Transition au Burkina Faso : «Plus ce sera court, mieux ça va aller» (Boubacar Sanou)

Boubacar Sanou, Premier vice-président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), précédemment, député et vice-président à l’Assemblée nationale s’est prononcé sur Faso7, le jeudi 10 février 2022. Au menu des échanges, la vie du CDP, les circonstances de la chute du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) et sa vison par rapport à la Transition qui se met progressivement au Burkina Faso

Faso7 : Comment se porte le CDP vu qu’il y a eu, entre temps, des remous avec la formation de deux camps ?

Boubacar Sanou : Avant tout propos, je voudrais présenter mes vœux à l’ensemble du peuple burkinabè et à l’ensemble des militants de mon parti, mes vœux de santé, d’espoir pour que cette année nous apporte davantage de circonstances heureuses.

Effectivement, nous venons de sortir d’un congrès qui a consacré la victoire de la légalité et de la légitimité. Vous avez parlé de deux camps. Nous, nous parlons d’un seul CDP. C’est vrai qu’en notre sein, à un moment donné, il y a eu une contestation d’un groupe de militants par rapport à la direction légale et légitime du parti. Mais il vous souviendra que malgré les différents recours introduits par les uns et les autres devant les juridictions, la justice a tranché en faveur de la direction légale et légitime conduite par le président Eddie Komboïgo. Nous avons tenu un congrès en bonne et due forme conformément à nos statuts.

Faso7 : Mais il y a Achille Tapsoba qui a continué à contester. Actuellement, est-ce que vous avez fumé le calumet de la paix avec lui ?

Boubacar Sanou : Aucune porte n’est fermée. Et jusqu’à l’heure où je vous parle, le camarade Achille Tapsoba n’a jamais évoqué une quelconque contradiction au sein d’un organe ou instance du parti. Je défie quiconque d’en apporter la preuve.

Maintenant, les agissements qui se font hors des organes, des instances du parti, nous trouvons déplorable qu’un cadre du rang de Achille Tapsoba puisse avoir ce comportement, mais aucune porte ne lui est fermée. Et nous gardons espoir qu’il retrouvera le droit chemin, le chemin de la maison mère.

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Faso7 : Parlons du récent coup de force opéré au Burkina Faso. En tant que militant du CDP, comment avez-vous vécu la chute du MPP ?

Boubacar Sanou : Il faut reconnaitre que le principe démocratique, c’est la prise du pouvoir par les urnes et non par toute autre forme. Mais il arrive parfois que dans l’histoire politique d’un peuple, d’un pays, les circonstances obligent à ce qu’il y ait d’autres formes de prise de pouvoir. Et c’est ce à quoi nous avons assisté le 24 janvier (2022).

En tant qu’acteur politique, en tant que militant du CDP, nous pensons qu’il y a eu des signes avant-coureurs qui annonçaient un changement de régime soit par le canal d’un putsch, soit par tout autre canal dont le canal de l’insurrection populaire. C’est sans très grande surprise que nous avons assisté à ce coup d’Etat.

Faso7 : Sans grande surprise dites-vous, pensez-vous que ce coup d’Etat a été savamment préparé ?

Boubacar Sanou : [La réponse dans la vidéo]

Faso7 : L’argument de la dégradation sécuritaire pour perpétrer le coup d’Etat tient-il selon vous ?

Boubacar Sanou : Je pense que le drame d’Inata a été un choc révélateur de la situation que vivait ce pays. Nous avons également vu des révélations faites sur la qualité du matériel militaire commandé, mais aussi sur la qualité de l’aviation.

Alors, l’un dans l’autre, les premiers utilisateurs, ce sont les militaires. Ce sont eux qui peuvent apprécier la situation. Nous étions dans une situation où le moral de la troupe commençait à être touché. Et à un moment, en prenant leurs responsabilités, ils savaient qu’il y  avait d’autres solutions que celles que le régime MPP leur offrait.

Faso7 : Donc le coup d’Etat a été perpétré, mais après, nous avons assisté à un silence assourdissant des acteurs politiques et des acteurs de la société civile. Est-ce une résignation ?

Boubacar Sanou : C’était dans une sorte d’indifférence. C’est-à-dire que nous avions atteint un degré d’insensibilité par rapport au drame que le peuple vivait que, tout ce qui arrivait, les gens observaient avec une certaine indifférence. Vous remarquez que la chute du Président Kaboré et du MPP s’est passée dans une sorte d’indifférence totale.

Il faut se dire aussi que lorsqu’un putsch se perpétue, le plus souvent, c’est avec une sorte de violence avec également des mesures d’exception. Lorsqu’un putsch est perpétré, les premiers moments, les acteurs politiques, chacun se met en observation pour voir quelle sera la ligne qui sera prise par les premiers acteurs. Et à travers les premières déclarations des nouveaux acteurs, nous avons vu que la Constitution était suspendue, ce qui engendre la suspension des partis politiques.

De ce fait, il était loisible que nous observons d’abord la direction que devait prendre les nouveaux acteurs. En levant donc la suspension de la Constitution, ils ont permis aux acteurs politiques de reprendre leurs activités.

Faso7 : Tout récemment, il y a eu une rencontre entre Sandaogo Damiba et les partis politiques au cours de laquelle les partis politiques ont été mis en garde par rapport à leur « militantisme débordant ». Comment avez-vous vécu ces moments ?

Boubacar Sanou : Je pense que les gens exagèrent un peu trop. Il a rappelé à chacun son premier rôle. Effectivement, dans une situation où notre pays était menacé de disparition, il se trouve que l’armée a pris ses responsabilités. Le souhait et la volonté des nouveaux acteurs, est de bénéficier de l’accompagnement de tout le monde.

Et si, à travers vos déclarations, vos prenez acte et vous décidez d’accompagner, il ne faudrait pas également que, à travers les officines, vous travaillez à l’échec de ceux que vous avez décidé d’accompagner au grand jour. Donc, c’est pour rappeler aux différents acteurs politiques ce que vous avez dit au grand jour, que vous ayez le courage et l’honnêteté de l’accompagner.

Pour le moment, il (Paul-Henri Damiba, ndlr) a souhaité que tout le monde se mette dans cette prédisposition au lieu d’entreprendre des actions souterraines pour saboter.

Faso7 : Déjà, avec les premières décisions du MPSR, quelle lecture faites-vous ?

Boubacar Sanou : [La réponse dans la vidéo]

Faso7 : Il y a aussi ce débat autour du délai de la Transition. Selon vous, quel temps doit prendre la Transition burkinabè ?

Boubacar Sanou : L’axe majeur autour duquel nous nous sommes tous retrouvés, c’est la question de la sécurité. Nous avons donc demandé à ce que les principaux acteurs, les professionnels du domaine qui sont les militaires, fassent le diagnostic pour voir l’état des lieux, la stratégie qu’il faut et le délai qu’il leur faut.

Maintenant, le tout sécuritaire, nous pensons que ça n’existe pas. Mais s’il y a une inversion de la courbe et s’il y a des déplacés internes qui commencent à retourner dans leurs lieux de résidence, nous serons en phase de triompher de ce mal. Donc en ce moment, nous pensons qu’on peut envisager un délai pour la Transition.

Il appartient donc aux militaires qui ont les éléments matériels en main, de proposer un délai. Il appartient aux acteurs politiques et non politiques de juger le délai proposé. Aussi, il y a l’accompagnement de la communauté internationale, parce que cela ne peut pas se faire sans l’accompagnement de la communauté internationale. Il appartiendra aussi à cette communauté, par rapport aux exigences de l’armée, d’apprécier avec leurs experts. Ensemble, on pourra arrêter un délai.

Actuellement, nous sommes dans une situation où on ne peut pas se précipiter pour fixer un délai. Mais plus ce sera court, mieux ça va aller, parce qu’il faudrait éviter les pressions inutiles de la communauté internationale.

Aussi, actuellement, la junte jouit d’un consensus relatif, mais nous pensons que le délai de la Transition pourrait déterminer certaines positions politiques. Vous voyez qu’au Mali, l’union qui s’était faite autour de la junte, aujourd’hui, des fissures commencent à apparaitre du fait du délai très long que cette Transition est en train de prendre.

Faso7 : Nous allons revenir sur la mise en place des délégations spéciales. Nous assistons à des bisbilles pour la mise en place de ces structures. Doit-on désespérer de voir les Burkinabè parler le même langage un jour ?

Boubacar Sanou : [La réponse dans la vidéo]

Faso7. : Vous venez de l’aborder, la qualité du personnel politique. Avec la Transition qui se profile, est-ce le temps pour certains acteurs de se mettre en retrait de la gestion du pays ?

Boubacar Sanou : Vous savez qu’il est difficile de mettre quelqu’un à l’écart. Mais je pense que ce sont les circonstances qui peuvent amener les gens à se mettre à l’écart.

Nous avons suivi une vidéo qui a fait le tour du monde où quelqu’un qui était pratiquement le directeur de campagne du président Alpha Condé et qui a poussé Alpha Condé à briguer pour son troisième mandat, immédiatement après la prise du pouvoir par la junte, on l’a retrouvé encore dans les arcades de la nouvelle junte où il reniait tout ce qu’il avait eu à dire et à faire pour motiver le président Alpha Condé à briguer son troisième mandat. Donc, ce sont les circonstances qui peuvent amener à la mise à l’écart de certains acteurs politiques.

Il y a lieu donc que ces circonstances puissent être créées pour que certains ne puissent pas se sentir dans le milieu et décident de se retirer. Sinon, je me dis que c’est un virus et à moins qu’ils ne décident eux-mêmes de se retirer, ça serait très difficile.

Faso7 : A la suite de cette interruption de l’ordre constitutionnel, le Burkina Faso a été suspendu par la CEDEAO. Que pensez-vous du processus de règlement de ces cas par la CEDEAO ?

Boubacar Sanou : Depuis la situation guinéenne, ensuite la situation malienne, nous avons toujours décrié ce comportement de la CEDEAO qui se trouve être plus un instrument de répression qu’un instrument de prévention et un instrument de proposition de solutions. Alors que la CEDEAO, telle que imaginée par ses membres fondateurs, devrait aboutir à la création d’un Etat de l’Afrique de l’Ouest et non à devenir un groupe de pression entre les mains de quelques individus qui en abusent.

Nous sommes dans une situation aujourd’hui où, si nous prenons le cas du Burkina Faso, l’opposition a eu à prendre rendez-vous avec les premiers responsables de la CEDEAO, les représentants locaux ici, leur faire part de la situation nationale, nos inquiétudes et également les propositions de solutions.

A l’époque, nous avons demandé à la CEDEAO d’accompagner le gouvernement parce que la situation était en train de devenir intenable. Sinon les choses risquaient d’évoluer de manière très très négative. Malheureusement, nous n’avons pas été entendus. Le putsch est survenu et c’est à ce moment que la CEDEAO sort de son sommeil pour prendre des mesures que nous trouvons anti-populations et anti-pays.

Aujourd’hui, le Burkina Faso, nous ne contrôlons pas la moitié du territoire. Nous avons près de 10 millions de Burkinabè qui vivent une insécurité alimentaire. Nous avons près de 2 millions de déplacés. Nous avons près de 3 000 écoles fermées et nous avons des milliers de familles endeuillées. Et nous sommes dans une situation où il y a eu un changement au niveau de l’exécutif qui a été accepté par tous, même par les premiers acteurs qui ont été renversés.

Lire ? La CEDEAO suspend le Burkina Faso de ses instances

Du moment qu’il y a un consensus national qui se dégage par rapport à la situation et que nous sommes à la recherche de solution, il aurait été loisible que nous puissions tous bénéficier de l’accompagnement de la communauté internationale, plutôt que de voir déjà des sanctions pointer à l’horizon.

Nous avons espéré que la prise du pouvoir par le MPSR permettra d’inverser et c’est pour cela donc nous l’avons dit et nous le répétons, nous avons besoin de l’accompagnement de la communauté internationale, plutôt que de sanctions.

Nous voyons aujourd’hui pour le cas du Mali que la CEDEAO veut mobiliser des troupes pour aller intervenir au Mali. Mais nous avons observé également que depuis 5 ans, les forces du G5 Sahel peinent à se mettre en place pour manque de moyens et d’effectifs. Mais tout d’un coup, la CEDEAO peut mobiliser des hommes pour aller intervenir au Mali, ce qui nous laisse apparaitre que la préoccupation n’est plus les populations mais uniquement le pouvoir et la gestion du pouvoir. C’est regrettable.

Dans le cas du Burkina Faso, nous l’avons dit, si le Burkina explose, la déflagration va toucher tous les pays de la sous-région, donc pas moins de 16 pays. Il y a lieu donc que chacun sache raison garder et que les acteurs de la CEDEAO puissent véritablement et en toute franchise accompagner le Burkina Faso en toute sincérité pour éviter une fois de plus encore d’être des sapeurs-pompiers, parce que l’échec de la junte ne sera pas l’échec de la junte. Elle sera également un échec de la communauté internationale.

Faso 7 : Avez-vous un message à l’endroit des nouvelles autorités et à l’endroit des Burkinabè ?

Boubacar Sanou : [La réponse dans la vidéo]

Interview réalisée par Ignace Ismaël NABOLE

Faso7

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