

Pour répondre à cette problématique, la méthode utilisée a été la revue documentaire en lien avec le développement territorial dans un contexte de crise et les entretiens avec des personnes ressources.

Il ressort de notre recherche que l’approche territoriale intégrée (ATI) peut apporter une réponse originale à cette problématique. En effet, dans un contexte de crise, elle peut être un levier pour renforcer le relèvement et la stabilisation des territoires.

En effet, l’ATI est une démarche qui permet de mieux cibler les interventions en fonction des spécificités de chaque région ou localité. C’est une concertation entre l’ensemble des acteurs concernés pour une intervention multisectorielle qui place l’amélioration de la situation des membres de la communauté au centre d’une action globale et qui améliore la capacité d’agir des collectivités ainsi que celle des individus qui les composent. Elle contribue à une meilleure synergie entre le développement économique local et le développement social, et à un meilleur arrimage des différentes stratégies sectorielles visant l’amélioration des conditions de vie des milieux défavorisés (URD, 2022)[1].

En dépit des avantages de cette démarche, d’aucuns estiment que l’ATI ne permet pas de traiter les causes profondes des problématiques de développement telle que la lutte contre la pauvreté et se limite à en atténuer les effets. En tout état de cause, elle constitue une étape qui permet de créer les conditions pour traiter les causes premières desdites problématiques.

Dans ce sens, la mise en œuvre de cette approche dans les zones reconquises à travers des projets concrets permettra, à coup sûr, une stabilisation desdites zones, condition nécessaire pour amorcer le développement local. Pour ce faire, il s’agira pour le Gouvernement et ses partenaires, d’élaborer et de mettre en œuvre, pour chaque région ou zone en crise, un plan d’urgence de résilience et de stabilisation pour une réponse transitoire. Ces plans, avec un financement assuré, devront avoir les caractéristiques suivantes, conformément à l’ATI : spécifique à la région et ciblant les besoins des populations de la localité, urgent, participatif, multi-acteurs et associant les mécanismes locaux existants.

L’auteur de l’article à gauche en faso danfani

L’élaboration et la mise en œuvre de ces plans d’urgence de résilience et de stabilisation permettraient non seulement de disposer d’outils efficaces pour accompagner la reconquête du territoire, mais aussi d’assurer le relèvement des populations déplacées internes retournées dans leurs localités pour une nouvelle aire de développement post-crise des collectivités territoriales.

BADO Aimé Soénénadoa

Chef du Service de développement des stratégies de résilience territoriale

Direction de la résilience et de l’appui à la stabilisation des territoires


[1] Le Groupe URD (Urgence Réhabilitation Développement) est une structure d’appui au secteur humanitaire.

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