Procès « Appel à incendier le Palais du Moogho Naaba » : La main tendue de Lookman Sawadogo au tribunal

Après la divulgation de plusieurs messages téléphoniques des accusés dans la journée du 23 juin 2023, le procès en lien avec l’appel à incendier le Palais du Moogho Naaba est rentré dans une autre phase ce samedi 24 juin 2023.
Le ministère public est passé aux réquisitions. Pour rappel, 10 personnes sont poursuivies pour des faits d’association de malfaiteurs, de divulgation de fausses informations, d’incitation à un attroupement armé ou non armé, d’incitation à la dégradation de biens et la mise en danger de la vie d’autrui.
Avant de passer aux réquisitions, l’un des avocats de la défense notamment Me Paul Kéré, avocat de Marcel Tankoano, a soulevé la nécessité de la présence au procès de l’auteur des enregistrements audios incriminés. « Tant que nous n’aurons pas les auteurs de ces audios horribles, nous tournerons en rond, nous serons fourvoyés », a-t-il laissé entendre.
Pour recadrer l’avocat, le ministère public a indiqué que Marcel Tankoano est accusé, entre autres, d’avoir fait réaliser ces enregistrements.
Lors de l’audience du 23 juin, le procureur a indiqué que le nommé Yamel Yago, du Front pour la Défense de la République (FDR), est le présumé auteur des audios incriminés et que ce dernier est en fuite et recherché.
5 ans d’emprisonnement ferme requis
Dans son réquisitoire, le ministère public a requis contre Marcel Tankoano, membre du Front Uni pour le Faso (FUF), 5 ans d’emprisonnement avec une amende de 10 millions F CFA, le tout ferme, pour des faits d’incitation à la divulgation de fausses informations, d’incitation à la dégradation involontaire de biens publics, de provocation d’attroupements non suivi d’effet, de mise en danger de la vie d’autrui.
Également pour les prévenus Boukaré Tapsoba, Boukary Conombo, Désiré Guinko, Karim Koné, Abdoul Karim Baguian dit Lota, Lookman Sawadogo, Pascal Zaida et Alain Traoré dit Alain Alain, le parquet a requis 5 ans d’emprisonnement avec une amende de 5 millions F CFA, le tout ferme, pour les faits, entre autres, de provocation à attroupement non suivi d’effet, mise en danger de la vie d’autrui, complicité par non-dénonciation de délit.
Quant au prévenu, Souleymane Belem, par ailleurs chef coutumier, le procureur a requis contre lui, 6 mois ferme d’emprisonnement avec mandat de dépôt à l’audience, pour des faits de provocation à attroupement non suivi d’effet, et mise en danger de la vie d’autrui.
Par ailleurs, le procureur a requis la confiscation de l’ensemble des téléphones et pièces saisis de tous les accusés au profit du Trésor Public. Il a aussi requis de déchoir les accusés Marcel Tankoano, Désiré Guinko, Boukary Conombo, Boukaré Tapsoba, Abdoul Karim Baguian dit Lota, Pascal Zaida et Karim Koné de leurs droits civiques d’association pendant 5 ans.
Effet papillon : petite cause, grandes conséquences
Pour le ministère public, les appels en question auraient pu conduire à des affrontements compte tenu des audios incriminés qui appelaient à incendier le palais.
« C’est la vulnérabilité du Moogho Naaba qui est utilisée pour que l’ethnie mossi et les amis des Mossis aillent contrer ceux qui sont contre le Moogho Naaba. Monsieur le Président, effet papillon : petite cause, grandes conséquences. Un simple battement d’aile peut provoquer des conséquences incalculables. C’est cet effet papillon qui allait se produire dans le pays. Peut-être que ça allait commencer à Ouagadougou et se répandre dans les autres villes comme Bobo-Dioulasso et autres », a conclu le ministère public.
Dans leurs plaidoiries, les avocats de la défense ont demandé la relaxe de leurs clients pour, entre autres, absence de preuve, bénéfice du doute ou absence d’infraction.
« Je viens plaider pour les faits. S’ils sont constitués, je demande pardon. S’ils ne le sont pas je demande la relaxe pour mes clients. Je suis pour IB (Capitaine Ibrahim Traoré, Chef de l’Etat, NDLR). Je suis pour la Transition. Il faut qu’Ibrahim Traoré existe. Mais je dois défendre Marcel Tankoano », a plaidé Me Paul Kéré, avocat auprès de Marcel Tankoano et Karim Baguian dit Lota.
Derniers mots des prévenus
Pour Me Latif Dabo, avocat des journalistes Alain Alain et Lookman Sawadogo, ses clients doivent être libérés. « Ils sont jugés par anticipation pour préparer la presse et l’opinion à dire qu’ils ont tenté de renverser la Transition (…). Monsieur le Président, on est en train de juger des gens pour des faits qui ne sont pas présentés », s’est-il exprimé.
Avant de rendre son délibéré, le tribunal a, comme d’habitude, donné la parole aux prévenus pour entendre leurs derniers mots.
« Dans mon métier de journaliste, il y a un principe qui dit que les faits sont sacrés et les commentaires sont libres. (…) Au cours de ce procès, j’ai eu le fort sentiment qu’en ce qui me concerne, il s’agit du chien qu’on a accusé de rage pour pouvoir l’abattre. (…) Le parquet s’est excusé sur certains de ses propos. Je tends ma main au parquet. Je vous demande de me blanchir totalement. Au moment où se jouent mon destin personnel et celui de ma famille, je me remets à votre sagesse », s’est exprimé le journaliste Lookman Sawadogo.
« Il s’agit d’un complot savamment mené par mes détracteurs. Je sais que je vais être relaxé, pas parce que je m’appelle Baguian Abdoul Karim dit Lota, mais parce que je suis sûr que je n’ai rien fait. Rien n’a prouvé que je suis impliqué dans cette affaire », s’est, pour sa part, défendu Lota.
Le dossier a été mis en délibéré le 7 juillet 2023.



