Burkina Faso : Les acteurs culturels en immersion patriotique se familiarisent avec le maniement des armes

La première cohorte des acteurs culturels en immersion patriotique a bénéficié d’une formation pratique au maniement des armes, ce 3 septembre 2026, au Centre d’instruction et de tir de Badnogo. Après les apprentissages théoriques sur le démontage et le remontage des armes, les immergés ont notamment été initiés au tir avec le pistolet automatique, la kalashnikov, le PKMS et la 12,7.

Au Centre d’instruction et de tir de Badnogo, l’ambiance était différente de celle à laquelle les acteurs culturels sont habitués. Après plusieurs jours d’immersion à l’Académie de Police, ils ont été confrontés à une autre dimension de leur formation avec une séance consacrée au maniement des armes.

Au cours de cette journée, les participants ont découvert plusieurs types d’armes, allant des armes légères à d’autres équipements utilisés par les forces engagées dans les opérations de défense et de sécurité au front.

Ils ont également mis en pratique les enseignements reçus la veille sur le démontage et le remontage du pistolet automatique et de la kalachnikov.

Pour plusieurs participants, cette étape a surtout permis de mesurer la différence entre ce qui est représenté dans les productions cinématographiques et la réalité du maniement d’une arme. « Plusieurs fois j’ai évoqué la notion d’armes, mais le plus souvent c’est des armes sans munitions, on fait des simulations et au montage on met des sons, des bruitages. Mais là nous avons pu toucher du doigt la réalité et l’émotion qu’on a quand on entend un vrai bruit de l’arme », a témoigné Batian Prosper Nignan, alias Pasteur Photo, réalisateur et producteur.

L’expérience a également été marquée par une certaine appréhension chez certains participants. Journaliste culturel immergé, Marius Diessongo reconnaît que le bruit des armes a d’abord suscité de la peur. « Rien qu’en entendant le bruit d’une arme, il y avait une grosse peur », a-t-il raconté, avant de relever que les participants se sont progressivement habitués à cet environnement.

Au-delà du tir, la formation a porté sur les règles de sécurité et les comportements à adopter face à une arme. Les participants ont notamment appris les principes de manipulation, la manière de tenir une arme et les précautions à prendre pour éviter les incidents. « L’arme doit se gérer avec beaucoup de sérénité, surtout suivre les instructions pour éviter les incidents de tir ou les accidents de tir », a souligné Marius Diessongo.

Des apprentissages qui dépassent le tir-©Faso7

Pour Pasteur Photo, l’intérêt de cette formation ne réside pas uniquement dans la capacité à utiliser une arme. Il estime que certains enseignements peuvent être utiles à la population en cas de situation dangereuse. « Ce n’est pas uniquement tirer comme nous vous avons montré. Vous avez vu à l’arrivée, on nous a montré comment se comporter quand on entend des tirs. Donc c’est des gestes qui sauvent et que nous pouvons vraiment enseigner à toute personne, pour épargner des vies », a-t-il expliqué.

Cette dimension prend une résonance particulière dans le contexte sécuritaire du Burkina Faso. Le réalisateur estime qu’une personne formée peut être davantage préparée à réagir lorsqu’elle se retrouve confrontée à une situation de danger.

Pour Nicole Sanou, actrice de cinéma, cette formation a également permis de donner un autre sens aux scènes d’armes souvent représentées dans les films. À son arrivée à l’Académie de Police, elle se demandait notamment pourquoi une arme lui avait été remise dès le début de l’immersion. « On a vu dans des films comment on manipule les armes. On voit des grenades qui sont lancées, récupérées, relancées. Mais la réalité est toute autre », a-t-elle constaté.

Après les enseignements théoriques reçus précédemment, elle dit avoir finalement compris l’utilité de ces apprentissages. « On nous a montré théoriquement déjà comment démonter et activer une arme. Et ici, on est passé à la pratique », a-t-elle ajouté.

Une expérience qui marque les participants-©Faso7

Pour Issaka Ouédraogo, alias Kosa Pic, cette journée constitue l’un des moments marquants de ses deux semaines d’immersion. Le rappeur affirme avoir découvert des situations qu’il ne pensait pas expérimenter au cours de sa vie. « Aujourd’hui, ce qu’on a vu aujourd’hui, même là, moi, je ne vais pas voir ça même dans ma vie. Mais ça, c’est un plaisir pour moi », a-t-il déclaré.

Après quatorze jours d’immersion, l’artiste dit également mesurer l’évolution opérée depuis son arrivée. « J’ai appris plein de choses pendant ces 14 jours, soit du côté physique, soit du côté théorique », a-t-il affirmé.

L’expérience l’a également conduit à porter un regard différent sur les Forces de défense et de sécurité. Kosa Pic dit vouloir utiliser son statut d’artiste pour contribuer à leur soutien. « Ce que moi j’ai, c’est ma voix. Et je vais l’utiliser pour les accompagner de ma façon, en tant qu’artiste, musicien », a-t-il annoncé.

L’artiste entend notamment consacrer une production musicale à cet engagement. Pour lui, les acteurs culturels ont également un rôle à jouer dans l’accompagnement des hommes engagés sur le terrain.

Une immersion jugée transformatrice-©Faso7

Au terme de cette expérience, plusieurs participants considèrent que la formation a dépassé le seul cadre du maniement des armes. Elle leur a permis de découvrir certains aspects du travail des forces de sécurité, mais aussi de réfléchir à leur propre comportement face aux situations de danger.

Acteur de cinéma connu sous le pseudonyme d’Agent Jakou dans la série burkinabè Commissariat de Tampy, Barro Modibo dit avoir découvert davantage la réalité du métier de policier et l’engagement des hommes chargés de défendre le pays. « J’ai bien appris ce que c’est qu’être engagé pour libérer un pays, être engagé par amour pour son pays », a-t-il déclaré.

Il souhaite également voir davantage d’acteurs culturels participer aux prochaines éditions de l’immersion.

Pour plusieurs d’entre eux, les enseignements reçus devront désormais dépasser le cadre de l’Académie de Police et se traduire dans leurs comportements, leurs créations et leur rapport à la société.

Josué TIENDREBEOGO

Faso7

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