Burkina Faso : A Bondokuy, gendarmes et civils cultivent au champ de la symbiose

À Bondokuy, dans la région des Bankui, l’Escadron de Sécurisation Routière et d’Intervention de la Deuxième Légion de Gendarmerie (ESRI II) illustre la collaboration entre les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) et les civils.
Le cri strident du sifflet déchire l’ambiance matinale. Les gestes se figent. Il est 7h. Les couleurs nationales montent vers le ciel de la caserne de l’Escadron de Sécurisation Routière et d’Intervention de la Deuxième Légion de Gendarmerie (ESRI II) à Bondokuy.

Fin de la montée des couleurs. Départ de la caserne. Objectif, ce mardi 18 novembre 2025, visiter des champs cultivés par les gendarmes. Oui. Ici, les soldats se battent aussi contre l’insécurité alimentaire. En symbiose avec les populations. Plusieurs éléments attestent cette alliance.
Terrains gracieusement offerts
L’Escadron exploite un terrain de 5 hectares où est cultivé du niébé. Cette parcelle de terre, située à 3 km du détachement, a été donnée par un habitant. « Au mois de juin, il a été contacté pour un lopin. L’espace a été cédé d’un commun accord, tout le monde est au courant », explique le traducteur du donateur qui s’exprime en langue Bwamu.
Plus loin, à une dizaine de kilomètres, se trouve un champ de maïs de 8 hectares. Ce lieu a également été donné par un habitant, par l’intermédiaire de son fils, chef de Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP). Avant de se rendre dans ce champ, le Capitaine Sanki tient à effectuer une visite de courtoisie aux autorités locales.

Le chef de canton est le premier à recevoir cette visite. Il rassure qu’il y a une grande entente entre les FDS et la population. « La collaboration entre eux ne pose aucun problème. Comme tout le monde est cultivateur, il faut aussi produire. Donc, à chaque fois, il faut donner un peu de terre aux FDS pour faire leur travail », note son traducteur.

Les guides religieux ne sont pas en reste. Le premier responsable de la communauté musulmane confirme la bonne entente entre les combattants et la population. « Pour tout dire, entre nous et les combattants, tout se passe bien. Depuis que la gendarmerie est venue, même depuis que les choses ont commencé, ça va. À leur arrivée aussi, ça va », dit-il.

Cette nouvelle est confirmée par un autre chef local rencontré chez lui. « Il n’y a jamais un gendarme qui va travailler dans un lieu sans consulter la personne. Il n’y a pas non plus quelqu’un qui a refusé de donner son champ », ajoute-t-il.
Burkina Faso : Bondonkuy, exemple de collaboration entre Forces combattantes et civils
Rencontré à la préfecture, le Président de la délégation spéciale de Bondokuy atteste que cette collaboration entre les différentes autorités de la zone est bonne. « Au niveau de la commune de Bondokuy, la collaboration entre les autorités administratives, les autorités militaires, les FDS et les VDP se porte très bien », apprécie-t-il.
D’ailleurs, le Capitaine Sanki ne cesse de magnifier cette collaboration. « C’est une population très résiliente, très regardante sur son bien-être. Ce qui nous a vraiment poussés à faire ces cultures pour les accompagner », dit-il.

Le soleil commence à briller. Il faut alors rejoindre le champ le plus vite possible. Derrière notre binôme du jour, nous dépassons des femmes à vélo et d’autres habitants à moto. Nous finirons par apprendre qu’ils se rendaient également au champ des combattants.
Sur place, l’ambiance confirme les dires. D’un côté, nous sommes étonnés de voir un homme avec un seul bras travailler dans ce champ. Interrogé, il explique que c’est une marque de reconnaissance.

« Nous avons décidé de leur donner un domaine pour qu’ils cultivent et se nourrissent. On ne peut pas protéger autrui quand on a faim », renchérit le chef du village où se situe le champ.
Le responsable des jeunes, également présent pour l’activité de récolte, précise qu’apporter de l’aide aux FDS renforce les liens. « Les forces de défense et de sécurité ont aussi cultivé et nous avons décidé de les accompagner. Parce que l’entraide rend plus fort. C’est pourquoi nous avons décidé de venir les aider en signe de reconnaissance », s’exprime-t-il.
Le Commandant Mori, membre de l’ESRI, trouve que FDS et civils vivent en parfaite collaboration. « Je pense qu’il y a une très bonne collaboration. Comme vous le voyez, ils sont sortis nombreux pour nous aider aujourd’hui et cela témoigne vraiment de la bonne collaboration », témoigne-t-il.

Dans l’ensemble, à Bondokuy, chaque couche sociale œuvre à renforcer les liens, car cette cohésion est la première condition de la réussite totale de la reconquête du territoire national. « C’est dans notre intérêt à tous que nous ayons de très bonnes relations, une très bonne synergie d’action, d’une part, pour la lutte contre le terrorisme, et aussi pour cette question de développement. Comme vous le savez, l’armée, en plus de sa mission de défense du territoire national, a aussi cette mission de partage », précise le Capitaine Sanki.
Situation sécuritaire stable à Bondokuy
À Bondokuy, la situation sécuritaire est relativement calme et les populations vaquent à leurs occupations. De l’avis du préfet PDS, la commune, autrefois confrontée à la crise sécuritaire, respire aujourd’hui.
Burkina Faso : La reconquête du territoire national visible à Bondokuy
« Notre commune éprouvée par cette crise sécuritaire était presque entièrement déplacée. Grâce aux efforts des plus hautes autorités du pays et également au travail des FDS sur le terrain, je peux vous assurer que tous les villages ont été réinstallés. Grâce au travail de ces FDS », relate-t-il.

Toute la zone ouest de Bondokuy était déguerpie, selon le chef de zone d’appui technique en Agriculture. « Mais avec l’effort de Défense et de Sécurité, on a pu réinstaller tous ces villages du côté ouest de Bondokuy, qui, cette année, a vraiment produit. Ça, il faut bien le noter », précise-t-il.
Grande production, baisse du coût des denrées
Pour cette saison hivernale, les populations ont pu non seulement rejoindre leurs villages, mais aussi cultiver. « Cette année, les habitants ont travaillé. Ils ont eu beaucoup, ils ont eu beaucoup même », confirme le chef de canton.
« C’était extraordinaire. Grâce à l’autorité, les choses se sont améliorées. L’autorité a travaillé. À Bondokuy, à notre retour ici, tout est devenu simple. Nous avons pu cultiver nos terres et les récoltes ont été bonnes. Vraiment, c’est mieux maintenant », fait savoir la responsable des femmes.

Cette production élevée a contribué à la baisse du prix des céréales. L’information est donnée par le chef de zone d’appui technique en Agriculture. « Le rendement est très bon. Et le prix du sac de céréales, qui tournait autour de 25 000 francs CFA vers le mois d’août, avoisine actuellement les 15 000 francs CFA. Donc, vous constatez qu’effectivement, c’est grâce à la forte production que le prix a baissé », précise-t-il.

Avant de quitter la zone, une visite de la ville et surtout du marché s’impose pour nous rassurer de la reprise entière des activités. Les commerçants ne se font pas prier pour vendre leurs articles. De part et d’autre, des habits de friperie, du poisson fumé, des chaussures et des vélos en réparation nous accueillent. D’un côté, une vendeuse de souma (poids de terre) et de couscous est installée aux abords.

Fin de la visite du marché. Nous rejoignons la caserne de l’Escadron de Sécurisation Routière et d’Intervention de la Deuxième Légion de Gendarmerie (ESRI II) avant de reprendre la route du départ.
Alice Suglimani THIOMBIANO
Faso7



