Shaoshan/Hunan : sur les traces de Mao Zedong, père de la Chine nouvelle

En visite en Chine ? Shaoshan, dans le Hunan, vaut bien un détour. C’est la ville de naissance de Mao Zedong. Le 13 août 2026, avec une délégation de professionnels de médias burkinabè et africains, nous y avons fait une immersion mémorable.

Pour le visiteur qui arrive de Changsha, capitale de la province du Hunan à plus d’un millier de kilomètres de Beijing, le changement de décor est progressif. Les immeubles cèdent la place aux villages, les routes traversent des espaces agricoles et les collines verdoyantes annoncent l’entrée dans le territoire de Shaoshan.

C’est ici que Mao Zedong est né le 26 décembre 1893 et qu’il a passé une partie de son enfance et de sa jeunesse. Aujourd’hui, le lieu attire des visiteurs venus de différentes régions de Chine et, de plus en plus, des visiteurs étrangers.

La première surprise est peut-être le contraste entre la simplicité de l’ancienne résidence familiale et l’ampleur du dispositif construit autour de la mémoire de Mao. La maison où il est né et a grandi conserve l’apparence d’une demeure rurale traditionnelle.

Autour, le paysage agricole a été préservé : rizières, arbres, étang de lotus et reliefs montagneux composent un décor qui permet au visiteur de replacer le jeune Mao dans son environnement social et géographique. Le visiteur découvre l’environnement dans lequel Mao a vécu son enfance, les espaces liés à sa scolarité et les paysages agricoles qui rappellent le monde rural de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

De Shaoshan à la révolution chinoise

Mais pour comprendre la place occupée par Mao à Shaoshan, il faut dépasser le cadre familial et rural. Mao Zedong est devenu l’une des principales figures de la révolution chinoise et du Parti communiste chinois. Il participe en 1921 au premier congrès du Parti communiste chinois et s’impose progressivement comme l’un de ses principaux dirigeants.

Dans les années qui suivent, il développe notamment une stratégie révolutionnaire accordant une place centrale aux campagnes et à la mobilisation paysanne. Après l’échec de la révolution de 1927, il contribue à l’établissement de bases révolutionnaires rurales, notamment dans la région de Jinggangshan, où se développe l’idée d’une lutte armée s’appuyant sur les campagnes pour encercler les villes.

La révolution chinoise s’inscrit ensuite dans une longue période de guerres, de conflits politiques et de mobilisations, marquée notamment par la guerre civile entre communistes et nationalistes et par la guerre contre l’agression japonaise. Mao devient progressivement le dirigeant central du mouvement communiste chinois. Après plusieurs décennies de lutte, la victoire communiste aboutit à la proclamation de la République populaire de Chine, le 1er octobre 1949, à Beijing, avec Mao Zedong comme président du Gouvernement populaire central.

C’est cette trajectoire qui donne à Shaoshan une dimension particulière. La petite maison paysanne où Mao est né constitue le point de départ symbolique du parcours d’un homme devenu l’une des figures majeures de la fondation de la Chine nouvelle. D’ailleurs, lors de ses retours à Shaoshan, Mao participa directement à l’organisation du mouvement paysan local. En 1925, il y créa notamment une école du soir pour les paysans et contribua à la création d’une organisation paysanne.

Une place monumentale pour une figure historique majeure

La place Mao constitue le cœur monumental du site. Au centre se dresse une statue en bronze de Mao Zedong, haute de six mètres, installée sur un socle de 4,1 mètres, soit une hauteur totale de 10,1 mètres. La hauteur totale fait symboliquement référence au 1er octobre, date de la proclamation de la République populaire de Chine en 1949.

La statue a été réalisée à l’occasion du centenaire de la naissance de Mao et la place a été achevée en 1993. Elle a ensuite connu une importante transformation. En 2008, après approbation du projet d’extension, sa superficie est passée de 3 970 m² à 102 800 m². L’aménagement distingue notamment des espaces de recueillement, de commémoration, de rassemblement et de détente.

Le paysage, l’architecture et la statue sont intégrés dans une même composition destinée à guider le regard et le déplacement du visiteur.

Ce qui frappe le visiteur étranger à Shaoshan, c’est l’organisation du parcours. Des guides accompagnent les groupes. Les flux sont encadrés. Les espaces sont entretenus. Les informations historiques sont présentées à différents endroits.

Le visiteur passe ainsi progressivement d’un élément à l’autre : la statue, la maison familiale, l’école, les paysages agricoles et les autres sites mémoriels.

Une mémoire qui traverse les générations

Dans les allées de Shaoshan, les générations se côtoient. Des personnes âgées avancent aux côtés de jeunes couples. Des enfants suivent leurs parents. Des étudiants écoutent les explications des guides. Beaucoup prennent des photographies. Cette diversité permet de transmettre une histoire aux générations qui ne l’ont pas vécue.

La préservation de la mémoire produit également des effets économiques. Autour des sites historiques se développent des activités liées à l’accueil des visiteurs : transport, restauration, hébergement, commerce et services touristiques. Le site est devenu un patrimoine, une ressource pour la ville, la province et le pays entier.

Le département provincial de la Culture et du Tourisme du Hunan présente d’ailleurs Shaoshan comme une importante destination du « tourisme rouge », centrée sur les lieux liés à l’histoire révolutionnaire. Cette articulation entre mémoire et économie touristique n’est pas propre à Shaoshan. Mais la ville en offre un exemple particulièrement visible, en raison de la forte notoriété de Mao Zedong.

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