Burkina Faso : Hommage national à Thomas Sankara 39 ans après son assassinat

Le Premier ministre, Rimtalba Jean-Emmanuel Ouédraogo, a présidé, ce 15 octobre 2026 au Mémorial Thomas-Sankara, à Ouagadougou, la cérémonie d’hommage national au capitaine Thomas Sankara et à ses douze compagnons, assassinés le 15 octobre 1987. À cette occasion, il a livré le message du président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, en hommage au père de la Révolution burkinabè.
La cérémonie a été marquée par un cérémonial militaire et un dépôt de gerbes de fleurs au pied de la statue de Thomas Sankara et de ses compagnons.
Dans son message lu par le Premier ministre, le président du Faso a d’emblée souligné la signification politique du 15 octobre. « Le 15 octobre 1987, à pareille heure et en ce lieu-même, c’était également un jeudi comme aujourd’hui, l’impérialisme et ses valets locaux ont prétendu nier une conviction fondamentale : qu’un peuple d’Afrique puisse être un peuple digne, et qu’un pays dit « sahélien » puisse parler au reste du monde d’égal à égal. Ils se sont trompés lourdement ! Car une idée ne meurt pas sous les balles assassines de l’adversité ; elle meurt seulement lorsqu’on cesse de la défendre », a déclaré le Capitaine Ibrahim.
La leçon politique du 15 octobre
Le Capitaine Ibrahim Traoré a rappelé ce qu’était le Burkina Faso en 1983 avant la révolution : un pays classé parmi les derniers à tous les niveaux de développement et un pays dont on se moquait. Il a ensuite listé ce que quatre années de révolution ont produit : des millions d’arbres plantés, des villages dotés de dispensaires et d’écoles, des femmes accédant aux plus hautes sphères de décision, un chemin de fer construit à la force des bras et une dignité nationale reconquise. « Ce n’était pas un miracle. C’était la preuve vivante qu’aucune pauvreté ne prédestine un peuple à la mendicité. Qu’aucune géographie ne condamne une nation au silence », a poursuivi le Chef de l’Etat.
Le président du Faso a par ailleurs tiré une leçon de l’assassinat du capitaine Thomas Sankara : « Thomas Sankara n’est pas tombé sous les coups de l’ennemi qu’il combattait à visage découvert. Il est tombé sous les coups de ceux qui partageaient sa table, son uniforme et son serment. La leçon du 15 octobre est éloquente : une révolution ne meurt pas seulement de la méchanceté de ses ennemis du dehors; elle meurt, avant tout, de la division fratricide de ses propres gardiens ».
Dans la même logique, il a mis en garde ceux qu’il désigne comme des semeurs de division. « Je le dis haut et fort : la fidélité au combat, c’est d’abord la fidélité entre nous. La vigilance commence par le refus de la calomnie, du soupçon entretenu, du mot malveillant qui divise. Un révolutionnaire qui sème la division parmi les siens travaille, qu’il le veuille ou non, pour l’adversaire. Il est temps que ceux qui travaillent à nous diviser comprennent que le Burkina Faso de 2026 n’est pas celui de 1987», dit-il dans le message.
Le Mémorial Thomas Sankara, lieu de vie et de rayonnement
Le Capitaine Ibrahim Traoré a annoncé que depuis l’ouverture du Mémorial Thomas Sankara au public le 19 mai 2025 jusqu’au 30 septembre 2026, plus de 200 000 visiteurs ont été enregistrés, générant environ 130 millions de francs CFA au profit du projet de construction des infrastructures du site. Il a lancé un appel à tous les Burkinabè et aux sympathisants du Père de la révolution de 1983 à participer massivement à la campagne de souscription populaire « Ma brique pour Sankara », pour l’édification du Mémorial. Il a également félicité le ministère chargé de la Culture et du Tourisme pour les initiatives visant à améliorer l’avenue qui longe le site et l’a engagé à poursuivre la réalisation des infrastructures prévues. « Que le Mémorial devienne aussi une bibliothèque à ciel ouvert de la mémoire, un espace de débat pour la jeunesse, un lieu où l’on vient apprendre à servir », a écrit le Président du Faso dans son message.
Le Président du Faso a également salué la décision de la municipalité du troisième arrondissement de Rome d’avoir baptisé un parc au nom de Thomas Sankara. « Ce geste posé à des milliers de kilomètres d’ici prouve que Thomas Sankara appartient désormais au patrimoine de l’humanité toute entière », indique le message.
La souveraineté comme boussole
Le discours s’achève sur une déclinaison des souverainetés que le Burkina Faso entend conquérir : sécuritaire, pour chasser de son territoire ceux qui cherchent à compromettre la cohésion sociale ; alimentaire, pour ne dépendre d’aucune main étrangère ; économique et monétaire, pour que les richesses nationales servent d’abord les populations ; et culturelle, pour que les langues, les savoirs et les valeurs burkinabè soient des instruments de puissance et non des objets de folklore. « L’hommage le plus fidèle n’est pas entaché de larmes ni de discours. Il est fait de soldats qui tiennent la ligne de front sans fléchir, de champs cultivés, d’usines qui transforment nos matières premières, d’enfants qui apprennent pour bâtir demain, de citoyens qui refusent la promotion de la division pour regarder notre intégrité dans toute son intégralité », a transmis le Premier ministre en conclusion.
En instituant par décret une Journée nationale d’hommage à Thomas Sankara, le capitaine Ibrahim Traoré inscrit officiellement la mémoire du père de la Révolution de 1983 dans le calendrier civique du Burkina Faso. Ce geste intervient 39 ans après l’assassinat du leader révolutionnaire, dont l’héritage est l’une des références idéologiques de la Révolution progressiste populaire.
Josué TIENDREBEOGO
Faso7



