Enseignement supérieur dans l’AES : La 2ᵉ Conférence des responsables d’universités s’ouvre à Ouagadougou

La deuxième Conférence des responsables des institutions d’enseignement supérieur et de recherche de la Confédération des États du Sahel (AES) s’est ouverte ce 13 octobre 2026 à Ouagadougou.

Les travaux, prévus sur deux jours, portent notamment sur l’harmonisation des systèmes universitaires, la mobilité des étudiants et des enseignants, ainsi que le développement d’une coopération scientifique adaptée aux besoins des pays membres. Une délégation togolaise prend également part à la rencontre.

Placée sous le thème « Renforcer les synergies entre institutions, faciliter la mobilité et bâtir une vision commune pour l’espace AES », cette deuxième conférence vise à traduire les réflexions engagées lors de la première rencontre, tenue à Bamako les 12 et 13 juin 2025, en mécanismes de coopération plus concrets.

Six documents en examination-©Faso7

Le président de l’Université Joseph Ki-Zerbo (UJKZ) et représentant du collège des experts, le Pr Antoine Béré, a présenté les six documents élaborés en amont de la conférence. Ces propositions concernent notamment le suivi des recommandations de la première rencontre, l’état des lieux des régimes d’études, les référentiels d’harmonisation, les axes prioritaires de coopération scientifique, la formation dans les domaines des mines et du pétrole, ainsi qu’un accord général de coopération en matière d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation.

Le premier document dresse le bilan de la mise en œuvre des recommandations formulées à Bamako. Selon le Pr Antoine Béré, les premières concertations ont permis d’engager une dynamique de rapprochement entre les institutions, mais le suivi de ces recommandations doit désormais être davantage structuré.

Le deuxième document examine les régimes d’études dans les pays membres afin de faciliter la reconnaissance des diplômes et la mobilité universitaire. Le président de l’UJKZ estime que les similitudes entre les systèmes existants, notamment autour du système Licence-Master-Doctorat (LMD), offrent une base pour rapprocher les parcours de formation.

Les guides d’harmonisation proposés par les experts visent, quant à eux, à définir des références communes en matière d’assurance qualité et de gouvernance académique. L’objectif est de renforcer la cohérence des formations et de favoriser la reconnaissance mutuelle des cursus au sein de l’espace confédéral.

« Nos universités et instituts partagent un ensemble architectural commun, notamment le système LMD », a expliqué le Pr Antoine Béré. Ces convergences pourraient faciliter l’interopérabilité des diplômes ainsi que les échanges entre étudiants, enseignants et chercheurs.

Le collège des experts propose également six axes prioritaires de coopération scientifique et six domaines de formation à harmoniser. Selon le Pr Antoine Béré, ces choix ont été établis en tenant compte des besoins identifiés, des capacités opérationnelles des institutions et de la valeur ajoutée d’une action commune.

Les deux derniers volets concernent la formation dans les secteurs des mines et du pétrole, ainsi que le cadre juridique général de la coopération académique et scientifique. Dans les domaines extractifs et énergétiques, l’ambition est de former localement des ingénieurs et des techniciens capables d’intervenir aux différentes étapes de la chaîne de valeur.

« Bâtir l’AES par le prisme du savoir, c’est refuser de manière effective toute dépendance intellectuelle », a soutenu le président de l’UJKZ. Il a appelé à faire des universités et des centres de recherche des moteurs de résilience, de paix et de développement endogène.

Former les compétences nécessaires à la souveraineté économique-©Faso7

À l’ouverture des travaux, le Pr Adjima Thiombiano, ministre chargé de l’Enseignement supérieur et représentant du Premier ministre, a souligné que la souveraineté des pays de l’AES doit également se construire dans les amphithéâtres, les laboratoires et les centres de recherche. « L’affirmation de notre souveraineté ne saurait avoir un impact réel si nous continuons à dépendre des compétences étrangères pour exploiter notre sous-sol », a-t-il déclaré.

Pour le Pr Adjima Thiombiano, l’harmonisation des systèmes universitaires ne constitue qu’un des leviers de la construction d’un espace confédéral plus intégré. Il a également insisté sur la nécessité d’adapter les formations et la recherche aux priorités des pays membres.

La transformation locale des matières premières figure parmi les enjeux évoqués. Le ministre a plaidé pour la formation, au sein des institutions de l’AES, d’ingénieurs et de techniciens capables de maîtriser les technologies nécessaires à l’exploitation et à la valorisation des ressources naturelles.

« Former sur le sol du Sahel, grâce à nos institutions, nos ingénieurs et techniciens capables de maîtriser, transformer et valoriser nos richesses naturelles au profit des bénéfices exclusifs de nos populations », a-t-il indiqué, présentant cette orientation comme un choix stratégique pour la souveraineté économique.

Le ministre a également appelé à réorienter la recherche scientifique vers les besoins des populations et les défis auxquels les États sont confrontés. La défense, la sécurité, la souveraineté alimentaire et la santé figurent parmi les domaines cités. Il a notamment évoqué la valorisation des savoirs endogènes, de la médecine traditionnelle et des technologies locales.

La mutualisation des capacités des institutions constitue un autre axe de cette vision. Face aux difficultés liées au sous-équipement et à l’augmentation des effectifs étudiants, le ministre a préconisé le partage des infrastructures scientifiques, la création de pôles d’excellence et la mise en place de mécanismes de financement à l’échelle confédérale.

Cette coopération devrait également contribuer à limiter le départ des compétences formées dans les pays membres. « C’est ainsi que nous retiendrons nos meilleurs talents et mettrons fin au drame de fuite de nos cerveaux », a déclaré le Pr Adjima Thiombiano.

Les décisions qui découleront de cette deuxième conférence devront préciser les mécanismes permettant aux institutions de l’AES de renforcer leurs liens, de mutualiser leurs capacités et de former les compétences nécessaires à la réalisation des priorités de développement des pays membres.

Josué TIENDREBEOGO

Faso7

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