Burkina Faso : Visite gouvernementale aux journalistes en immersion patriotique à l’Académie de Police de Pabré

Le ministre chargé de la Communication, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, et le ministre de la Sécurité, Mahamoudou Sana, ont effectué une visite auprès des 44 professionnels des médias en immersion à l’Académie de Police de Pabré, ce 13 août 2026. Entamée le 9 août, cette première immersion patriotique obligatoire destinée aux journalistes combine formation militaire, enseignements civiques et renforcement des connaissances liées au traitement de l’information en période de crise.

Les deux membres du Gouvernement ont assisté à des exercices pratiques réalisés par les immergés, notamment l’ordre serré et une démonstration de démontage et de remontage d’un pistolet automatique effectuée par le journaliste de BF1, Bamory Traoré.

Pour le ministre chargé de la Communication, cette initiative répond à la nécessité d’impliquer davantage les journalistes dans le contexte actuel du Burkina Faso. Il estime que le journaliste ne peut être considéré comme un citoyen quelconque dans un pays engagé dans la lutte contre le terrorisme et la recherche de souveraineté.

Le ministre chargé de la Communication exhorte les journalistes à un traitement patriotique de l’information-©Faso7

« Le journaliste c’est un acteur qui doit être engagé », a déclaré Pingdwendé Gilbert Ouédraogo. Pour lui, cette immersion doit contribuer à « transformer qualitativement le paysage médiatique » et à faire émerger de nouveaux profils de journalistes davantage attachés au patriotisme, au professionnalisme et à l’engagement.

Le ministre a particulièrement insisté sur ces trois valeurs. Il a rappelé que le professionnalisme repose notamment sur la collecte, le traitement et la diffusion de l’information, tout en appelant les journalistes à intégrer le contexte national dans leur manière de traiter les informations.

« Un journaliste professionnel qui n’est pas patriote est une menace pour son pays », a-t-il affirmé, avant d’ajouter qu’un journaliste professionnel, patriote mais non engagé, risque de rester un simple « spectateur passif » face aux transformations que traverse le pays. « Vous devez être des journalistes professionnels, patriotes et engagés. C’est ainsi qu’ensemble, nous allons construire le Burkina Faso nouveau. L’El Dorado dont rêve le camarade capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso, chef de l’État. L’El Dorado dont devrait rêver chaque Burkinabè. Parce que le Burkina Faso, c’est la terre de tout le possible », a-t-il déclaré.

Cette première expérience concerne 44 journalistes issus de médias publics, privés et de médias identifiés dans les régions. Le ministre chargé de la Communication a plaidé pour que l’initiative soit renouvelée afin de permettre à d’autres professionnels des médias d’en bénéficier.

Le ministre de la Sécurité, Mahamoudou Sana, a également annoncé que cette immersion devrait s’inscrire dans la durée. « Nous avons donné des instructions pour que cela soit une tradition désormais, chaque année », a-t-il indiqué.

Selon lui, l’objectif est d’inculquer aux journalistes certaines valeurs, mais aussi de leur permettre de mieux comprendre les réalités auxquelles sont confrontées les Forces de défense et de sécurité (FDS). « On ne peut pas parler de révolution, on ne peut pas parler de changement de mentalité, on ne peut pas parler d’éveil de conscience en révolution sans pour autant prendre en compte les hommes et les femmes des médias », a déclaré Mahamoudou Sana.

Le ministre a expliqué que les enseignements dispensés ont porté à la fois sur les fondamentaux militaires et sur le métier de journaliste en période de crise. Il a notamment cité l’école du soldat, l’instruction au tir, ainsi que des modules consacrés à l’éthique et à la déontologie journalistiques. « Nous ne pouvons pas collecter, traiter et diffuser les informations comme si nous étions en période hors révolution. En Révolution, il y a une manière de traiter l’information, il y a une manière aussi de pouvoir diffuser », a-t-il soutenu.

L’objectif est également de préparer les différents groupes socioprofessionnels à faire face à des crises plus complexes. L’initiative pourrait ainsi être élargie à d’autres catégories professionnelles, a annoncé le ministre de la Sécurité.

Des journalistes confrontés aux réalités de la formation policière

Durant leur séjour, les participants ont été soumis à un programme combinant exercices physiques et formations théoriques. Selon le commissaire de police Maximilien Kaboré, chargé de leur encadrement, les journalistes ont notamment parcouru plus de 20 kilomètres dès leur arrivée, avant d’être initiés aux fondamentaux de l’école du soldat et de l’ordre serré.

Des conférences sur le civisme et les symboles de l’État ont été organisées, tout comme des formations en secourisme opérationnel, en premiers secours et en secourisme tactique. L’éthique et la déontologie journalistiques, particulièrement en période de crise, ont également été abordées.

Le directeur général de l’Académie de police, Lassina Traoré, a salué la performance des immergés, estimant que leur endurance et leur résilience ont surpris les encadreurs. Il a notamment relevé leur capacité à poursuivre les activités malgré les difficultés rencontrées au cours de la formation. « Pour ceux qui avaient encore des doutes, qui pensaient que c’était une petite promenade de santé dans la verdure de l’académie de Pabré, ce n’est pas du tout le cas. Ici, on apprend », a-t-il lancé.

La journaliste Alice Thiombiano partage l’expérience du groupe-©Faso7

Les participants eux-mêmes disent avoir découvert une autre facette du travail des Forces de défense et de sécurité. Pour Bamory Traoré, journaliste à BF1, les cinq jours passés à l’Académie de police donnent l’impression d’avoir duré plusieurs mois, tant les activités ont été nombreuses. « Nous sommes des journalistes patriotes, engagés pour la cause de notre nation », a-t-il affirmé à l’issue de la formation.

Journaliste à Faso7, Alice Thiombiano a, pour sa part, retenu l’importance du travail collectif dans certaines situations de crise. Lors d’un exercice simulant une attaque, les participants ont dû chercher un abri, manœuvrer puis se mettre au sol. « Nous avons pu faire une action collective », a-t-elle expliqué, estimant que cette expérience permet de mieux comprendre les réalités vécues par les FDS sur le terrain.

Siaka Cissé, journaliste au quotidien Le Pays, considère également cette immersion comme une expérience formatrice. Il estime que les enseignements reçus influenceront nécessairement sa manière de travailler. « L’objectif, c’est de nous forger, de nous amener à apprendre beaucoup de choses », a-t-il relevé.

Pour Amadou Abdoulaye Cissé, journaliste à Faso Detox, l’immersion a permis de découvrir des réalités du métier des forces de sécurité auxquelles les professionnels des médias n’ont généralement pas accès. Il estime que cette expérience a également renforcé sa compréhension du patriotisme et des symboles de l’État.

Les ministres ont partagé ‘la soupe’ les immergés-©Faso7

La cérémonie s’est achevée par un geste symbolique entre les deux membres du gouvernement, le ministre de la Sécurité ayant remis des présents à son homologue chargé de la Communication. Les deux ministres ont ensuite partagé « la soupe » avec les journalistes immergés, dans les mêmes conditions que les participants.

Au-delà de cette première expérience, l’enjeu sera désormais de mesurer, au sein des rédactions, la traduction concrète de ces enseignements sur le traitement de l’information sécuritaire. Le ministère de la Sécurité entend déjà tirer les leçons de cette première édition pour améliorer et élargir le dispositif à partir de 2027. En attendant, cette première édition prend fin ce 14 août 2026.

Josué TIENDREBEOGO

Faso7

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