CAN, reconversion et ambitions : Les confidences exclusives de Charles Kaboré

De la pelouse des plus grands stades africains et européens aux arcanes de la diplomatie sportive, Charles Kaboré n’a jamais cessé de défendre les couleurs du Burkina Faso. Dans cet entretien exclusif accordé à Faso7, le 12 juillet 2025, l’ancien capitaine des Étalons porte un regard lucide sur sa carrière, ses rêves, mais aussi sur les défis de la reconversion des footballeurs. Nommé ambassadeur du sport par le Capitaine Ibrahim Traoré, il partage avec passion ses réflexions sur la solidarité et l’avenir, avec l’espoir de voir le Burkina Faso brandir sa première Coupe d’Afrique des Nations.
Faso7 : Est-ce que le football vous manque ?
Charles Kaboré : Non ! Pas du tout. J’oublie parfois que j’ai été footballeur. Maintenant, c’est un passe-temps et un plaisir de m’entraîner souvent avec des amis pour rigoler et se rappeler de bons souvenirs. Mais souvent, j’oublie même que j’étais footballeur professionnel.
Faso7 : Comment a été la reconversion à votre niveau ?
Charles Kaboré : Bien. Ça va très vite. On me disait souvent, quand j’ai commencé ma carrière, de profiter le maximum possible parce que ça va vite. On se dit qu’on a encore 10 ou 15 ans et qu’il y a encore le temps. Tout ce que j’ai à dire à mes jeunes frères, c’est que le football passe très vite et que la reconversion est très compliquée. Le temps que tu as commencé, le temps que tu finis et le temps que tu prendras pour une autre activité (…) on peut se perdre et perdre le moral.
Il faut vraiment avoir le moral solide et des gens de bonne volonté pour te soutenir, même si tu as de l’argent. Le sport, c’est un bon travail, mais il y a un autre travail après le football, qui est aussi long que le football. La carrière d’un footballeur, c’est entre 10 et 15 ans. Et après, à 35 ans, quand tu finis ta carrière et si tu dois vivre jusqu’à 70 ou 80 ans, c’est plus long que la carrière.
Faso7 : Quand avez-vous commencé à préparer la retraite ?
Charles Kaboré : Mon enfance n’a pas été simple. C’était un peu compliqué. Dès l’instant où je suis devenu professionnel, j’ai cherché à assurer mes arrières en construisant le maximum possible, en investissant pour que, même quand cela se termine, j’ai quelque chose à manger et à m’occuper de ma famille.
Faso7 : À votre avis, avez-vous eu une bonne carrière ?
Charles Kaboré : Je pouvais faire mieux, parce que dans la vie, on peut toujours faire mieux. On ne se contente pas du peu. Je ne me suis jamais contenté du peu. J’ai toujours été un battant, quelqu’un qui aime les défis. Et tous les défis sont à relever. Comme je le dis souvent, j’aurais voulu jouer à Barcelone ou au Real Madrid. C’était mon ambition. Je l’ai voulu dans ma tête, mais dans les actes, je n’ai pas pu le réaliser. Du reste, ce que j’ai fait, c’est vraiment pas mal.

Faso7 : En tant que légende de l’OM, qu’est-ce que ça vous fait de voir que votre mérite est toujours reconnu, même après votre départ ?
Charles Kaboré : Je suis reconnaissant envers Marseille, vu le travail que j’ai eu à faire là-bas. Tout ce que je fais dans ma vie, tout ce pour quoi je me bats encore, c’est d’impacter et d’apporter dans l’environnement où je suis. Être le meilleur dans mon domaine, tout donner pour qu’on ne m’oublie pas, et ça, c’est très important. Ce n’est pas de passer pour passer. C’est de passer pour rester.
Faso7 : Êtes-vous satisfait de votre parcours au niveau des Étalons ?
Charles Kaboré : Oui. Beau parcours. Je pense que la nouvelle génération fera peut-être mieux que nous. Et j’espère qu’ils feront mieux, parce qu’aujourd’hui, on se bat avec la vision du chef d’État. C’est pour avoir ce nouveau souffle, rayonner encore et pourquoi pas viser notre première étoile. C’est l’ambition. Et nous tous, on espère obtenir ce trophée pour tout le peuple burkinabè, pour les Burkinabè, pour tous les passionnés, parce que les Burkinabè sont passionnés de football.
Par rapport à mon parcours personnel à l’équipe nationale, je trouve qu’il n’est pas mal. J’ai joué 5 CAN où nous avons terminé 2ᵉ et 3ᵉ. Et pour d’autres CAN, faute d’organisation, de concentration et à cause de nombreux problèmes extrasportifs, nous n’avons pas été à la hauteur. Avec les Étalons, quand tout va bien dehors, ça se passe très bien à l’intérieur. Il serait bien de régler tout avant la compétition pour que les joueurs, une fois arrivés, soient prêts pour la compétition, rien que pour la compétition.
Faso7 : Quels sont vos rapports avec vos anciens coéquipiers à l’équipe nationale ?
Charles Kaboré : Bien. Je dis souvent que ceux qui veulent accompagner viennent naturellement accompagner. Et naturellement, en tant que Burkinabè, tu dois accompagner ton pays. Moi, je suis ambassadeur pour le sport aujourd’hui. Naturellement, ils sont tous ambassadeurs pour le sport. Moi, c’est eux, et eux, c’est moi. Donc, quand on parle de Charles Kaboré, on parle de Pitroipa, on parle de Bakary Koné. On est lié à vie.
On a passé plus de temps ensemble qu’avec nos propres familles. Pendant 15 ans, on était tout le temps ensemble. On a eu de mauvais moments ensemble, de très bons moments ensemble, des moments moyens ensemble. Donc ceux qui sont à l’extérieur doivent venir aider. Tout le monde ne peut être à la fédération. Mais naturellement, tous sont ambassadeurs pour le sport. Ils doivent accompagner.
Moments difficiles : Mondial 2018 et CAN 2019
Faso7 : Comment avez-vous vécu la non-qualification pour la Coupe du monde 2018 ?
Charles Kaboré : Injustice. On méritait de jouer cette Coupe du Monde. Je n’aime pas beaucoup parler des arbitres, mais ça, c’était vraiment dommage. C’était vraiment une injustice totale. Avec ce groupe-là, nous méritions vraiment d’aller à cette Coupe du Monde, au moins pour goûter cette expérience. Mais j’espère que nos jeunes frères pourront se qualifier pour la Coupe du Monde afin que nous puissions y participer en tant que supporters et voir le drapeau du Burkina flotter.
Faso7 : Et la CAN 2019 ?
Charles Kaboré : Je pense que c’est une question d’organisation. Moi, j’étais déçu à la CAN par rapport à tout ce qui s’est passé autour : les hauts et les bas. C’était compliqué. Souvent, quand il y a l’exploit, l’année ou les mois qui suivent sont un peu difficiles. Mais il faut savoir relever la pente. J’ai dit que l’extra-sportif joue souvent beaucoup sur les Étalons. Et c’est ce qui est dommage. Mais aujourd’hui, nous sommes là pour conseiller afin que cela ne se reproduise plus. Bon, nous sommes sur une bonne voie.
Faso7 : Comment trouvez-vous l’équipe nationale aujourd’hui ?
Charles Kaboré : Les générations se suivent mais ne se ressemblent pas. Il ne faut pas comparer. Il y a une nouvelle génération montante avec un cœur de lion, qui est le vrai cœur des Étalons. Aujourd’hui, l’équipe s’adapte à l’adversaire en face. C’est une équipe valeureuse qui se bat.
Faso7 : Comment avez-vous apprécié le travail de Kamou Malo ?
Charles Kaboré : Le coach, quand il est arrivé, il y avait déjà un conflit. Au début, c’était difficile et souvent l’émotion prend le dessus. Il faut que tout le monde soit uni pour travailler, car la division ne sert à rien. Ce que je conseille toujours, c’est de penser au Burkina. Déjà que nous sommes en guerre, on ne peut pas créer un autre conflit interne inutile.
Les petites querelles, il faut les éviter entre nous. Il faut être solidaires et s’accompagner mutuellement. Se conseiller dans le droit chemin, car l’intérêt personnel ne peut rien rapporter au collectif. Si quelqu’un veut marcher seul, il s’isole seul.
Faso7 : Est-ce que Charles Kaboré pense devenir entraîneur un jour ?
Charles Kaboré : Je n’ai jamais voulu être entraîneur. Franchement, ce n’est pas mon ambition. Conseiller, oui. Donner mon avis, oui. J’ai passé le diplôme B-CAF, donc j’ai un diplôme. Mais c’est plus symbolique que pour travailler vraiment dans ce domaine. Je peux exceller dans d’autres domaines que celui d’entraîneur. Je suis très colérique, c’est compliqué d’être entraîneur. C’est très dur.
Faso7 : Et président de la fédération un jour ?
Charles Kaboré : Quel Charles ? Moi, je suis ambassadeur pour le sport. Mon rôle aujourd’hui est de le jouer pleinement et de faire honneur à la personne qui m’a fait confiance. Le plus important, c’est de faire rayonner le sport burkinabè à travers le Burkina et à l’international. Le président de la fédération fait un bon travail et j’espère que nous aurons de bons résultats pour que le Burkina continue de rayonner dans le football.

Faso7 : Vous croyez toujours que les Étalons seront au Mondial 2026 ?
Charles Kaboré : Tout va vite dans le football. ça va de haut en bas et de bas en haut. On ne peut pas baisser les bras maintenant avec l’ouverture du stade, son homologation et tous les efforts initiés pour que le stade soit prêt à accueillir les Étalons. Nous sommes dans une dynamique où nous devons obtenir des résultats, et c’est important.
Faso7 : Que pensez-vous de cette initiative pour le développement du sport au Burkina Faso ?
Charles Kaboré : Je profite de l’occasion pour remercier Son Excellence le Capitaine Ibrahim Traoré, qui a eu la vision de me nommer ambassadeur pour le sport. Je lui fais directement des rapports pour faire le point sur la situation et aider à accompagner le ministre des Sports dans les projets sportifs du Burkina, la relève sportive et le rayonnement du sport en général. Dans la diplomatie sportive, il s’agit d’attirer des partenaires qui pourront financer et accompagner le Burkina. Le sport va au-delà de nos frontières. Aujourd’hui, le sport c’est une question de souveraineté.
Faso7 : Quelle est votre vision en tant qu’ambassadeur du sport pour le Burkina ?
Charles Kaboré : Ma vision, c’est d’éviter le gain personnel. Le sport, c’est une passion. Quand on est passionné, on peut investir personnellement. Il faut aimer ce qu’on fait, aimer ses sportifs, aimer son club, aimer ses joueurs, aimer rassembler. S’il y a des gens qui ne se retrouvent pas dans ce que j’ai dit, ce ne sont pas de vrais passionnés. Quand on regarde les stades aujourd’hui, ils sont pleins. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, nous préparons pour dix ans à venir, voire vingt ou trente ans. Toutes nos initiatives sont pour l’avenir.
Faso7 : Votre mot de fin !
Charles Kaboré : Je voulais simplement remercier le Capitaine Ibrahim Traoré de m’avoir fait confiance. Je ne suis pas le seul sportif du Burkina. Il y a eu meilleurs que moi, plus forts que moi. S’il m’a nommé ambassadeur, c’est que je peux apporter une vision. Mais je ne suis pas seul. Nous tous, tous les sportifs, sommes des ambassadeurs naturels.
Entretien réalisé par Basile SAMA
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